Côte d’Ivoire / Guillaume Soro dit sur sa démission : « Ouattara n’est plus le même »
Dans cette vidéo publiée sur sa télévision en ligne, Guillaume Soro relate les circonstances de sa démission « forcée ».
Le 5 janvier, le président m’a reçu à sa demande et a souhaité que je milite au sein du RHDP, j’ai même expliqué au président que j’ai suivi un homme qui s’appelle Alassane Ouattara pour trois raisons : la première parce que l’émotion de l’ivoirité, l’homme de gauche de je suis, n’a jamais admis qu’on ségrégue, qu’on discrimine les Ivoiriens.
La deuxième raison, c’est qu’il a vécu aux USA depuis l’âge de 20 ans comme il le dit, donc pour moi il ne pouvait qu’être imprégné, imbibé des valeurs de la démocratie, de la liberté.
La troisième raison, c’est que c’est un technocrate, il a fait un PHD en économie, donc pour moi, il avait un bon CV, le bon CV pour le faire.
Il m’a dit alors, que le congrès était très important et que si je ne me rendrais pas au congrès, il serait contraint de me demander de rendre ma démission. Ce que j’ai acquiescé sans hésitation d’ailleurs. Le 24 janvier, le président me convoque à nouveau. Il me demande de savoir si j’avais changé d’idée. Je lui ai dit non Monsieur le président. C’était tout réfléchi, je ne suis pas RHDP et que je ne comptais pas me rendre au congrès. Le président m’a dit que dans ces conditions, il faut que je rende ma démission. Je lui ai dit d’accord. Il ne restait plus que nous puissions nous mettre d’accord sur une date de démission. Après le congrès, le 27 janvier, je peux vous dire que le président m’a appelé, en colère en me disant que j’avais fait une démission orale et que par conséquent, il m’enverrait des émissaires et ces émissaires sont arrivées chez moi, je dis bien le 28 janvier à 17 heures 30 minutes.
Ils m’ont envoyé une note et m’ont demandé de signer ma démission d’autant plus que selon eux, j’avais fait une démission orale. Je leur ai dit, si j’ai fait une démission orale, je ne suis plus votre interlocuteur. On ne peut pas démissionner deux fois pour le même poste.
Je leur ai dit que j’allais appeler le président. Par la suite, j’ai envoyé un courrier au président pour lui dire que je voulais qu’on préserve la dignité de l’institution parlementaire et que si je devrais démissionner, que cela se fasse conformément à la constitution c’est-à-dire la convocation de l’actuelle session extraordinaire.
On aurait attendre l’ouverture de la session ordinaire de l’Assemblée, le 1er avril pour que je rende ma démission. Rien ne pressait. Après tout ce que je viens de vous dire, si ce n’est pas du harcèlement, on peut parler d’insistance.
Depuis 2 ans, mai 2017, je suis préparé à cette éventualité. Parce que si vous vous souvenez bien, le président Ouattara, pour la première fois, m’a appelé « jeune homme ». Ce n’est pas le mot « jeune homme » qui m’a choqué parce que le mot « jeune homme » peut même être affectif. Mais c’est la colère et la rage qui ont entouré le mot « jeune homme ».
C’est ainsi que j’ai dit à mes collaborateurs, le Monsieur que j’ai connu dans l’opposition, qui était charmeur, élégant, qui était avec beaucoup de qualificatifs, aujourd’hui, devenu président, n’était plus le même. Donc ça ne devrait surprendre personne qu’aujourd’hui, Alassane demande ma démission du parlement. Comme le disait quelqu’un, « on gagne un père, on perd un père ».
A.K.





