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Le 29 juin 2007, l’avion transportant le Premier ministre Guillaume Soro à Bouaké pour l’installation des magistrats, a été pris pour cible au moment où le Fokker 100 amorçait son atterrissage. 9 ans après, le mystère reste entier sur les auteurs et les motivations de cette attaque. Aujourd’hui où les victimes commémorent cet événement douloureux, le président de l’Amicale Fokker 100 crie son amertume.

 

Que ressentez vous de vous savoir encore en vie dans les rues de Bouaké à 9 ans après l’attentat du 29 juin 2007 ?

 

Il faut rendre gloire à Dieu. Parce que c’est un miracle de se retrouver toujours en vie de ce spectacle que j'ai toujours qualifié d'apocalyptique. C'est d'abord des sentiments de gratitude envers le créateur car il n’était pas évident d’avoir des survivants indemnes de l’attentat du 29 juin 2007. J’ai donc une pensée pieuse pour les défunts pour qui je formule des prières pour le repos de leur âme. Ensuite, j’ai beaucoup d’amertume pour les commanditaires de cette situation parce que beaucoup de personnes sont décédées alors qu’elles étaient en mission d’État.

 

Avec toute cette douleur, croyez vous qu'il faut commémorer cette date ?

Très souvent on nous pose cette question à savoir pourquoi commémorer le 29 juin 2007 ? Je leur retourne la question à savoir pourquoi ne pas commémorer cet événement ? Nous nous souvenons que la bombe atomique fut lancée sur Nagasaki et Hiroshima en 1945. Mais jusqu’à e jour, les japonais continuent de commémorer cette date. Il en est de même pour le world trade center qui été attaqué le 11 septembre 2011. Les américains continuent de commémorer cette date anniversaire. Des documentaires sont toujours publiés sur ces événements. Dans le cas du 29 juin 2007, nous avons eu des morts, des blessés et des personnes traumatisées à vie. Il est donc nécessaire de commémorer cette date. Ce serait une injustice et une insulte à la mémoire des personnes décédés que de ne pas se souvenir de cette journée. Même a titre individuel quand nous perdons un parent, nous commémorons l’événement.

 

Comment va se dérouler cette  commémoration ?

Concrètement la rencontre est placée sous le sceau du recueillement et de la solidarité. Recueillement parce que nous avons perdu des amis et frères ou des pères de familles qui n’épousaient pas forcément la cause de Guillaume Soro. Ils étaient simplement en mission pour la Côte d'Ivoire. Je veux parler des diplomates Serifou et Doumbia qui étaient en mission à la Primature. Nous allons donc commencer par une prière œcuménique avec les différentes confessions religieuses pour les défunts et pour les survivants sans oublier la nation ivoirienne. Parce que sous avons besoin de paix pour aller de l'avant. Nous n'allons pas pleurer aujourd’hui. Nous allons célébrer la vie plutôt que de célébrer la mort.

 

Où la cérémonie va-t-elle se dérouler ?

La cérémonie aura lieu à l’aéroport de Bouaké au lieu où l'attentat s'est produit. Le Président de l’Assemblée nationale son excellence Soro Kigafory Guillaume qui était Premier ministre au moment des faits, va faire une adresse solennelle. Dans l’après-midi il aura au Cette culturel Jacques Aka une projection de film documentaire sur l’attentat du Fokker 100 réalisé par un jeune ivoirien. Nous allons le projeter pour la première fois sur écran géant en Côte d’Ivoire. Le film est intitulé ‘’Fokker 100, la mort au bout de la piste''.

 

C'est donc pour mieux coordonner cette commémoration que vous êtes réunis en amicale ?

L’Amicale doit être vu comme un groupe de réflexion, un groupe d'amis ou de collègues ou de collaborateurs qui se sont retrouvés à un moment donné liés par le destin, celui d’être dans un avion qui a subi des tirs d'obus, le 29 juin 2007. Certains sont morts. D'autres sont encore en vie alors que les uns sont traumatisés. Nous avons estimé qu'il ne fallait pas laisser les choses en l'état. Il fallait se mettre ensemble pour apprendre à se connaître. S'il est vrai que certains parmi nous se connaissaient ou se fréquentaient, cela n’était pas vrai pour tous. Il y avait non seulement des personnalités administratives et politiques, mais il y avait aussi des diplomates, des journalistes et le personnel de bord constitué notamment des pilotes. Cet attentat nous a permis de mieux nous connaître. Il y a donc nécessité de se réunir pour créer plus de solidarité entre nous. Ainsi nous pourrons par notre solidarité aider le blessé, soutenir l’orphelin ou  la veuve et le traumatisé. Au-delà de l’entraide que nous voulons surtout apporter notre expérience de la paix à notre pays. Nous entendons parler de guerre par-ci et par-là. Nous disons que nous sommes mieux placés que quiconque pour connaître les effets néfastes d'une guerre.

 

Vous créez une amicale pour vous entraîner, est-ce à dire que l’État n’a rien fait pour vous alors que vous étiez en mission au compte de l’État ?

L’Amicale est née le 18 avril 2015. Vous savez au niveau de l’État pour venir en aide à un individu, il faut toute une procédure. Alors que les amis ont des problèmes qu'il faut satisfaire en urgence. Chacun étant de son côté nous avons estimé qu'il fallait se regrouper pour mieux défendre notre cause et celle de nos ayant-droits. A ce jour certaines démarches sont engagées afin que certaines familles soient prises en charge par l’État en tant que victimes de l’attentat du 29 juin 2007. Un cas a déjà abouti. Les autres attendent. Nous avons aussi saisi la Conariv en vue d’une indemnisation des victimes. Tout cela est possible parce que nous sommes réunis en Amicale.

 

Qu'a fait l'amicale pour Palenfo, le jeune caméraman du Premier ministre à l’époque des faits ?

Notre amicale est encore jeune. C'est un cadre de solidarité. Palenfo est un cas parmi tant d'autres. C'est le moment de rendre hommage à cet ami qui est en fait mon frère. Palenfo était mon voisin de chambre. Il était mon ami, mon frère, mon confident. J’étais beaucoup proche de lui que certaines personnes qui s'agitent aujourd’hui pour des récupérations politiques. Je pense qu'il ne faut pas rentrer dans ce schéma. Il y a des actions de solidarité qui ont été menées à l'endroit de Palenfo sans qu'on ne retrouve cela dans un journal. Le Président Guillaume Soro a toujours prêté main forte à Palenfo depuis qu'il est invalide. Tout ce qui était humainement possible de faire en terme de soin de santé, a été suivi par le médecin personnel du PAN. Nous n’avons besoin de faire de la propagande politique autour de ces actions. Nous sommes une association à but non lucratif. Je préfère garder le silence sur certaines choses.

 

Quel est votre plus grande attente, 9 ans après l’attentat ?

Notre seule grande attente, 9 ans après l’attentat, est que l'on puisse nous dire qui a fait cela, pourquoi il a fait cela et pourquoi il ne voulait pas le retour de la paix.

 

Que regrettez-vous alors ?

Il est vrai que le Premier ministre en son temps avait sollicité en vain une enquête internationale indépendante. C’est notre regret. Nous voulons voir aboutir une enquête sur les motivations de cet attentat.

 

Propos recueillis par A.K.