Côte d’Ivoire / Le Rhdp à l’épreuve de l’alternance 2020 : Le jeu, l’enjeu et la sagesse.
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’actualité oblige tout analyste de la vie politique ivoirienne à prêter attention aux évènements de cette fin de la première semaine de mai 2018. Le 4ème Congrès Extraordinaire du Rassemblement des Républicains (RDR) d’une part et de l’autre, la journée d’hommage du PDCI-RDA à son chef, le président Henri Konan Bédié qui soufflera sa 84ème bougie le 05 Mai prochain. Ce sera à Koun-fao, à l’Est du pays, loin du bouillonnement trop urbain d’Abidjan.
Bien sûr, au-delà du factuel, il se profile tout au long de ces évènements la confirmation des positions réelles de nos présidents sur les réglages à accomplir à propos du parti unifié. L’un, ADO, président d’honneur du RDR, président de la république, qui souffle le chaud et le froid sur une éventuelle candidature à un troisième mandat. Les raisons qui justifieraient la possibilité de ce troisième mandat justifieraient autant un quatrième aussi. Pourquoi donc pas ! L’autre, Henri Konan Bédié, chef charismatique du PDCI-RDA, qui, face aux critiques d’une frange intraitable des militants (et comment ?), mais bien plus par conviction que par cette pression, a produit le 19 avril dernier un communiqué dans lequel il souhaitait encore une longue et longue vie à son PDCI-RDA.
Donc sauf cataclysme, "ce qui est dit est dit" (tournure bien ivoirienne). Cependant, le risque qui pèse sur notre belle coalition du RHDP est réel. C’est le scénario du troisième larron. A priori, les deux pôles majeurs du RHDP n’ont pas mis en avant qu’il vaut mieux canaliser les ardeurs internes au risque de faire la passe par inadvertance à un adversaire inattendu. Et ce ne sont pas les appétences qui manquent.
Bédié ou le jeu de deux sages qui se lancent un œuf sans le casser.
A-t-on besoin d’un acte écrit entre Ado et son grand frère Bédié pour que la parole donnée puisse engager l’un envers l’autre ? Nous pensons pour notre part que non. Il est regrettable que certains cadres de notre coalition avancent l’inexistence d’un accord formalisé par écrit pour prétexter de l’absence de promesse d’alternance entre le RDR et le PDCI. La chose devrait en principe aller de soi.
Les actes de Bédié, à titre individuel et au nom de son parti, le PDCI, qui font preuves de sacrifices réels sont indiscutables. Le candidat Bédié a, en octobre 2010, a renoncé à user de son droit de poursuivre le recours à une réclamation portant sur 600 mille voix. Simplement parce qu’une telle démarche aurait mis à mal le processus électoral obtenu presqu’en obligeant le régime de la Refondation. Et ce n’est pas par peur du régime de Monsieur Laurent Gbagbo. Il le fit pour conforter la position du candidat ADO, son allié du RHDP au second tour. Et d’un !
A titre personnel et au nom de la recherche de la paix, il engagea le peuple Baoulé avec tous ses grands chefs au cours d’une cérémonie à Yamoussoukro en novembre 2010. Il y était en personne avec toute la batterie du parti septuagénaire.
Au cours de cette cérémonie, le candidat Ado fut fait prince baoulé et baptisé du nom d’Allah N’san. Pour bénéficier du confort de cet électorat du grand centre, bastion de longue date du PDCI. Les retentissements ultérieurs de cette belle démarche ont été connus avec Nanan Yao N’Guessan, chef du village de Gourominakro. Et de deux !
Il prit fait et cause pour Ado, alla délibérément s’installer au Golf Hôtel dès les premières heures de la crise post-électorale de décembre 2010 pour signifier son attachement à la cause de l’unité des enfants d’Houphouët Boigny. Et surtout pour consolider les liens (qu’il espérait solides sinon durables) entre membres du RHDP. Sans calcul aucun, au péril de sa vie et peut-être, oui bien peut-être, en défiant les avis contraires de sa famille. Et de trois !
Que dire du désaveu qu’il fit (temporairement) à des cadres de son parti qui montrèrent peu d’enthousiasme vis-à-vis de la candidature unique d’Ado pour le compte du RHDP au cours de la présidentielle de 2015 ! Et ce ne fut pas des moindres. L’honorable Mady Djedje, alors secrétaire général du parti et le bien-aimé bouillant KKB, alors président de la JPDCI. Il dut à son corps défendant, jouer les équilibristes pour ne pas imploser le PDCI. Mettre à mal l’unité de son propre parti pour assurer la victoire du RHDP. Si cela n’est pas lu comme un sacrifice, il faudra bien qu’on s’accorde de nouveau sur le sens de ce mot. Et de trois encore !
Tenons-nous à ces trois sacrifices plus un. Ils sont essentiels et suffisants pour convaincre. L’on ne peut en exiger plus de Bédié sans courir le risque de lui exiger le sacrifice suprême ! Immoler le parti de Felix Houphouët Boigny, sa mémoire, son héritage politique et son rêve de paix.
Un adage dit. Ce sont deux sages qui se lancent un œuf précieux, mais à la coquille fragile, sans le casser. Un autre dit. Il n’est pas bienséant d’offrir, de façon exclusive et continuelle, le spectacle d’une danse à son village lorsque l’orchestre comprend des habitants du village voisin. Il est souhaitable de penser à l’autre. Notre alternance est une question de jeu de sagesse. C’est l’essence même du Vivre Ensemble, slogan du RDR. Du moins ce qu’il nous permis de comprendre en ce qui nous concerne. Sans autre forme de procès. Elle peut bien se passer de preuves formelles écrites. L’enjeu du pouvoir et de l’argent se passe bien des vieux adages et proverbes nous dira-t-on ! Soit. Mais, et quand cet enjeu l’emporte sur le jeu, celui du Vivre Ensemble, que se passe-t-il alors ?
KOBENAN Tah Thomas
Membre Bureau Politique du PDCI-RDA





