Côte d’Ivoire / L’eau ne coule pas dans les robinets : Le calvaire des populations d’Abobo, Yopougon, Cocody, Marcory …
Plusieurs populations des communes du district d’Abidjan sont de façon récurrente confrontées à une pénurie d’eau depuis des mois. Et ce, malgré les efforts du gouvernement pour résorber le problème d’accès des populations à l’eau potable. Qu’est-ce qui explique donc ce paradoxe ? Nous avons tenté de toucher du doigt le calvaire des habitants des quartiers confrontés à ce phénomène de plus en plus préoccupant, et comprendre les raisons. Enquête !
D’Abobo à Yopougon en passant par Cocody et Marcory, il ne se passe pas de jour sans que les populations de certains quartiers de ces communes ne soient confrontées à des pénuries d’eau. Une situation de plus en plus persistante, qui oblige aujourd’hui, chaque ménage à se donner les moyens pour s’offrir ce produit de base, source de vie. En témoigne le cas des résidents du quartier PK 18 dans la commune d’Abobo, qui depuis des semaines, vivent dans la hantise d’un manque crint d’eau dans les robinets. « Ça fait pitié ce que nous vivons dans ce quartier. Nous n’avons pas d’eau depuis des jours. Nous sommes obligés de transporter des bidons pour aller puiser de l’eau à l’autre bout du quartier», se plaint B.A. une commerçante, mère de trois enfants. Qui doit, après avoir fermé son magasin tôt dans la soirée, aller chez un revendeur d’eau dans le quartier, pour s’approvisionner. « L’eau a été coupée depuis une semaine. Et on n’en connaît pas les raisons. Il a fallu que des femmes partent manifester, pour que l’eau soit rétablie. Aujourd’hui (Ndlr : lundi 16 avril 2018), nous avons de l’eau dans notre secteur mais le problème persiste dans les autres zones de PK 18. On voit encore les matins, des femmes portant des récipients et des bidons, aller chercher de l’eau », renchérit KS, employé d’un lavage-auto. Outre PK 18, le quartier N’dotré est également confronté au manque d’eau dans les pompes. « Ce qui se passe dans ce quartier est un paradoxe que nous, habitants de N’dotré Kobakro, n’arrivons pas à comprendre. Comment comprendre que ce quartier qui abrite un château d’eau, inauguré en 2016, ait autant de difficultés pour avoir accès à l’eau ? », s’interroge un résident. Florent K., un autre résident ne dit pas le contraire : « C’est une injustice que nous subissons. Nous sommes sidérés de constater que malgré la présence d’un grand château, nous n’avons pas d’eau. Nous avons sur le sol de ce quartier un château que nous voyons de partout, et nous n’avons pas d’eau, parce que le coût de l’abonnement est largement au-dessus de nos moyens. On nous dit qu’il y a une promotion de compteurs à moindre coût en cours dans certaines communes, mais nous n’en bénéficions pas ». « Nous sommes donc obligés, poursuit l’homme manifestement remonté, de payer de l’eau avec des revendeurs, qui eux-mêmes ne sont pas en mesure de nous fournir régulièrement de l’eau, parce qu’ils l’obtiennent à travers des branchements frauduleux. Nous lançons donc un appel aux autorités pour qu’elles nous aident à avoir nos compteurs d’eau de façon régulière et sortir de ce calvaire que nous vivons malgré notre proximité avec un château d’eau ». Lui emboîtant le pas, dame S.Y. ménagère, nous a confié que c’est avec beaucoup de remords qu’elle paye chaque mois la somme de 3 000 F Cfa à son revendeur d’eau. « Je paie 3 000 F Cfa chaque fin de mois à la personne qui me vend de l’eau. Ce qui fait 9 000 F Cfa par trimestre. Si on tient compte de la périodicité de la facturation de la Sodeci (Ndlr : Société de distribution d’eau en Côte d’Ivoire), qui est de trois mois, on conclut que nous payons chaque fois une facture de 9 000 F Cfa pour l’eau que nous consommons dans notre ménage. Comme on peut le constater, la question de la pénurie d’eau dans ces quartiers de la commune populaire d’Abobo, a atteint « une proportion intenable pour les populations ». Interrogés pour avoir les raisons de cette situation que vivent les populations abidjanaises, le service de communication de la société en charge de la distribution exclusive de l’eau sur le territoire national, nous ont confié que « ces coupures d’eau sont consécutives à des incidents sur le réseau hydraulique de l’entreprise ». Notamment des fuites lors des travaux de voiries et des incidents techniques sur les groupes à l’usine.
Certains habitants de la commune résidentielle de Cocody ne sont pas en reste de cette situation. Tel est le cas de ceux du quartier Colombie, rebaptisé désormais Deux-Plateaux « Les Oliviers ». Qui vivent ce calvaire depuis des années. « Vivre dans ce quartier a toujours été un parcours de combattant », nous confie O.S., un ancien résident dudit quartier. « Les gens, explique-t-il, font les abonnements Sodeci, mais l’eau ne vient pas régulièrement dans les pompes. Et pourtant, les factures viennent. C’est à partir de minuit ou une heure du matin que l’eau commence à couler dans les robinets. Il faut donc veiller tous les jours pour recueillir de l’eau. Quand je vivais là-bas, j’avais deux gros bidons que je déposais chez un blanchisseur, qui se chargeait de les remplir pour moi. Ce n’était pas du tout facile ». Selon d’autres témoignages, cette pénurie récurrente d’eau a suscité, il y a quelques semaines, une marche de protestation des habitants. Selon les habitants de ces quartiers, « il arrive que les populations qui sont pourtant régulièrement abonnées au réseau national et disposent de compteurs de la Sodeci, se promènent dans les quartiers pour se procurer de l’eau, lorsqu’il y a des coupures, qui peuvent durer trois jours ». Pis, ces populations ne comprennent pas pourquoi pendant qu’ils n’ont pas d’eau, certains revendeurs d’eau, en ont abondamment dans leurs robinets, à telle enseigne qu’elles sont obligées à leur corps défendant d’aller s’en procurer chez ses derniers.
« Factures exorbitantes »
A Yopougon, commune la plus peuplée de la Côte d’Ivoire, voire de l’Afrique de l’Ouest, les populations subissent aussi et toujours des désagréments liés à la pénurie d’eau. Les déménagements d’un quartier à un autre pour fuir ce problème d’accès à l’eau potable sont légion. « J’habitais un quartier à proximité du marché Bagnon de Yopougon. Je n’ai jamais pu boire l’eau de robinet dans ma maison jusqu’à ce que je déménage. Mais le paradoxe, c’est que je recevais des factures exorbitantes. Avoir de l’eau dans les récipients était pratiquement une corvée pour ma famille. On se faisait livrer par des tricycles dans des bidons. La situation étant intenable, j’ai dû déménager », relate AD, un habitant de Yopougon. Dans la même veine, Marc Koné, un autre habitant de Yopougon Ananeraie n’est pas allé du dos de la cuillère pour dénoncer ce qu’il qualifie lui-même « de calamité ». « Ananeraie est un très beau quartier résidentiel et paisible. Mais on ne peut pas comprendre que dans un tel quartier, des hommes et des femmes sortent chaque matin, des bassines, des bidons et des brouettes en main, pour aller chercher de l’eau dans des contrées très éloignées. Il peut se passer deux semaines voire des semaines, sans qu’il n’y ait de l’eau dans les robinets. Ma femme par exemple va chercher de l’eau chez sa camarade », relate-t-il avec amertume. Et d’ajouter : « Les gens sont obligés de mettre des suppresseurs pour renforcer la pression de l’eau, pour qu’elle puisse monter dans les immeubles. Ceux qui n’ont pas les moyens sont obligés de descendre au rez-de-chaussée pour aller puiser l’eau. Mais est-ce la solution, pour des gens qui ont des compteurs et reçoivent des factures. En tout cas, c’est une galère que nous vivons. Je me demande s’il y a un quartier de Yopougon qui est plus malheureuse qu’Ananeraie, en matière de problème d’accès à l’eau ». Répondant à ces accusations, le service de communication de la Sodeci soutient qu’en ce qui concerne les quartiers Yopougon Ananeraie et Millionnaire, les coupures sont également consécutives à des incidents sur le réseau de la Sodeci provoqués par des travaux de voiries et des incidents techniques à l’usine. «Ces incidents ont été corrigés depuis le 25 2018 mars pour ce qui est d’Ananeraie et le 18 avril 2018, pour le cas du Millionnaire. La situation est revenue à la normale », a soutenu une source audit service.
A.A.





