Attentat du 29 juin 2007 / Depuis Bouaké, Soro règle ses comptes : « Je ne suis pas venu à Bouaké pour m’amuser, ne trafiquez pas l’histoire de la Côte d’Ivoire »
Les victimes de l’attentat du 29 juin 2007 contre l’avion de Guillaume Soro ont commémoré, ce jour le 9ème anniversaire de cet événement. Le Premier ministre d’alors, aujourd’hui président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, cible principale de cette attaque, a saisi cette occasion pour régler leurs comptes à ceux qui l’accusent d’utiliser cette situation pour se faire un nom. Ci-dessous, son intervention vérité à ses détracteurs.
J’ai décidé de prendre la parole aujourd’hui, à l’occasion de cette cérémonie de commémoration, j’ai décidé de dire quelques mots en ce lieu qui nous rappelle beaucoup d’émotion, les événements gravés à jamais dans nos mémoires. A titre individuel, personnel, mais aussi pour la Côte d’Ivoire, je vous avoue que, hier encore, je prenais l’avion depuis Rabat au Maroc pour venir à Bouaké. Et quand je suis monté dans l’avion ? J’ai vu le colonel Kouaho Julien. Il était avec moi le jour où l’attentat s’est produit. Demandez à julien ce qui s’est passé. On a du éviter des oiseaux à notre décollage. Je l’ai appelé et lui ai dit. « Julien, assurément les mois de juin ne sont pas bon pour nous ». Et c’est avec frémissement qu’on a atterri et le souvenir est remonté dans nos mémoires. Et je prends la parole aujourd’hui, sous des mots de remerciement, de prière que nous devons faire(...)
A présent, je vais vous expliquer pourquoi je suis là aujourd’hui. Parce que malheureusement dans notre pays, vous ne pouvez pas poser un acte qui soit innocent. Quand vous faites quelque chose, il y a des experts qui sont là pour le décrypter. Alors que ce que vous-même, vous dites du fond du cœur, est avec sincérité. Ce n’est pas l’Amicale du Fokker 100 que je vais utiliser pour devenir grand type en Côte d’Ivoire. Elle est née en avril 2015. Moi j’existais avant. Et même avant l’attentat du 29 juin, j’existais. Avant d’être porte-parole du MPCI, des Forces nouvelles, j’existais. Déjà en 1997, j’étais élu l’homme de l’année en Côte d’Ivoire. Si vous fouillez les archives de la Côte d’Ivoire, vous verrez qu’il y avait un gamin, un jeune étudiant de Côte d’Ivoire nommé Guillaume Soro. (Il appelle un ancien camarade de la Fesci pour preuve). Vraiment il faut que les gens arrêtent ces genres de chose, parce que, depuis 1990, ici à Bouaké comme à Abidjan, nous nous sommes battus. Ne trafiquez pas l’histoire de la Côte d’Ivoire. Le multipartisme en Côte d’Ivoire n’est né par le fait de quelqu’un d’autre. Ce sont les étudiants de Côte d’Ivoire. J’étais modestement parmi ces étudiants, je n’étais pas le leader mais j’étais dedans. Donc vraiment, ne voyez pas tout en politique ou en politicien. Je n’ai pas besoin de ça. Mais ce que je sais, c’est que Dieu a construit le destin de chacun. Ce matin j’ai vu sur les réseaux sociaux, avant de venir, les gens qui parlaient : « vous avez la chance d’être vivant. Ce n’est pas seulement dans l’attentat que j’ai eu la chance d’être vivant. La première fois où j’ai cru que j’allais mourir, c’est quand j’étais étudiant. Quand en l’espace peut-être de quelques secondes, j’ai failli recevoir une décharge de chevrotine. C’était à l’occasion de mon arrestation où ma tête avait été mise à prix. Et que toutes les polices du pays étaient à mes trousses. Le policier qui voulait tirer sur moi ne savait pas que j’étais étudiant. C’est son supérieur qui était avec lui qui lui a dit de ne pas tirer et que c’était Soro, l’étudiant qu’on recherchait. Donc, je suis convaincu que chacun d’entre nous nait, grandit et n’arrive à chacun que ce que Dieu a prévu. Ce n’est pas parce que les gens disent « il faut que Soro meurt que je vais mourir ». Ce n’est pas non plus parce que vous n’allez pas le dire, que je ne vais pas mourir. Donc soyez patients, un jour viendra où je mourrai. Donc laissez-moi parler. Quand on décide de commémorer, ce n’est pas contre quelqu’un. Ce n’est pas pour provoquer quelqu’un. Et puis ce n’est pas moi qui ai fixé la date de la commémoration. C’est le président de l’Amicale Konaté Siratigui qui m’a convoqué. Je ne suis qu’un simple membre de cette association de Fokker 100. L’année dernière, je leur ai dit que je ne venais pas. Si pour la deuxième fois consécutive, je ne viens pas, ce ne serait pas bon. C’est pourquoi je suis venu. L’association, ce n’est pas pour faire de la politique ou pour aller voter pour quelqu’un. Elle a été créée pour s’entraider, pour être ensemble, pour se retrouver au moins une fois par an. Ce n’est pas mauvais (…) Je ne comprends pas ceux qui ont peur de venir commémorer (…) On a pardonné, mais permettez que je puisse chaque année serrer la main de Palenfo (une victime devenue aujourd’hui invalide) qui est assis ici(…)J’ai vu un moment sur les réseaux sociaux qu’ils ont mis la photo de Palenfo comme pour dire, Guillaume Soro est ingrat. « Quelqu’un a été avec lui dans l’attentat et puis il ne s’occupe pas de lui. Je ne veux même pas faire de commentaire. J’espère que ceux qui l’aiment plus que moi, sont là aujourd’hui et je vais voir ce qu’ils vont faire pour Palenfo. C’est une exploitation politique. Mais en réalité, je suis tout aussi victime que Palenfo. Je n’étais pas venu pour m’amuser à Bouaké. On était venu pour l’installation des magistrats pour commencer les audiences foraines et donner les cartes d’identité aux Ivoiriens. Je me battais pour que chacun d’entre vous ait la carte d’identité. C’est pour ça qu’on a tiré sur l’avion. Et j’ai continué pour qu’au moins 6 millions d’entre vous aient leurs cartes d’identité. C’est ce combat-là qu’on menait pour les Ivoiriens(…) Nous ne disons pas ce que nous faisons. Mais quand nous sommes sortis de l’attentat, j’ai dit à mes collaborateurs d’évacuer Palenfo en France pour le faire soigner. Pour ceux qui sont décédés, j’ai demandé qu’on trouve des maisons pour leurs parents. Ça ne va pas ramener celui est mort mais cela peut apaiser les parents. On a un devoir de reconnaissance. Aux parents, je suis sincèrement désolé pour ce qui est arrivé (…) Je vous demande de pardonner(…).
Propos recueillis par A.K. à Bouaké





