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La nouvelle constitution, élections législatives, cohésion sociale sont autant de sujets qui font, en ce moment, débat. Nous avons rencontré le colonel Olo Sib Palé. Il en dit plus sur ces questions cruciales pour la Côte d’Ivoire.

 

Le débat aujourd’hui, c’est la Constitution. Les positions sont tranchées. Le Gouvernement élabore un projet pour nouvelle constitution. L’opposition conteste la forme et appelle à faire barrage au projet par tous les moyens. Quel est votre avis sur la question ?

Lorsqu’on est ivoirien et qu’on sait ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire, on ne peut qu’appeler à l’apaisement. La Constitution actuelle est truffée d’articles « confligènes », des articles qui divisent et catégorisent les Ivoiriens. Il y a même une dirigeante de l’opposition qui disait que cette constitution l’empêche d’être candidat à l’élection présidentielle. Si nous voulons bâtir un grand pays comme les Etats-Unis d’Amérique, nous devons penser à élaborer une Constitution qui dure dans le temps. La Constitution des Etats-Unis a plusieurs siècles et fait de ce pays demeure l’un des plus stables de la planète. La Constitution est avant tout est texte fondamental impersonnel et important pour un pays. Si nous sommes persuadés que la Constitution de 2000 a des limites, nous devons militer pour l’élaboration d’une nouvelle Constitution consensuelle. Si j’ai bien suivi les uns et les autres, dans les différents débats, la polémique tourne autour d’une question de forme. Sinon, en gros, tout le monde est d’accorder pour changer cette Constitution de 2000 qui a montré toutes ses limites.

 

Partagez-vous la position de ceux qui exigent la mise en place d’une Assemblée constituante pour l’élaboration de cette nouvelle Constitution ?

C’est une question qu’il faut poser aux juristes. Mais nous sommes en politique. Parfois, on fait tout pour exister. Certains préfèrent s’opposer, d’autres procèdent d’une autre manière. Toujours est-il que tout le monde est d’accord qu’il faut changer la Constitution actuelle pour aboutir à une plus consensuelle. C’est ce qui est important. C’est en cela que je me réjouis des efforts de la représentante spéciale du secrétaire général des Nations unies pour la reprise du dialogue politique avec l’opposition qui permettra de trouver au pouvoir et à l’opposition de trouver des solutions sur cette importante. J’ai foi qu’ils vont y arriver.

 

Pour vous donc, il n’ya pas lieu de s’inquiéter…

Il est vrai que nous évoluons dans un mieux où la politique politicienne semble prendre le pas sur les autres considérations. Mais, je pense que, malgré tout, il n’y a pas lieu de s’inquiéter. Le timing peut paraitre limite, mais je pense qu’il n’y a pas à s’en faire.

 

La Constitution est une boussole pour une Nation. Pour vous, quels sont les grands principes qui doivent figurer dans cette Constitution ?

La nouvelle Constitution doit réaffirmer l’Etat de droit, les libertés individuelles, collectives et les valeurs morales et civiques qui doivent guider les Ivoiriens. Les questions de droits de l’Homme sont des valeurs cruciales qu’il faut absolument faire figurer et réaffirmer avec force dans cette nouvelle Constitution. L’actuelle Constitution, quelqu’un la dit, a été élaboré contre le président Alassane Ouattara. Il faut que cette nouvelle Constitution soit générale et impersonnelle pour qu’elle puisse s’inscrire dans la durée. Il faut que cette Constitution soit une Constitution pour tous les temps et non et une Constitution pour le temps.

 

L’un des grands rendez-vous de cette année sont les élections législatives. Avez-vous des appréhensions à l’approche de ces élections générales ?

Depuis 1990, l’élection à risque est l’élection présidentielle. En 2015, pour la première fois, depuis 25 ans, nous avons organisé l’élection présidentielle la plus apaisée citée comme un modèle de réussite à travers le monde. La première véritable élection pluraliste du pays. Si cette élection tant redoutée s’est déroulée dans un environnement apaisé, je n’ai pas d’inquiétudes à me faire au sujet des élections législatives à venir.

 

Etes-vous candidat à ces élections ?

Je ne sais pas s’il est trop pour en parler. Mais je tiens à souligner que je ne me désintéresse pas à tout ce qui se faire en ce moment concernant les élections législatives. Le moment venu, je me prononcerai.

 

Vous avez été candidat lors des dernières élections des Conseils régionaux. On sait qu’à l’époque, il y a eu beaucoup de péripéties autour de cette candidature. Qu’en est-il aujourd’hui ?

En toute chose, il faut savoir être habité par l’humilité. Certains avaient pensé que si je n’étais pas candidat, le monde s’arrêterait de tourner pour moi. Pour ma part, j’ai tourné la page. Je n’ai pas été retenu, la vie continue. C’est du passé. Il est vrai que, après la publication de mon nom dans la presse, j’ai été écarté d’une façon inélégante, après avoir battu campagne. Les populations qui n’ont peut-être pas apprécié la manière dont j’ai été écarté, souhaitent que je me présenter pour ces élections législatives. C’est un appel du terrain. Mais à ce niveau, rien n’a encore été arrêté de mon côté. Même si cet appel devient de plus en plus pressant. Pour terminer, je voudrais lancer un appel aux cadres et l’élite de ce pays de voir d’abord le pays avant nos petites personnes. Nous devons nous battre pour faire avancer notre pays, car n’oublions pas que nous sommes en compétition avec d’autres Etats. Ce qui doit primer dans nos choix, c’est d’abord l’intérêt de la Côte d’Ivoire. Car, si nous nous n’entendons pas pour bâtir un Etat fort, c’est notre pays que nous fragilisons. Les hommes passent, mais la Côte d’Ivoire, elle, demeurera toujours. Combien sont les jeunes aujourd’hui qui se souviennent ou qui ont connu le président Félix Houphouët-Boigny. Or, nous savons combien de fois il a compté dans le développement de notre pays. Il fut même un temps, dans ce pays, que personne ne peut penser que la Côte d’Ivoire exister sans lui. C’est la raison laquelle je demande aux Ivoiriens de cultiver la modération et de respecter les autorités qui sont élus. Car, voyez-vous-même les progrès qui ont été effectués par le président Ouattara en termes d’infrastructures et de croissance économique, depuis le retour de la stabilité.

 

Que pensez-vous du débat sur la succession du président Ouattara ?

Il faut que les gens arrêtent. Rarement en Afrique, un chef d’Etat dit qu’il ne sera pas candidat, après avoir achevé ses deux mandats. A cet âge, ce n’est pas le président Alassane Ouattara, encore moins le président Henri Konan Bédié qui tomberont dans ces petits calculs. Ce sont des hommes d’Etat de grande vision. Il faudrait qu’on arrête avec nos petits calculs pour les accompagner.

Interview réalisée par A.K.