Bezème 2.jpg

Né le 24 juillet 1947 à Aboisso, Kouamé Bezème est inspecteur du Parti Démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) après avoir passé plusieurs années à la tête de la délégation d’Abobo 3. Fils du célèbre avocat ivoirien et opposant au président Félix Houphouët-Boigny, Kouamé Binzème, leader du Parti Progressiste de Côte d’Ivoire (PPCI), l’homme devenu grand militant du PDCI, ne cache pas avoir eu « des parents qui ont fait la politique dans ce pays », donc un sachant de l’histoire de son parti que beaucoup bafouent aujourd’hui. Dans cet entretien, le très remonté inspecteur assène ses vérités contre ceux qui remettent la parole du président Bédié en cause.

 

Depuis quelque temps, on entend des bruits venant de votre maison, le PDCI-RDA. Qu’est-ce qui se passe aujourd’hui dans ce parti ?

En principe, il ne devrait pas avoir de guéguerre au PDCI. Ce sont ceux qui n’ont pas fait la politique qui sont dans la guéguerre. Ceux qui, par le canal du président Félix Houphouët-Boigny, ont pu faire des études, parce qu’ils ne pouvaient pas le faire par leurs propres moyens. Ils ne sont pas des politiciens, ils sont venus à la politique parce qu’ils ont occupé de hauts postes. On a fait d’eux, des politiciens. Ils ne connaissent pas le fondement du PDCI ni comment il a été créé ni ceux qui ont créé le RDA (Ndlr : Rassemblement Démocratique Africain) d’abord avant qu’il ne devienne le PDCI. Le PDCI est l’émanation de tous les partis politiques significatifs de la Côte d’Ivoire, c’est l’ensemble des têtes pensantes de ce pays qui se sont réunis pour dire : « notre mère patrie est malade, mettons-nous ensemble pour la sauver ».

 

Mais pourquoi entend-on des voix discordantes au sein de la même famille politique sur le même sujet ?

Aujourd’hui, on se rend compte qu’il y a des gens qui veulent avoir des postes. Il faut qu’ils crient pour qu’on les entende. Autrement dit, la parole du président Bédié ne devrait pas être remise en cause. L’appel de Daoukro est très simple et clair. Il a dit que nous allons créer un parti unifié qui va s’appeler PDCI-RDR. Et il l’a répété lors de la commémoration de l’an 3 de l’appel de Daoukro. Il n’y a plus de problème. Comment se fait-il que matin, midi et soir, des gens se lèvent pour dire : « l’an 2020, c’est à nous » ? Bédié a dit qu’en 2020, il y aura un candidat PDCI. Les autres vont nous accompagner comme on les accompagne aujourd’hui. Ils crient parce que lorsque ce parti unifié sera mis en place, ils voudraient être dedans pour sauvegarder leurs intérêts. Il y a un haut cadre de ce pays, membre du comité exécutif, lors d’un colloque au Palais de la Culture qui a dit que Kouamé Binzème (Ndlr : le père) était le président des étudiants du PDCI en France qui a osé prendre la parole devant le président Houphouët-Boigny lors d’une manifestation à Paris. C’est un manque de culture. C’est même irrespectueux de dire que Kouamé Binzème, premier docteur en droit, premier avocat ivoirien, deuxième avocat en Afrique et conseiller de Patrice Lumumba, est président des étudiants de Côte d’Ivoire en France pour parler devant Houphouët-Boigny. Nous sommes aussi des sachants aussi. En 1958, j’étais en résidence surveillée. Et ce n’était pas dans une maison clôturée. On était dans une maison à Arras (Ndlr : sous quartier de Treichville) qui n’avait pour clôture que des fleurs. Et les policiers entouraient la maison. Nous étions à l’intérieur, c’était une prison. Quoi de plus naturel que de dire qu’on va créer un parti unifié qui va regrouper tous les autres partis et qui va s’appeler parti des Houphouëtistes ? Ces gens-là, on les voit. D’où est venu le coup d’Etat ? Par eux. Mais après le coup d’Etat, ils n’étaient pas avec Guéi (Ndlr : L’auteur du coup d’Etat de 1999 ayant renversé le président Bédié)?

 

Qui sont-ils.

Cherchez vous-mêmes, vous saurez de qui il s’agit. Ce sont les mêmes personnes qui ont dit de donner le PDCI à Guéi. Nous étions dans la rue. Nous avons formé un comité, nous avons travaillé pour que le président Bédié soit reconduit pour le congrès, après son retour. Ils étaient où à cette époque, ceux-là ? Nous nous connaissons. Mais aujourd’hui, quels sont ceux qui ont eu la grosse part du gâteau ? Ce sont eux qui perçoivent des salaires à la Présidence et à la Primature. Qu’ils arrêtent d’emmener nos jeunes au suicide. S’ils veulent, il y aura une confrontation et on va se dire les vérités.

 

Donc vous voulez dire qu’au PDCI, des gens « mangent » avec Bédié mais qu’ils ne sont pas pour le parti unifié ?

Justement ! Et ce sont les mêmes qui ont refusé de sortir quand Bédié avait demandé de sortir en 1999.

 

Mais pourquoi n’y a-t-il pas eu de sanction à leur encontre ?

Bédié est très patient. Laissez le temps faire son œuvre. Il parle peu mais agit beaucoup.

 

Ce sont des responsables pourtant ?

Ce sont des gens qui ont profité du RHDP pour être élus. Ils sont passés par le RHDP pour être députés. Ce sont ceux-là qui font du bruit et qui font croire qu’ils n’aiment pas le parti unifié. Le fait d’avoir dit qu’on part aux élections en RHDP, cela m’a valu toute sorte de critiques et d’attaques. Prenons le cas d’Abobo que je connais très. Nous sommes quatrièmes dans toutes les élections.

 

Pensez-vous que le président Bédié maîtrise encore l’appareil du PDCI ?

Je sais que c’est un homme d’Etat que tout le monde respecte. Mais c’est évident si dans leur culture ils ne respectent pas les aînés, les doyens. C’est la force qui prédomine. Chez nous les Akan, quand le chef a parlé, on ne parle plus. Au PDCI, ils font du théâtre. C’est au PDCI qu’on entend les gens dire : « le terrain est favorable, on va gagner les élections ». Dans ce contexte, aucun parti ne peut gagner les élections seul. Ils s’imagent qu’ils sont des Macronistes (ndlr ; du nom du président français Emmanuel Macron). Si macron a réussi à se faire élire, c’était à cause de la division de la droite française. Chez nous les Akan, on ne vous fait pas grand pour vous faire petit. Bédié a dit que l’an 2020 est pour nous. A-t-on besoin de faire des commentaires ? On doit se réunir, essayer de remobiliser les militants, de les encourager sur le terrain comme le RDR (Ndlr : Rassemblement des républicains, l’allié) est en train de s’organiser. Le PDCI a de la foule mais pas d’électeurs.

 

Ce que vous dites là est très dangereux…

Je le dis parce que j’ai été délégué.

 

Le PDCI est un parti national qui a des délégations partout…

Comment concevez-vous qu’on perde une élection avec la liste électorale que nous-mêmes nous avons constituée ? On était en troisième position. Cela veut dire que nous n’avons pas assez travaillé. On a trompé le président Bédié. Le jour des élections, tout était fermé à la direction du parti. Même les téléphones étaient fermés, il n’y avait personne pour recevoir les résultats.

 

Au RDR, la secrétaire générale a dit que son parti sera le moteur du parti unifié. Peut-on en dire autant en ce qui concerne le PDCI ?

Posez la question au secrétaire exécutif, chef du PDCI. Au lieu de se consacrer aux choses qui nous avancent, ce sont de petites querelles de clochers qu’ils sont en train de mener. Qui va être le mieux placé auprès de Bédié. C’est dépassé ça. Les gens font tout ça pour se faire voir. Et c’est du plomb dans l’aile du PDCI dans la course au pouvoir en 2020. On en a marre. Nous sommes des inspecteurs. Notre devoir est d’aller sur le terrain et de ramener des informations sûres au secrétariat exécutif. Mais on ne nous donne même pas les moyens de faire notre mission. Nous a-t-il donné les moyens ?

 

Qui doit vous donner les moyens ?

Mais c’est le PDCI. On n’a pas encore fait le vrai boulot, faute de moyens. Ce qui se passe est malsain. Si l’un a été nommé comme porte-parole, qu’on le laisse travailler auquel cas, qu’on le démette. Comme le disait Gbagbo (Ndlr : ancien président ivoirien), le « même stylo est là », on peut prendre un autre arrêté de nomination. Pourquoi voulez-vous empiéter sur les compétences des autres ? Et ce sont les mêmes qui ont fait partir Djédjé Mady (Ndlr : ancien secrétaire général du PDCI). Aujourd’hui, il nous faut un candidat qui soit accepté de tous.

 

Pensez-vous que cela est possible ?

Pourquoi ils n’ont pas protesté lorsqu’on cherchait quelqu’un à la Vice-présidence. Ils sont tous candidats, ceux qui crient partout. Mais 2020, ce n’est pas demain, c’est encore loin. Qui est sûr de vivre jusqu’en 2020 ? C’est une affaire de Dieu. Attendons. Même si on a des intentions, c’est Dieu qui réalise ces intentions.

 

Quel est votre commentaire sur le débat autour de la candidature du président Ouattara en 2020 ?

Ouattara a une seule parole et je m’en tiens à sa parole. Il a dit qu’il n’est pas candidat. Je suis ami de cette famille. J’ai connu le vieux Dramane Ouattara, mon meilleur ami s’appelle Balla Ouattara, l’un des enfants de Dramane Ouattara. Je connais la famille. Et cette famille n’a qu’une seule parole. Elle respecte sa parole. J’étais avec mon ami Balla Ouattara jusqu’au dernier moment de sa vie.

 

Des rumeurs disent que c’est vous qui avez remis la vidéo sur les femmes tuées à Abobo au Golf (Ndlr : Qg du gouvernement Ouattara en 2011). Qu’en est-il exactement ?

Le professeur Guikahue m’a appelé pour me dire : « il y a un film sur la tuerie des femmes. Je te demande d’aller le récupérer parce que le monsieur qui veut vendre ce film, veut s’en aller à cause de la situation ». Je suis allé le rencontrer à Petro-Ivoire (Ndlr : Cocody-Angré). J’ai récupéré le CD que j’ai fait en plusieurs exemplaires. Je les ai remis à KKB (Ndlr : ancien président de la JPDCI) qui les a acheminés sur le Golf. Il ne savait rien du contenu. Brou Aka attendait ces CD pour les diffuser sur TCI (ndlr : télévision Côte d’Ivoire, créée pendant la crise par le Golf). Je le dis pour que les gens sachent que nous avons été acteurs. Je demande aux enfants du PDCI d’écouter le message qu’Houphouët-Boigny nous a laissé.

 

Interview réalisée par A.K.