Côte d’Ivoire / Des dissidents menacent de destituer le chef de Songon Mbrathé
Le chef du village de Songon M’Bratté, Djobo Anvra Jeanson ne peut plus contenir sa colère face à une fronde qui s’est installée contre son autorité, et qui s’enlise. Mercredi 10 mai 2017, l’autorité coutumière a exprimé son souhait de voir la paix revenir dans sa cité, tout en mettant en garde les dissidents contre d’éventuels troubles.
Une dissidence qui prend l’allure d’une guerre ouverte contre la notabilité installée depuis 2006, a fait sortir Djobo Anvra Jeanson de son mutisme habituel. Selon des membres de cette dissidence rencontrés dans le village, vendredi 05 mai 2017, ils ne reconnaîtraient plus Dr Djobo Anvra Jeanson comme leur chef, et disent ne se reconnaître désormais qu’en Bieffo Akré Salomon, ex-président du comité de gestion du village dissout suite aux résolutions du séminaire des têtes couronnées de villages Atchan avec Sam Etiassé, ex-Préfet d’Abidjan, en 2008, à Abobo-Baoulé. Dans sa lettre-circulaire n° 249/PA/SG/D1, ce dernier avait demandé le remplacement des comités de gestion des villages, dont certains faisaient obstacle au bon fonctionnement des activités de leurs chefs avec qui ils n’étaient pas en odeur de sainteté, par des structures plus légères. C’est instruit de cette injonction de l’Administrateur que le comité de Bieffo Akré Salomon, dont certains membres font encore partie du bureau de la chefferie, avait été dissout par le chef Djobo. Aujourd’hui dans la dissidence, les frondeurs s’en tiennent à ce qu’ils ont engagé en début d’année 2016.
Les reproches des dissidents au chef du village
Selon le procès verbal de réunion de ‘’ destitution’’ du chef tenue dimanche 24 janvier 2016, en effet, ‘’les populations déplorent les agissements ci-après à l’égard de Djobo Anvra Jeanson, notamment : L’absence de compte rendu public sur la gestion des affaires du village depuis environ cinq (5) ans, la violation des dispositions réglementaires du Préfet de la Région des Lagunes, Préfet du Département d’Abidjan, contenues dans la note circulaire N° 1117/PA/SG1 du 27 décembre 2014, recommandant à tous les chefs de villages de présenter à leurs populations respectives, et de manière publique, le bilan de leur gestion économique et financière, l’appropriation des biens pécuniaires et matériels du village à son profit, la désobéissance avérée à l’égard des doyens d’âge du village de Songon M’Brathé en refusant d’honorer de sa présence devant la population le 15 août 2015, date qu’il aurait lui-même choisie pour présenter son bilan financier, les agissements malsains en terme de la signature de manière unilatérale de contrats de bail avec les opérateurs économiques sans consultation préalable auprès des populations villageoises, garantes des biens mobiliers et immobiliers du village, les irrégularités observées en matière de gestion financière et domaniale du village sont grossières, évidentes et insultantes pour toute la communauté du village Songon M’Brathé, les transferts d’argent autorisés sur son compte personnel, auprès des opérateurs économiques redevables vis-à-vis de la communauté villageoise en matière de bail’’, dénoncent les signataires du procès verbal.
Des procès verbaux de réunions de destitution remis au chef Djobo
Il s’agit de Sagou Sagou Bruno, doyen de la génération Gnando, Danho Atcho, doyen de la génération Dougbo, Agoussi Sogo David, doyen de la génération Tchagba et Mobio Gérard, doyen de la génération Blessoué. Séance tenante, Bieffo Akré Salomon est nommé nouveau chef du village de Songon M’Brathé, avec procès verbal des mêmes signataires. ‘’Fort de tous ces manquements graves conduisant à la destitution de l’ex-chef, il a été procédé le 24 janvier 2016 en assemblée générale sur la place publique et sous l’égide des doyens et sages ainsi que toutes les forces vives du village de Songon M’Brathé, à la nomination et intronisation selon les us et coutumes, d’un nouveau chef en la personne de Monsieur Bieffo Akré Salomon, membre de la classe d’âge Dougbo Agban de la génération Dougbo’’, écrivent-ils. Ces deux procès verbaux ont été remis en mains propres à Djobo Anvra Jeanson par voie de Me M’Bolo Ekissi Coratien, huissier de Justice près la Cour d’Appel d’Abidjan, le mardi 21 Février 2017, à 12 h 05 mn. Pour Agoussi Sogo David, doyen de la génération Tchagba du village, Agoussi Michel, ‘’nouveau chef résidant’’, rencontrés en bordure de la lagune qui arrose le village, Dirabou Céci Gilbert, doyen de la catégorie Tchagba-Assoukrou, Akré Michel, chef guerrier des Tchagba-Assoukrou, par ailleurs fils du défunt doyen du village, ‘’la décision de destitution de Djobo Anvra Jeanson, ainsi que son remplacement par Bieffo Akré Salomon ne sont pas négociables. Nous ne voulons plus de lui comme chef ici. Avec toutes ces forces de l’ordre qu’il déverse dans le village, il veut certainement envoyer la guerre chez nous. Comme nous ne voulons pas de guerre ici, il doit partir maintenant’’, crient-ils leur colère.
Les explications du chef Djobo Anvra Jeanson
Rendez-vous pris, c’est entouré de membres représentatifs de la notabilité du village que le chef Djobo s’est exprimé. Selon la tête couronnée, ex-Directeur de la Pêche au ministère des Ressources animale et Halieutiques, aujourd’hui Inspecteur dans ce même ministère, il est victime de sa droiture et de son désir de gouverner dans la justice. « C’est pour avoir essayé de régler un conflit de succession relativement à une parcelle de terrain de 38 hectares entre les enfants Bieffo et la famille Affiedo, lignée Akran Nandjui, celle de leur père Bieffo, que le chef est devenu l’homme à abattre. Or cette affaire de succession avait été jugée par le Tribunal qui a délivré une grosse. On constate que la décision du Tribunal et celle de tout le village sont pareilles. Les enfants Bieffo n’ont que l’usufruit de 2,5 hectares d’hévéa planté par leur défunt père sur les 38 hectares de la famille Affiedo. Mais les enfants Bieffo refusent de l’appliquer. Et ont vendu les lots sans que le village en soit informé et ne l’autorise. Les enfants Bieffo détiennent par devers eux, comme l’a fait leur père, chef Blessoué respecté, les documents de gestion et autres du village. Est-ce normal et raisonnable que des enfants d’un ancien chef du village procèdent ainsi ? Pourquoi ? C’est une immixtion inacceptable et intolérable de leur part dans les affaires du village. Et c’est un des leurs qui veut diriger le village. M Bieffo avait fait la promesse à tous d’aider au règlement du conflit. Mais en réalité, c’est lui qui pousse à la rébellion et souffle sur les braises. C’est lui l’instigateur de ce mouvement. Il a fédéré autour de son projet de déstabilisation et de destitution toutes les personnes du village qui ont à se plaindre du chef du village, pas parce que le chef a commis une faute, mais parce qu’il doit coûte que coûte résoudre leur problème. Il s’agit de : 1) ceux qui veulent vendre les parcelles familiales sans suivre la procédure ; 2) les mécontents de verdicts de jugements rendus en leur défaveur ; 3) les voyous et bandits sortis de prison et consorts’’, explique-t-il. Avant de conclure que « le chef est l’objet de plusieurs accusations de la part de ses détracteurs. Mais toute cette affaire n’est qu’une tempête dans un verre d’eau. Ces accusations sont sans fondement. Leur objectif est clair : Charger le chef de tous les péchés d’Israël afin de l’éjecter et le remplacer par un béni oui oui, un chef de paille qui ferait la volonté des détracteurs, qui signerait des attestations leur permettant de vendre des parcelles familiales sans l’accord des membres de la famille. C’est simplement de la sorcellerie », s’insurge-t-il. En ce qui concerne son refus de faire le bilan de sa gestion du village, Dr Djobo, convoqué par ses adversaires à la Police économique, dit avoir produit toutes les preuves de sa bonne gouvernance. « La Police économique a demandé à la banque de lui produire le relevé de compte depuis 2006. Il n’y a rien eu à signaler, et mes détracteurs ont été confondus », explique-t-il.
Les raisons de la présence de la Force publique à Songon M’Brathé
Fort de l’expérience de scènes de violence observées dans son village lors des obsèques ou autres rassemblements antérieurs, M. Djobo s’est voulu prévenant. Ainsi, a-t-il pris la décision de mettre à exécution une décision du Greffe de la Cour d’Appel n° 179, notamment le « certificat de non signification de pourvoi en cassation’’ de ‘’l’Arrêt civil contradictoire n° 604 du 02/12/2016 rendu par la 1ère chambre civile de la Cour d’appel d’Abidjan ». Lequel arrêt lui permet de requérir huissiers de justice, procureurs général près la Cour d’appel et procureur de la République près le Tribunal de Première Instance, tous Commandants et Officiers de la Force publique aux fins d’assurer la sécurité des populations dont la quiétude est mise à mal par quelques individus se réclamant de la dissidence. Parce que, peste le chef Djobo, « je ne laisserai plus la chienlit qu’ils veulent installer dans le village prospérer », justifie-t-il la présence de la Force publique à Songon M’Brathé lors de rassemblements importants, comme il a donné de constater ces dernières semaines.
Genèse d’une crise qui secoue le village,
et historique de la chefferie en pays Atchan
Tout est parti le 03 mai 2014, 8 ans après l’intronisation de Dr Djobo Anvra Jeanson et son équipe en 2006. « Au moins 4 fois, depuis la date du 03 mai 2014, ces insurgés et détracteurs ont embouché un mégaphone et ont diffamé et calomnié le chef du village à travers les différentes artères du village en scandant «chef Jeanson voleur qui a reçu 350 millions du Gouverneur du District Autonome d’Abidjan et d’autres sommes encore, pour avoir vendu le patrimoine foncier du village». Tout est passé sur internet. Après plusieurs menaces et tentatives de destitution du chef, ces mêmes déstabilisateurs ont mis leurs menaces à exécution en installant, le dimanche 24 janvier 2016 après-midi, Bieffo Akré Salomon, en qualité de chef du village de Songon M’Brathé, en remplacement de l’actuel chef. Ainsi, Bieffo Akré Salomon, l’instigateur de tout ce qui s’est passé, a usurpé le titre de chef du village qu’il a tant convoité », relate-t-il. Contrairement aux us et coutumes Atchan, dont le mode de désignation et d’intronisation du chef de village est tout autre. « Le village de Songon M’Brathé, à l’instar de tous les villages Atchan, est une constellation de 07 grandes familles dont l’administration repose sur la tradition Atchan. Ce sont les Lokoman, les Affiedo, les Godouman, les Atchado, les Akouedo, les Gbadoman et les Abromando. Les administrateurs, appelés chef de village, qui se sont succédés, ont été désignés sur la base d’appartenance aux générations venues à maturité, qui sont : Les Blessoue, les Gnando, les Dougbo et les Tchagba. A l’intérieur de chaque génération, il y a 04 classes d’âge ou catégories, qui sont les Djehou, les Dogba, les Agban et les Assoukou. Les mandats successifs avaient une durée de 16 à 20 ans, mais cette durée a été revue à la baisse, soit 15 ans, par la génération Dougbo de tous les 60 villages Atchan à son avènement au pouvoir, par le biais de sa fédération Atchan Dougbo (Fad). Le « coup d’Etat » est proscrit (…) Un chef de village régulièrement nommé ne peut être destitué que pour trois raisons : il a fait un détournement avéré et non supposé, des finances du village ; il a vendu le patrimoine du village à son profit ; il a commis l’adultère. Dans de tels cas, la procédure de destitution à suivre est la suivante : ceux de la génération au pouvoir qui ont constaté les délits commis par le chef et qui ont raison de se plaindre de lui, se rendent chez le doyen du village pour l’informer des faits reprochés et lui remettent le pouvoir du chef. Ce dernier convoque le doyen de la génération au pouvoir et le charge d’organiser, dans les plus brefs délais, une assemblée générale extraordinaire de la génération afin de débattre de la situation et choisir, le cas échéant, un nouveau chef consensuel. Ce nouveau choix consacre la destitution de l’ancien chef. C’est donc au sein de la génération au pouvoir que le choix est fait par les seuls membres de la génération, sans l’intervention des personnes extérieures à la génération. Ensuite, ce choix est porté à la connaissance du doyen du village, qui convoque une assemblée générale de la population pour avis. Cette procédure constitue la base essentielle de la démocratie qui a préservé la paix en pays Atchan. Agir autrement, c’est saper cette base », clarifie le chef Djobo.
Le chef Djobo dénonce une imposture
Toute chose qui fonde son rejet du revers de la main une prétendue intronisation d’un nouveau chef dans son village. « Vu ce qui précède, l’installation (par qui ?), le dimanche 24 janvier après-midi, par 05 individus de la génération Dougbo au pouvoir, assistés de 12 Gnando et des Tchagba, en l’absence du doyen du village, de Bieffo Akré Salomon en qualité de chef de Songon M’Brathé, en remplacement du chef Djobo, est contre nos us et coutumes. Cette soit soi-disant installation qui n’a respecté ni la déontologie ni la tradition Atchan, constitue une défiance à l’autorité établie. Pour nous, cet acte est nul et de nul effet. Ces agissements violent notre tradition et troublent la quiétude de notre paisible et laborieuse population. Relativement à cette imposture, la classe Dougbo Agban dont il est membre l’a exclu avec deux de ses acolytes (Agoussi Djoké Michel, adjoint résidant et Ahui Martin) le 13 février 2016 lors d’une assemblée générale extraordinaire convoquée et présidée par son doyen d’âge », conclu-t-il sur le sujet. Selon le chef Djobo Anvra, « ils font du faux en imitant la signature du chef » sur certains documents.
Les contrats signés avec des partenaires du village
Lauréat de l’Organisation panafricaine de la jeunesse Francophone(OPAJEF) du « Super prix Eléphant d’Or 2016 », puis décoré dans l’Ordre du mérite de la Fonction Publique suite au décret n° 2016 du 07 juillet 2016, le chef Djobo Anvra Jeanson met quiconque au défi de lui présenter une seule preuve des allégations de détournement(s) et de vente(s) du patrimoine foncier du village que lui imputent ses détracteurs. Convoqué à la Police économique, au Tribunal et partout où besoin en a été, il dit avoir démontré son innocence contre tous les faits allégués. Il reconnaît avoir signé des contrats avec des opérateurs économiques installés sur le territoire de Songon M’Brathé, au nombre desquels les familles Donwahi et Ekra et la société SCB. Il reste à négocier un contrat avec Yacé Calixte, un membre de la famille Yacé qui a des intérêts dans le village depuis des dizaines d’années et un autre avec la CDBCI. Ces derniers versent désormais des « redevances » contractuelles au village, contrairement à ce qui avait cours depuis des dizaines d’années, avant son avènement au pouvoir. Des enquêtes menées au District d’Abidjan n’ont révélé aucune trace d’un décaissement de 350 millions de francs du Gouverneur Robert Beugré Mambé à son profit. Cependant, il entend poursuivre le développement amorcé, avec notamment la mise en valeur de la plage, le bitumage de la voie principale du village jusqu’au carrefour et bien d’autres projets.
A.K.





