Côte d’Ivoire / Procès à la Cpi : Ces éléments qui coincent Gbagbo et Blé Goudé
Le procès de l'ex-chef d'État, Laurent Gbagbo et son dernier ministre de la Jeunesse, Charles Blé Goudé, se poursuit sereinement à la Cour pénale internationale (Cpi). Justicepourlesvictimes.com, qui est au cœur du procès, a eu des confidences de hauts fonctionnaires de cette justice internationale, qui juge Gbagbo depuis bientôt deux ans, sans la comptabilisation des moments de détention. Pour comprendre ce procès, il est impératif de savoir ce pourquoi Laurent Gbagbo et Blé Goudé sont jugés en relation avec les éléments recherchés par la Cour. Les détenus sont accusés de manière précise d'être impliqués dans le massacre des militants du Rassemblement des Houphouétistes pour la démocratie et la paix (Rhdp), le 16 décembre 2010 lors de la marche sur la télévision nationale pour l'installation du directeur général. Ils sont accusés aussi d'être à la base du massacre des femmes d'Abobo, le 3 mars 2011, du bombardement du marché Siaka Koné, le 11 mars 2011 et des attaques de lieux de culte à Yopougon sanctionné par des morts. Ici, il s'agit pour le bureau du procureur de démontrer que dans la commission de ces crimes, le camp Gbagbo a mis en place un plan commun. En résumé, Fatou Bensouda et son équipe veulent prouver que Gbagbo, dans sa volonté de se maintenir au pouvoir, gérait un commandement parallèle qui a abouti aux crimes qui l'ont conduit à la Cpi. Et ils sont très nombreux, les témoignages qui ont corroboré cette thèse.
Ces témoignages poignants.
Depuis Sam l’Africain, en passant par des officiers des forces de sécurité pour aboutir aux parents des victimes, tous ont prouvé, à travers les réponses aux questions qui leur ont été posées, qu'il y avait bel et bien un plan mis en place par le camp Gbagbo. Sam l’Africain, par exemple, a prouvé inconsciemment ou consciemment ce plan. Pendant son audition, il a évoqué des réunions avant chaque drame, et des sms de rassemblement pour des meeting. Il a fait cas d'organisation mise en place dont le chef était Charles Blé Goudé. Le mercenaire libérien appelé Gbagbo junior a lui aussi confirmé la présence de soldats étrangers dans l'armée dont le but était de défendre Laurent Gbagbo. Le dernier milicien appartenant au Front de libération du grand ouest (Flgo) a relevé le lien entre leur organisation et le pouvoir d'alors. Le colonel Amichia Kouao de la Garde républicaine a aussi rappelé l'existence d'un commandement parallèle, le recrutement de mercenaires et la tribalisation des postes stratégiques dans l'armée. Récemment, le sergent chef de l'armée, Ferdinand Ballo Bi a confirmé ces accusations, ajoutant que les jeunes étudiants bénéficiaient de la protection du régime de Gbagbo. Plutôt que de lire le déroulement du procès entre les lignes, les partisans de Gbagbo préfèrent s’agripper aux déclarations émotives. Il suffit qu'un des témoins disent que Gbagbo est généreux pour que la toile s'enflamme.
La fausse joie des pro-Gbagbo
Certes, il y a eu des témoins qui ont presque remis en cause leurs propres déclarations. Mais la proportion est marginale au regard des témoins de poigne, notamment les parents des victimes. Sur ce sujet, ces derniers jours, les témoignages ont été accablant pour l'ex-patron du régime de la refondation, surtout ceux des parents des femmes tuées à Abobo. Sur ces crimes, la défense de Gbagbo et Blé Goudé a eu une perception évolutive. Au début du procès, Me Altit et ses collaborateurs ont voulu démontrer que la mort de ses femmes est un complot. Le camp Gbagbo a parlé de complot du bissap à l'époque. Progressivement et face aux faits, les avocats ont tenté de prouver que les crimes ont été commis par d'autres forces militaires à Abobo. Ils font allusion au commando invisible. Cette stratégie est toujours d'actualité. À elle, ils joignent désormais la tactique de la déstabilisation du témoin, en faisant croire que le lien entre lui et la victime n'a pu être établi par les expertises. Cette tactique a été utilisée contre le témoin Mamadou Bamba, président des parents des femmes tuées à Abobo et père de Nashami Bamba.
La nouvelle tactique de la Défense
Il lui a été dit à la Cpi qu'il n'a pas le même ADN que celle qui a été présentée comme sa fille. La tactique a aussi été employée contre Mamadou Doumbia, dont la sœur, Makaridja Doumbia a été tuée par éclats d'obus à Abobo derrière rail. Me Naouri, de la défense de Gbagbo, lui a dit que dans le cercueil censé contenir le corps de sa sœur, il y avait un homme. Le témoin s'est dit choqué par cette information. Ces faits ont fait les choux gras de la presse pro-Gbagbo qui les considèrent comme une déstabilisation des témoins. Or, en réalité, ils n'ont aucune incidence sur le procès et la manifestation de la vérité. Dans la mesure où ce sont des éléments qui peuvent résulter d'une erreur d'appréciation. Selon un haut fonctionnaire de la Cpi, le plus important dans ce procès, c'est la mise en exergue d'éléments pouvant permettre aux juges d'apprécier la culpabilité des prévenus. « Or sur ce plan, les pièces du puzzle sont presque toutes en place », nous apprend-on. « Ici, il s'agit de savoir lire le procès sans passion. Les systèmes judiciaires nationaux sont différents du système de la Cpi. Ici, ce qui est recherché, c'est la vérification de la mise en place d'un plan commun », a ajouté notre interlocuteur. Pour donner un second souffle au procès et obtenir la condamnation de Gbagbo, le Bureau du procureur a décidé de passer à la vitesse supérieure. Les témoins annoncés sont d'envergure parce qu’ayant un lien direct avec les victimes. C'est dans cette optique que sera auditionné le lundi 25 septembre prochain, un témoin de poids. Qui est-il ? Difficile pour l'instant de le dire. Ce témoin, indique-t-on du côté de la Haye, fournira des éléments solides pour la manifestation de la vérité. De quoi faire trembler le camp Gbagbo, émoussé par la longue attente d'une liberté conditionnelle de leur champion.
Source : justicepourlesvictimes.com





