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Au cœur d’une contestation au sein du RDR, Guillaume Soro n’en aura pas été moins le « brave rebelle » et Premier ministre qui avait promis des élections démocratiques à ses concitoyens et qui a tenu parole. Au bout du compte, une cinglante défaite électorale infligée à l’ex-président sortant et son arrestation. Retour sur une histoire d’engagement tenu.

 

De l’histoire encore récente de la Côte d’Ivoire, il reste peu qui ont la vérité. Implacable et immuable selon les temps et saisons. Déclenchée le 16 décembre 2011, par une marche programmée et lancée depuis le Golf hôtel par Guillaume Soro, alors Premier ministre sortant du gouvernement de Gbagbo qui avait eu la lourde charge d’organiser les deux tours de la présidentielle de 2010, la marche sur la RTI va être le détonateur d’une grave crise à venir. Les politiques ont fait leur part. Avec son téléphone à l’oreille, le Docteur Alassane Ouattara gère l’international. De décembre 2010 à février 2011, Laurent Gbagbo semble développer une résilience administrative et ameute ses soutiens qui plaident un gouvernement d’union, une vice-présidence pour le vainqueur Ouattara ou un recomptage des voix. La situation s’enlise et nul ne peut prédire la fin. Guillaume Soro, maître d’ouvrage de cette armature démocratique multiplie les réunions et un soir, dans une des chambres de l’hôtel où il passe voir un de ses conseillers, indique sa volonté de « descendre sur Bouaké organiser la riposte ». Une véritable conquête du Sud. Depuis l’échec de la tentative de renversement de Laurent Gbagbo et le « kyste » créé à Bouaké pour devenir plus une rébellion, celle des Forces Nouvelles, les hommes de Kigbafory Soro attendaient cette heure. En face, les hommes de Philippe Mangou trépignaient d’en finir avec ses rebelles et reconquérir leur honneur bafoué. A Abidjan, la fuite avait commencé. Abobo, premier quartier à être dans le viseur, organisait la riposte tant bien que mal. Des jeunes, aux tactiques militaires bien que archaïques, harcelaient la soldatesque de Gbagbo qui ripostait par des tirs d’obus sur les marchés, dans les cours, mataient et interdisaient les rassemblements. Avec l’appui de mercenaires libériens, angolais et des miliciens, ils font feu de tout bois.

 

L’intérieur s’impatiente

A Bouaké, devenue la référence de la résistance, la colère bouillonne et est mal contenue. Le Cdt Chérif Ousmane et ses hommes reprennent de plus belle les entraînements tandis que la rumeur d’une intervention de l’Ecomog (troupes de la Cedeao) serait imminente. Les appels des parents à Abidjan se multiplient pour connaître la date de la descente des soldats des FAFN (Forces armées des Forces Nouvelles, rébellion) sur Abidjan. Il va falloir attendre une tentative de marche sur Tiébissou avec des milliers de femmes, jeunes et vieux pour créer un déclic. L’aventure tourne court avec une intervention armée des mercenaires de Gbagbo en position à Tiébissou. Repli sur Bouaké. Partout, le mot d’ordre est à la résistance. A l’Ouest, le délégué régional des Forces Nouvelles, Camara Daouda alias Parigo rassemble ses troupes. Il est rejoint par le ministre Sidiki Konaté, fils de la région rentré du Golf hôtel. Les consignes sont claires du côté des hommes de Soumaïla Bakayoko. C’est Losseni Fofana qui va ouvrir les hostilités revanchardes. Saisissant l’opportunité offerte par les ex-Fds pro-Gbagbo qui attaquent une des positions des FAFN après la ligne de démarcation (zone de confiance) vers Zouan Hounien, Losseni Fofana alias le Cobra lance sa meute enragée et avide de mercenaires. Il éteint ses téléphones pour ne pas être dérangé dans le travail. L’avancée se fait sans résistance jusqu’à Toulepleu. Chaque prise de ville est ponctuée de meetings animés par Sidiki Konaté. Le pays entier à l’oreille tendue vers l’Ouest où une page du pays se tourne. Le 27 mars 2011, une poignée de mercenaires libériens basés à Guiglo et conduits par un dénommé Bob rentre nuitamment à Toulepleu. Réunie à la préfecture de la ville par le Cdt Eddy Medi sous une surveillance légère, la population est massacrée. Aucun survivant. Sauf quelques individus qui savaient s’exprimer en guéré. Ils ont été conduits au Libéria d’où l’un d’entre eux réussit à contacter les responsables des FN à Man. La nourriture, les nattes et le mégaphone acheté pour organiser le retour dans les foyers et la campagne pour le retour en ville des personnes rentrées en brousse, restent sur les bras. Face à cette barbarie, Loss qui avance vers la place forte du régime Gbagbo à l’Ouest, Duékoué, prépare dans la nuit du 28 mars 2011 son plan. Entre temps, Alassane Ouattara par suite d’un décret signé le 16 mars 2011, crée les Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI). Les FAFN sont désormais rejointes par quelques officiers et sous-officiers des ex-FDS pour former la nouvelle armée nationale. Le 29 mars 2011, il est 5 heures 30 minutes quand Duékoué tombe aux mains des hommes de Guillaume Soro. A 6 heures 47 minutes, le général Michel Gueu, le ministre Sidiki Konaté, le Préfet Sidiki Diakité (aujourd’hui Préfet d’Abidjan) et la presse arrivent à Duékoué. Dans la brise du jour, à partir de Béoué, la puanteur des corps vrille les narines. En ville, point d’âmes qui vivent. Il n’y a que des soldats et des armes. Une maison fume encore, c’est la résidence du jeune guide religieux, Konaté, assassiné par des mercenaires et des miliciens. Le ratissage est en cours. Il faut arriver à la mission catholique pour découvrir des milliers de civils, des vieux malades se soutenant, des jeunes aux regards perdus. Vite le secours s’organise. Le délégué général des FN, Camara Daouda demande à des civils de retourner à la maison. Les réunions se multiplient avec le ministre Sidiki Konaté, l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (Onuci) et les porte-voix des réfugiés. Me Jeannot Ahoussou-Kouadio appelle avec insistance, relayé par Patrick Achi. Le Président Alassane Ouattara veut savoir ce qui se passe à Duékoué.

 

Sur les autres fronts

 

Au Centre, le Cdt Issiaka Ouattara alias Wattao prend Daloa le 29 mars. Le même jour, il conquiert Soubré et San Pedro. De l’Est, Morou Ouattara alias « Atchengué » ne souffre pas cette fois pour pénétrer dans Bondoukou. Les dieux ont abandonné cette fois-ci Gbagbo dont les soldats s’enfuient. Tout ce beau monde se retrouve à une vingtaine de kilomètres de la citadelle, Abidjan. Entre temps, est apparu sur le tard, le sergent-chef Ibrahim Coulibaly qui dit diriger le commando invisible, auteur de quelques actes de guérilla dans la grande commune d’Abobo. Les hommes de Guillaume Soro rentrent en contact avec lui pour parachever l’œuvre. Il veut parler au Président élu et reconnu par la communauté internationale. Les tractations traînent jusqu’à la mort d’IB dans son QG d’Abobo PK 18, secteur Agripac.

Les nouveaux hommes forts du pouvoir organisent le découpage du District d’Abidjan. Chérif Ousmane a la charge de pacifier Yopougon devenu le fer de lance de la résistance. Les mercenaires se savent en danger et négocient au prix du sang leur sortie du territoire national. Le « guépard » des ex-FN fait de son mieux pour éviter encore des morts. Eugène Djué N’goran Kouadio, cadre du Front populaire ivoirien (FPI) est sur le terrain pour tenter de désarmer le célèbre chef milicien Maguy le Tocard.

Il y a un peu de cafouillage et l’on sait l’affaire pliée. Les tentatives de dialogue se multiplient. Alcide Djédjé est annoncé à un dialogue vite réfuté par une autre frange du Fpi ou de pro-Gbagbo. Dans la foulée, on apprend la mort de Désiré Tagro. Dans le Sud-Ouest, des batailles mettent aux prises des mercenaires qui promettent une insécurité permanente sans Gbagbo, aux FRCI. Le 11 avril 2011, alors que notre équipe de reportage rentre sur Korhogo, à 12 heures, au corridor de Boundiali, des coups de feu nourris se font entendre. Des soldats en joie : « Il est tombé, on l’a pris » fusent. Motocyclistes, automobilistes et piétons jubilent. En ville, c’est le siège du Rassemblement des Républicains (RDR), parti du chef de l’Etat démocratiquement élu qui refuse du monde. Les images sont nettes, on voit Gbagbo aux mains de Morou et Vetcho. La foule exulte. Clapet de fin.

C.A.