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Essy Amara, ancien ministre des Affaires étrangères d’Houphouët-Boigny et de Henri Konan Bédié a révélé que la diplomatie ivoirienne était symbolisée par un seul homme : Félix Houphouët-Boigny. C’était à l’occasion de la conférence publique qu’il a animée, ce mercredi sur les relations internationales de la Côte d’Ivoire, à la tribune des grandes conférences royales de l’Université Charles-Louis de Montesquieu, « Je vais beaucoup parler d’Houphouët-Boigny parce qu’il a été au centre de tout. C’est lui qui a construit toute la diplomatie ivoirienne », annonce-t-il. Poursuivant, il a expliqué comment Félix Houphouët-Boigny, alors qu’il apprêtait l’indépendance de son pays, a été conseillé par le général De Gaulle de s’entourer de personnes ressources, afin de créer un État avec des valeurs et des principes. « Houphouët a tellement bien mené ce travail que les textes administratifs de la Côte d’Ivoire étaient les plus exemplaires de l’Afrique », a-t-il fait savoir. Essy Amara est aussi revenu sur la création des grands ensembles africains comme l’Organisation de l’union africaine (Oua), la Communauté économique des états de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao),  le Conseil de l’entente. « Avec le Conseil de l’entente créé en 1959, Houphouët-Boigny a lancé très tôt avant les indépendances la plus vieille organisation internationale du continent. La Côte d’Ivoire la finançait à hauteur de 500 millions de CFA, quand des pays comme le Burkina-Faso et le Togo contribuaient à hauteur de 15 millions chacun ». Concernant la Cedeao, il a expliqué comment par un constat sur le terrain (la séparation de certaines familles par les frontières terrestres), Félix Houphouët-Boigny a jeté les bases de cette organisation sous-régionale créée en 1975, «  l’une des institutions les plus crédibles dont je suis fier, parce que créée par la Côte d’Ivoire ». Pour le reste, le diplomate a commenté les relations internationales actuelles, constatant avec un certain regret qu’elles sont dominées aujourd’hui par une implacable économie de marché et le terrorisme.

« Ce qu’Houphouët Boigny m’a confié »

 Essy Amara n’a pas voulu dire des choses qui risqueraient de fâcher des personnes ou même des Etats. Bien qu’étant à la retraite aujourd’hui, l’homme qui a été dans le secret du pouvoir politique en Côte d’Ivoire respecte l’obligation de réserve qui caractérise la fonction diplomatique. Face à son auditoire composée d’étudiants, de personnalités politiques (Ouassénan Koné, Francis Wodié, Anaky Kobenan) et culturelles (Laubouhet Ligger, Josette Abondio, de chefs traditionnels, l’ancien président de la 49ème session de l’Assemblée générale des Nations Unies a donné des éclairages. « J’ai écrit beaucoup de choses. Mais le président Houphouët-Boigny m’a donné des instructions en son temps. Il m’a dit : « ne t’amuse pas à écrire tes mémoires maintenant. Il me l’a dit à trois reprises », a-t-il expliqué. Ajoutant que les mémoires créent beaucoup de problèmes. «  Je comprends votre besoin de savoir des choses de mes mémoires, mais il faut comprendre que les relations internationales sont faites de faits glorieux mais aussi de beaucoup de trahisons. Et donc quand on veut écrire sur ces faits, cela engage beaucoup de choses que je ne saurais trahir ici. Mais ne vous en faites pas, j’écris beaucoup de choses maintenant. Ce que je sais aujourd’hui, c’est qu’aucun chef  n’est  infaillible. Et j’essaie de faire la part des choses entre le vrai et le faux,  ce que j’ai observé », fait-il savoir.

R. K.