Côte d’Ivoire / Crimes pendant la crise post-électorale : Mangou engage la responsabilité de Laurent Gbagbo
C'est assurément le témoin le plus décisif dans le procès de l'ancien président Laurent Gbagbo et du leader de la galaxie patriotique, Charles Blé Goudé. Le Général Philippe Mangou, puisque c'est de lui qu'il s'agit, a engagé la responsabilité de Gbagbo dans les crimes commis pendant la crise post-électorale. Il rappelé, la signature, par l'ex-chef d'État d'un décret de réquisition de l'armée ivoirienne. « Dès l'instant où l'armée est réquisitionnée, elle vient avec tous ses moyens. Avant de requérir l'armée, vous devez bien réfléchir, parce que l'armée, ce sont des moyens lourds », fait-il savoir. Or justement, dans ce procès, Gbagbo est accusé d'avoir fait utiliser contre des populations civiles des armes lourdes pendant la crise post-électorale. Le Gal Mangou définit même la réquisition comme un ordre expresse ayant un caractère péremptoire. « Le décret été signé le 5 janvier 2011 et remis au chef d'État major. C'est un ordre de l'autorité publique, formelle, expresse, sans appel. La réquisition a un caractère péremptoire. Nous rendions compte à celui qui en ait l'instigateur », a-t-il martelé. Le témoin a aussi mis à nu l'arrogance de Dogbo Blé Bruno, anciennement Commandant de la Garde républicaine et du Palais présidentiel. Même s'il ne croit pas que cette arrogance est due à la proximité de Dogbo avec Gbagbo, Mangou estime que c'est assez grave. Il révèle même l'assassinat du Colonel Dosso Adama, accusant en filigrane l'ex-patron de la Garde républicaine. « C'est mon cadet, je connais Dogbo Blé depuis les années 80. Jeune capitaine quand il est arrivé de (Saint) Cyr, j'étais son chef. Il travaillait avec moi. C'était un officier très intelligent, bien cultivé qui faisait preuve de courage et de détermination. À l'époque, il était effacé et c'est à peine qu'il ne rasait pas les murs. Mais par la suite, je n'ai pas reconnu son comportement. Dogbo Blé nommé Commandant de la Garde républicaine et Commandant militaire du Palais, s'est vu pousser des ailes au point d'arrêter des anciens », a révélé le témoin. Il a rappelé que Dogbo avait arraché les téléphones portables du Général Abdoulaye Coulibaly, un ancien de l'armée. « J'ai appelé Dogbo Blé pour lui demander de restituer les téléphones portables du Général », a déclaré Mangou. Il est revenu sur la création du Centre de coordination des opérations de sécurité (CeCos), une unité de lutte contre le grand banditisme, transformé par la suite en une milice du président Gbagbo. Au dire du témoin, à l'origine, le CeCos ne devait lutter que contre le grand banditisme. Lui Mangou avait suggéré qu'il soit doté d'armes légères tels que des AK 47 et des pistolets automatiques. Grande fut sa surprise, dit-il, quand il constate que le CeCos était équipé d'armes lourdes comme des mitrailleuses 12.7, des roquettes, des grenades offensives et défensives. Qui plus est, énonce-t-il, cette unité échappait au contrôle de l'État major. « Compte tenu de la dotation, le CeCos n'était plus dans le cadre sa mission », a soutenu le témoin. Mangou n'a pas manqué de dénoncer le manque de responsabilité du Général Tiapé Kassaraté Édouard, ex-Commandant supérieur de la Gendarmerie. Il s'est offusqué de ce que celui-ci ait dit, pendant son audition à la Cpi, n'être au courant de grand-chose parce qu'il était à la maison. « Quand des généraux comme Kassaraté disent qu'ils étaient à la maison (pendant la crise ) et qu'ils n'ont rien suivi, je suis surpris », fait-il valoir. « Nous avons eu des frictions », ajoute le témoin. Qui déclare que « pendant la crise post-électorale, au moment où nous avons eu besoin d'hommes, le Général Kassaraté et Brindou M’bia n'ont pas joué franc-jeu. Le problème était au niveau des chefs qui ne voulaient pas fournir d'effectif ». L'ambassadeur de la Côte d'Ivoire au Gabon a laissé échapper une phrase durement ressenti par la Défense de Gbagbo. Il a dit qu'il savait que Ouattara a été élu, mais souhaitait laisser aboutir la médiation des chefs d'État africains pendant la crise post-électorale. « Après le second tour de la présidentielle, nous avons demandé au Général Kouakou Nicolas (du Centre de commandement intégré, actuel commandant supérieur de la Gendarmerie) de nous faire un rapport. Nous avons tenu une réunion à l'issue de laquelle le Général Soumaila Bakayoko m'a approché pour me dire qu'il fallait que nous fassions une déclaration pour dire que Ouattara a été élu. Je lui ai dit je le sais mais il ne nous appartient pas de faire une déclaration. Les chefs d'État ont fait un recours, attendons les résultats des négociations », a révélé Philippe Mangou.
Source : justicepourlesvictimes.com





