Côte d’ivoire / Guillaume Soro, député sortant de Ferké : « Je ne rêve pas au poste de vice-président »
Député sortant de Ferké commune, Guillaume Soro est candidat à sa propre succession aux législatives. Pour la première fois et au troisième jour de la campagne pour les législatives, il se prononce sur divers sujets de l’actualité nationale.
Comment se porte aujourd’hui le président de l’Assemblée nationale qui était récemment au Maroc pour des soins, dit-on. Avez-vous effectivement, comme cela s’est raconté, demandé un avion de l’Etat de Côte d’Ivoire qui vous a été refusé ?
Votre question me permets de répondre une fois pour toute et de façon décisive à des rumeurs… Je ne comprends pas. La Côte d’Ivoire bruit tellement de rumeurs… Ne constatez-vous pas que je vais bien, même si je ne suis aussi en forme que vous ? Je pense que je vais bien. Je vais simplement vous dire qu’il n’y a pas plus faux que ce qu’on a dit aux Ivoiriens en affirmant qu’on m’a refusé un avion. Pourquoi me le refuserait-on ? Je ne sais même pas d’où sort cette affaire de refus d’avion. C’est ce qui me donne le sentiment et la conviction qu’il y a une office qui existe pour distiller de fausses rumeurs à Abidjan et pour créer des problèmes. Ça peut-être une tactique classique qui est de vouloir à force de mensonge, de finir par laisser des traces. Et, je sais que durant des années, il y a une officine en place dans laquelle des gens se disent : ‘’notre travail, c’est de tout faire pour mettre le Président Ouattara et son dauphin constitutionnel en conflit Si on réussit à les mettre en conflit, on aura réglé nos problèmes’’. Sinon, autrement, je ne vois pas ce qui s’est passé. La vérité est celle-ci. Un jeudi du mois de novembre, je devais me rendre à Bouaké parce que j’étais le parrain des 70 ans du Lycée classique de Bouaké. J’avais donné mon accord pour y aller, quand dans la soirée, après le sport que je fais, j’ai ressenti une douleur dans le dos, qui irradiait dans mon bras gauche. Toute la nuit de ce jeudi, j’ai eu du mal à dormir, me cherchant une position antalgique. Au petit matin, j’ai donc appelé le Dr Touré, mon médecin personnel, parce que je me sentais mal. Pour cette raison, je n’ai pas pu me rendre à Bouaké. Le Dr Touré a alors fait venir le Dr Kramo de l’Institut de cardiologie, qui est venu me faire un électrocardiogramme et m’a prescrit des médicaments. Après avoir pris ces médicaments, la douleur a commencé à se réduire. Ça, c’était vendredi. Le samedi, j’ai voulu tout faire pour aller à Bouaké. Mon médecin personnel me l’a déconseillé, même si la douleur continuait à se réduire. Ce même samedi, sur conseil de mes médecins, j’ai appelé le ministre des Affaires présidentielles, Ibrahim Ouattara, le petit-frère du président de la République, qui est de Kong, pour lui demander de me mettre à disposition un avion pour que je me rende au Maroc pour des examens complémentaires. Il m’a demandé quel jour je souhaitais effectuer le voyage. Voyez donc qu’on ne peut pas me refuser un avion d’autant plus que je suis un officiel de la République. J’ai alors fixé le départ au mardi à 17 heures, étant entendu que ce même jour, je devais prendre part à 14 heures à une cérémonie à l’Assemblée nationale, en compagnie de l’ambassadeur des Etats-Unis qui devait nous remettre du matériel servant au vote électronique. Vu que je prenais déjà les médicaments prescrits par mes médecins, je me disais que je pouvais vaquer tranquillement à mes occupations, le temps que le jour du voyage arrive et que je puisse me rendre au Maroc pour les examens complémentaires demandés. Le dimanche, j’ai appelé sa Majesté, le roi du Maroc, pour l’informer que je me rendrai le mardi dans son pays pour des examens médicaux. Le lundi, sa Majesté m’appelle et me dit : ‘’Monsieur Soro, pour le mal que vous me décrivez, j’estime que vous ne pouvez plus attendre. J’ai donc demandé qu’un avion médicalisé aille vous chercher’’. C’est ainsi que lundi, chamboulant tout mon programme, j’ai appelé le ministre Ibrahim Ouattara pour lui dire d’annuler le vol qui était prévu avec l’avion de l’Etat, vu que le roi du Maroc envoyait un avion médicalisé pour me transporter. Voilà comment le lundi j’ai embarqué à bord de l’avion médicalisé pour me rendre au Maroc. Sur place, on m’a conduit à l’hôpital militaire pour une batterie de tests. Je craignais pour mon cœur mais la batterie de tests a révélé qu’on peut même prêté mon cœur à un nouveau né. Ce qui veut dire qu’il n’y avait pas de problème à ce niveau. Le seul problème qui a été signalé, c’est au niveau des cervicales. On m’a signalé qu’il y avait comme une pression de mes cervicales.
Des rumeurs de perquisition au domicile de certains de vos proches collaborateurs. Qu’en est-il exactement ?
Le général Vagondo que je connais très bien, qui est un ami avec qui nous avons travaillé ensemble et que nous continuons de travailler, ne peut pas faire cela. Je n'ai même pas jugé utile de l'appeler parce que c'est faux. Les gens mentent. La même officine qui dit qu'on m'a refusé un avion est la même officine qui raconte que mes proches sont perquisitionnés pour essayer de créer une ambiance délétère dans le pays. Malheureusement pour eux, nous sommes habitués à cette tactique classique qui consiste à distiller des rumeurs en espérant que mal an bon an, on finit par y laisser des traces. C'est absolument faux. Quand j'étais malade au Maroc, le président Ouattara m'a appelé, son épouse également. Ils savent que je suis à Ferké ici en train de battre campagne. Si vous allez trouver le général Vagondo, vous allez peut-être trouver qu'il est en train de prier pour que je gagne. Soul est là, allez l'interroger, le général aussi. Ils sont tous là, vous pouvez les interroger.
Comment expliquez-vous la multitude de candidatures indépendantes ?
Quand j'ai vu l'explosion des candidatures indépendantes, je me suis dit, tiens, c'est parce que peut-être on a réussi à faire connaître l'Assemblée nationale qu'elle intéresse maintenant tous les ivoiriens. Avant, je ne pense pas qu'il y avait autant d'indépendants. Cela veut dire que l’Assemblée nationale est devenue un enjeu réel. Elle est devenue un pole d’attraction. On m’avait dit qu’il y avait plus de 1000 candidats indépendants. L’explosion des candidatures indépendantes en dehors des partis formels, c’est mon deuxième sentiment, pouvait être un problème pour les formations politiques. Puisque l’intérêt des formations politiques est d’avoir justement le maximum de candidatures à parrainer. Cela doit amener forcement une réflexion au sein des formations politiques pour apprécier le mode de désignation de leurs candidats. Il y a une combinaison de facteurs qui peut explique ce phénomène. L’Assemblée nationale est elle-même devenue attrayante. On voit les députés maintenant avec leur apparat, leur implication dans la vie de la nation. Maintenant vous me demandez si j’aime les candidats indépendants. Moi-même je ne suis pas indépendant. Je suis un candidat qui a été désigné d’abord à la base par le RDR, ensuite qui a été adoubé par notre alliance, le RHDP. Et je pense que ce qui aurait été souhaitable, c’est justement que l’alliance que nous constituons, puisse avoir la possibilité de parrainer le maximum de candidatures. Cela aurait facilité les choses pour la vie de la nation.
Quelle est votre analyse sur le désaccord au sein du RHDP qui a conduit au limogeage de deux ministres ?
Je n’étais pas là, j’étais malade. Mais évidemment, je pense que les membres du directoire du RHDP devraient prendre des décisions. Je suis convaincu que dans l’optique de rassemblement, de réconciliation, tel que je connais le président Ouattara, je pense qu’il se donnera les moyens de réussir la réconciliation et le rassemblement au sein de la classe politique. N’oubliez pas le président Ouattara s’est battu corps et âme pour pouvoir réussir à créer cette alliance. Mais ne dramatisez pas les choses. On peut avoir parfois des palabres avec sa femme mais cela ne conduit pas inéluctablement à un divorce. Nous devons comprendre que quand on est au pouvoir ce que nous devons réussir le mieux, c’est le rassemblement.
Il y a des candidats indépendants qui se réclament proches de vous notamment Soro Kanigui. Qu’en est-il ?
Soro Kanigui est député jusqu’au 31 décembre. Il a demandé au RDR de l’investir. J’ai demandé au secrétaire général par intérim du RDR, Amadou Soumahoro pour savoir ce qu’il en était de la candidature de Soro Kanigui. Il nous a informés que la base électorale de sa circonscription avait écrit pour dire qu’elle ne voulait plus de Kanigui comme député.
Rêvez-vous au poste de vice-président ?
Je ne suis pas le meilleur candidat actuel au poste de vice-présidence. J’ai été à un moment donné Premier ministre. Au nom de l’alliance RHDP, il était dit qu’après les élections présidentielles, le poste de Premier ministre revenait au PDCI. Au nom de l’alliance, le vice-président que le président Ouattara veut nommer, sera certainement une personne issue du PDCI. Je suis modeste. Par ma culture et mon éducation, j’ai toujours obéi aux instructions du chef de l’Etat. Je ne serai pad de ceux qui iront pleurnicher devant le chef de l’Etat pour être vice-président. Je n’ai jamais considéré le poste de Premier ministre comme un métier. Je ne rêve pas, je suis réaliste. Je m’en tiens à l’Assemblée nationale.
Entretien réalisé par A.K. depuis Ferké





