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A Adjahui-Coubé, village ébrié situé dans la commune de Port-Bouët, à quelques encablures de l’aéroport international Félix Houphouët-Boigny et du Groupement aérien de transport et de liaison (GATL), l’accès au reste du monde est devenu un luxe. La seule voie reliant ce village par la route est aujourd'hui totalement impraticable, transformée en un véritable lac de boue. Le manque d'infrastructures routières est criant. Entre isolement forcé et tentative de survie, une plongée au cœur du quotidien étouffant d’une population à bout de souffle.

Une seule voie d’accès, un seul calvaire

Pour les habitants d’Adjahui, chaque déplacement est un pari sur l’avenir, voire un acte de bravoure. L’unique artère qui dessert la localité a purement et simplement disparu sous des torrents d'eaux stagnantes et boueuses. Ce qui devrait être une rue commerçante et passante, ressemble désormais à un bras de fleuve marécageux où se mêlent détritus, nids-de-poule invisibles et eaux de ruissellement. En témoigne la présence d’une poubelle géante à ciel ouvert à l’entrée du village qui en rajoute au calvaire et à l’angoisse des populations.

Ici, circuler en voiture en sûreté est devenu un lointain souvenir. Les camions de livraison s'aventurent à leurs risques et périls, frôlant régulièrement l'enlisement ou le renversement.

« Nous sommes abandonnés à notre propre sort. Dès qu'il pleut, le village s'arrête de vivre. Aller travailler ou emmener les enfants à l'école relève d’un parcours du combattant », s’indigne un riverain, les pieds enfoncés dans la boue. 

Le règne des tricycles de la peur 

Faute de transports en commun classiques, ce sont les tricycles (communément appelés motos-taxis) qui ont pris le relais pour tenter de briser l'isolement. Mais à quel prix ? Comme en témoignent les images frappantes du quotidien, les conducteurs doivent lever les jambes au-dessus du niveau de l'eau pour éviter d'être trempés, tandis que leurs engins forcent le passage dans une eau opaque qui dissimule des pièges béants.

Les risques d'accidents sont permanents, et la mécanique des véhicules souffre quotidiennement. Pour les passagers, chaque trajet est une source d'angoisse : la peur de chavirer dans cette eau souillée est constante.

Un cri de détresse face à l'inertie

Face à cette situation qui frise la crise humanitaire locale, la colère gronde. Les populations d’Adjahui-Coubé ne demandent pas l'impossible : elles réclament simplement le droit fondamental de circuler librement et en sécurité. Le bitumage de cette voie unique, à tout le moins le reprofilage régulier et la création de canaux d'évacuation des eaux de pluie ne sont plus des projets de confort, mais des urgences vitales.

Combien de temps encore les autorités fermeront-elles les yeux sur le calvaire d’Adjahui-Coubé ? C’est le cri de cœur du père Basile Diané, curé de la paroisse Notre Dame de la Compassion, rencontré à l’occasion de la fête de la Pentecôte, le dimanche 24 mai 2026. Il en appelle à l’humanisme des autorités locales et de l’Etat à agir pour sauver des vies.

Pendant ce temps, le village attend des actes concrets, avant que l'irréparable ne se produise.

A.K.