Côte d’Ivoire / Bin-Houyé : Le maire André Narcisse Meman veut apporter des solutions concrètes à des populations fragiles et déshéritées
La commune de Bin-Houyé est engagée dans l’élaboration de son Plan stratégique de développement local (Psdl) et son Plan d’urbanisme urbain directeur (Pud) depuis le 8 octobre. Son maire lève un coin du voile sur ce projet majeur et bien d’autres en cours pour donner fière allure à sa cité.
Qu’est-ce qui a motivé une telle initiative ?
Vous conviendrez avec moi qu’une gestion sérieuse de quelque organisation que ce soit, a fortiori une collectivité, ne peut se faire sans boussole, autrement dit, sans prospective. La prise en compte de cette exigence est encadrée, au plan institutionnel par la loi 2003-208 du 7 juillet 2008 portant transfert et répartition de compétences de l’Etat aux collectivités territoriales. Ce texte confère aux entités décentralisées que nous sommes un rôle de premier plan en matière de planification du développement local. Il nous incombe donc de prendre la pleine mesure de cette mission, d’autant plus que sous la conduite du chef de l’Etat Alassane Ouattara, notre pays est dans une nouvelle ère de planification, avec le Plan national de développement (Pnd) qui se fait en cohérence avec les objectifs du développement durables (Odd). Ces différents plans dont la dernière mouture (2021-2025) vient d’être adoptée, nécessitent l’implication des collectivités locales, d’où l’importance du travail que nous sommes en train de faire pour notre commune. Il est bon d’indiquer que notre équipe a décidé de saisir cette occasion pour conduire deux études dont l’une concerne la gestion urbaine de la ville de Bin-Houyé et l’autre relative au territoire communal dans son ensemble. En clair, nous voulons sortir du pilotage à vue qui a eu cours jusqu’à maintenant, en nous dotant d’instruments de pilotage stratégique susceptibles d’orienter notre politique de développement, notamment dans le cadre de l’élaboration du budget ou du programme triennal. Ces documents serviront d’instruments pertinents de négociation auprès des structures étatiques et de partenaires au développement dans la perspective de recherches de financements additionnels, indispensables pour réaliser d’importants projets dans notre commune.
Une chose est de se doter d’un Plan stratégique de développement et une autre est son application. Très souvent, les financements posent souvent problème. Comment comptez-vous le mettre en place ?
En vérité, une bonne planification stratégique ne pose pas de problème de financement des actions identifiées. Une bonne planification aboutit nécessairement à la programmation des actions ainsi que des sources de financement appropriées. Autrement dit, une planification sérieuse indique les modalités de financement des activités identifiées. Je l’ai déjà indiqué, nous voulons sortir du pilotage à vue pour nous engager dans le pilotage stratégique, concerté et inclusif. Au terme de cette démarche, les documents à mettre à notre disposition vont être des références pour l’élaboration de budgets annuels et programmes triennaux fiables et réalistes tant en terme d’actions qu’au regard des moyens de leur financement. Ce travail de planification stratégique vise à faire ressortir nos capacités en termes d’activités susceptibles de générer des ressources jusque-là inexploitées. Enfin, les documents qui vont sanctionner ces travaux vont nous servir de base de négociation crédible, auprès de tout partenaire (Etat, Ong, guichets de financements dédiés) dans le cadre des recherches de financement de nos projets de développement.
Le Bnetd a inclu dans ses prévisions dans le chapitre de la voirie le bitumage de l’axe Toulepleu/Bin-Houyé/Zouan-Hounien et 5 kilomètre de bitume dans la ville de Bin-Houyé. Est-ce qu’une telle hypothèse est-elle objective quand on sait le projet de bitumage de cette route, maintes fois annoncé, piétine et tombe à l’eau à chaque fois ?
Cette question me donne l’occasion d’affirmer avec force que le bitumage de l’axe Toulepleu/Zouan-Hounien, passant par Bin-Houyé n’est plus une vue de l’esprit, mais bien une réalité concrète. Et tous ceux qui pratiquent le tronçon Toulepleu/Bin-Houyé peuvent témoigner de la présence effective de l’entreprise en charge des travaux. Je sais que l’attente des populations de Bin-Houyé concernant ce projet a été tellement longue qu’elles auraient souhaité que cet ouvrage soit réalisé en un mois (rires). Et la lenteur que nous constatons dans l’exécution des travaux sur le terrain en rajoute à l’impatience des usagers. Pour dire les choses sérieusement, j’exprime une fois encore ma reconnaissance et celle des populations de Bin-Houyé au Président Alassane Ouattara pour l’effectivité de cet ouvrage qui traduit la tenue de promesse électorale. En ma qualité de premier magistrat de la commune, je puis dire que cet ouvrage vient à propos parce qu’il va non seulement désenclaver totalement notre localité et faciliter le déplacement des populations, mais en plus, la ville de Bin-Houyé bénéficiera de ses retombées. Pour ce qui est du bitumage de la ville, en tant que projets connexes il est plutôt prévu, selon les responsables de l’Ageroute, 1,1km pour la ville de Bin-Houyé 2, 9 km de la ville de Bin-Houyé à la frontière (Dohouba). J’ai sollicité le ministre de l’Equipement et de l’Entretien routier pour que la ville puisse bénéficier d’au moins 2, 5 km de bitume. J’ai bon espoir que ma requête connaitra une suite favorable, vu que la ville de Bin-Houyé aspire à être un chef de lieu de préfecture.
Vous avez donc bon espoir que la route Toulepleu-Bin-Houyé-Zouan-Hounien sera bitumée dans les délais d’exécution de votre Plan stratégique de développement local ?
Je dirai plutôt que l’accélération des travaux constatée ces jours-ci augure une bonne chose pour notre commune. Néanmoins, s’il est vrai que la réalisation de cet ouvrage va accélérer les actions de développement en faveur de Bin-Houyé, nous ne faisons pas de fixation pour établir une corrélation entre l’achèvement de ces travaux de bitumage et le succès attendu de ces deux études. Il serait même irréaliste de penser que les travaux de bitumage s’achèveront avant la fin mars 2022, date d’achèvement prévue des études Psdl et Pud. Ces dernières semaines, nous constatons que l’entreprise en charge des travaux est activement sur le terrain et cela nous réjouit énormément et nous espérons qu’elle montera en puissance pour que le désenclavement de Bin-Houyé soit une réalité dans un futur très proche.
D’ici là, quels sont les atouts et les acquis de la commune de Bin-Houyé avec le maire Méman André Narcisse ?
L’adhésion des populations aux initiatives que nous prenons pour améliorer leurs conditions de vie est assurément quelque chose de rassurant. Et leur forte présence à l’atelier de lancement du 8 octobre dernier est une autre preuve de leur soutien qu’elles ne cessent de nous apporter à des occasions telles les réunions du conseil municipal.
Je ne saurais passer sous silence l’appui inestimable de la tutelle, le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, le général Vagondo Diomandé, a accordé à la commune de Bin-Houyé des crédits complémentaires pour compenser la modicité de nos ressources propres. Avec ce soutien, notre équipe accélère actuellement la stratégie de maillage territorial en termes de constructions de centres de santé dans des villages. Ainsi, nous disposons désormais de trois dispensaires ruraux dans la commune alors qu’il n’en existait pas avant notre prise de fonction. Nous sommes sur la voie de réaliser au moins cinq nouveaux bâtiments de trois salles de classes chacun en vue de transformer les écoles concernées en écoles de six salles de classe, ce qui est la norme en la matière. Pour l’entretien de la voirie, depuis juillet 2020, nous procédons régulièrement au reprofilage des rues de la ville. Enfin, grâce à un travail de réorganisation, le marché de Bin-Houyé est désormais un endroit viable pour commerçants et autres usagers.
Quel est le bilan du maire de Bin-Houyé à mi-parcours ?
Je tiens à indiquer que Bin-Houyé est une localité rurale au sens où 73 % des 28499 habitants (recensement de 2014) vivent dans les 22 villages qui composent cette commune. Et ces populations qui sont pour la plupart analphabètes, vivent d’activités en rapport avec le milieu rural (agriculture essentiellement). Cette frange majoritaire de nos populations est confrontée à une pauvreté, je dirais endémique. En somme, nous avons la responsabilité d’apporter des solutions concrètes à des populations fragiles et déshéritées, souffrant des conséquences directes et durables des crises, d’abord celles du Liberia puis celles de notre pays. Dans ces conditions, agir pour le développement ici, c’est adresser les questions de santé, d’éducation, d’adduction en eau potable, de pistes villageoise, de lutte contre la pauvreté en milieu rural. D’où notre engagement soutenu depuis que nous sommes à la tête de la commune pour des actions en direction des villages en priorité. Il est donc évident que l’observateur qui limite son appréciation à la ville de Bin-Houyé, chef-lieu de la commune, fera un bilan erroné de nos actions. J’ai indiqué tout à l’heure qu’après 35 ans de communalisation, c’est en janvier dernier que nous avons ouvert le tout premier dispensaire rural de la localité, et nous en disposons deux autres qui attendent d’être fonctionnels. Au terme de notre mandat, nous comptons doter notre localité de cinq dispensaires ruraux fonctionnels afin de rapprocher l’appareil sanitaire des populations. Un autre challenge nous importe et concerne l’école, parce que pour nous, « l’école précède et la route et le développement ». Et nous travaillons activement pour transformer toutes les sept écoles de trois salles de classe dans nos villages en école de six salles de classe. Je pourrais multiplier les actions que nous réalisons en direction des populations rurales de notre commune et ce malgré les contraintes majeures au plan financier. Deux mois à peine après notre arrivée, le marché de la commune a été vandalisé et incendié, nous privant pendant plusieurs mois de recettes propres substantielles. Faut-il rappeler les conséquences de la pandémie du coronavirus qui, de mars à juillet 2020, a impacté les activités économiques du pays donc de notre commune, obligeant l’Etat à réduire de presque 30 % la subvention à accorder à Bin-Houyé. Je sais que beaucoup, parce qu’ils ne participent pas à nos conseils municipaux, ne savent pas que nous avons hérité d’un tableau d’endettement au terme de la gestion de notre prédécesseur qui représentait quasiment 90 % de nos ressources en investissement. Malgré toutes ces difficultés, nous avons engagé d’importants chantiers en faveur de nos populations, surtout les plus défavorisées. Et le travail de planification en cours, sans être la panacée, constituera une réponse pertinente et durable à la problématique du développement global de Bin-Houyé.
Interview réalisée
par Alexis Tanoh





