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Eric Ouattara, bien connu dans la sphère politique à Korhogo, d’abord au niveau du Rassemblement des républicains (Rdr) et maintenant au Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (Rhdp), donne son opinion sur la réconciliation.

 

Aujourd’hui quel regard portez-vous sur l’évolution de votre parti, le Rhdp?

Je pense que le parti se porte assez bien, pour plusieurs raisons. Nous sommes au pouvoir aujourd’hui, nous avons la majorité des parlementaires. Nous avons également la majorité des communes et des conseils régionaux. Ce sont des indices qui peuvent refléter la bonne santé du parti. Nous nous tenons à un certain nombre de choses qui font partie de la vie normale des partis politiques, mais je pense que le parti se porte bien.

 

La gestion de la jeunesse de votre parti connaît toutes les péripéties … ?

On a toujours des pincements en comparant l’actuel au passé. Les contextes ne sont plus les mêmes. Hier on n’était dans une reconquête formelle de pouvoir. Aujourd’hui nous avons le pouvoir, c’est vrai que les gestions peuvent être différentes, les motivations peuvent être différentes mais je pense que cette jeunesse doit avoir plus d’engagement, plus de poigne, elle doit être vraiment le fer de lance  de notre parti. Ce n’est qu’un avis personnel.

 

Aujourd’hui c’est l’inquiétude concernant l’après Ouattara. Comment voyez-vous la situation ?

Mon premier regard c’est que j’en souffre terriblement. Voir le Président Ouattara se débattre après les deux malheurs qui nous ont frappés, je pense qu’il est en train de chercher la pièce de rechange. Mais il n’y a rien de plus difficile quand vous n’avez pas votre esprit préparé à un évènement. Je pense qu’avec la volonté de Dieu, les cœurs seront apaisés et nous serons unis. Plus nous sommes unis, plus nous sommes forts. Je crains plus pour l’unité, je crains plus les velléités personnelles des uns et des autres par rapport à la personne choisie. Chacun est né avec son don mais chacun essaie de le glorifier, de le parfaire au fil des temps. Si on s’en tient à cela, notre union doit être sacrée et notre union doit nous aider à pouvoir faire la différence de ce qui nous manque.

 

Vous-même à Korhogo, vous étiez l’un des fers de lance d’Amadou Gon Coulibaly … ?

Je ne dirais pas frustré mais je dirai que je suis plutôt inquiet, je suis un peu désorienté. On ne peut pas perdre un homme comme Amadou Gon Coulibaly sans qu’il n’y ait des chamboulements mais certains d’entre nous ont appris auprès d’Amadou Gon et l’apprentissage a pour résultat de faire mieux que le maître. Malheureusement et c’est un ressenti personnel, ce n’est pas ce que je constate ; c’est un peu dommage. Cela fait partie de la vie. J’aurai souhaité que les uns et les autres se ressaisissent, on se dit que pour bâtir le présent, il faut un peu du passé, il faut un peu du présent, il faut un peu du futur.

 

On s’attendait à vous voir sur une liste aux législatives de mars 2021. Que s’est-il passé ?

Un leader a aussi sa part de responsabilité dans sa propre promotion. Je pense que ce qui s’est passé est une question de principe. Je n’ai pas été retenu pour être titulaire. A partir de ce moment, toutes les batailles étaient pour moi perdues parce que les titulaires aussi ont le droit de choisir leurs suppléants. Je ne veux jeter la pierre à personne mais je dis que le militantisme n’a pas pesé. Le copinage a pris le dessus sur le militantisme. Cela fait partie de la vie. C’est devenu un adage quotidien en Côte d’Ivoire, « de bonnes relations valent mieux que des diplômes » dit-on. J’ai été victime de cela mais ce n’est rien, la vie continue car nous avons épousé des idéaux, on s’est battu, je pense que c’est cela le plus important.

 

Laurent Gbagbo est revenu entre temps, acquitté par la justice internationale. Il a créé un parti politique, rencontré Alassane Ouattara qui tend la main aux opposants. Alors dans cette dynamique, en tant que jeune leader de la région nord, quelle est votre opinion sur la question Guillaume Soro que vous connaissez bien ?

Je salue le retour de Laurent Gbagbo. Ce retour est le bienvenu car il donne du rythme à la politique. Il va nous permettre de nous réveiller de notre profond sommeil. Je pense que c’est la partie positive que nous saluons. Quand on va à une bataille, on se donne les rudiments, les moyens pour la victoire. Si notre bataille et notre victoire doivent passer par une quelconque réconciliation, le Président Alassane Ouattara, je suis convaincu, peut le faire comme il l’a fait avec le Président Henri Konan Bédié du Pdci-Rda, parce que jusqu’à preuve du contraire, je ne peux pas dire que Guillaume Soro a fait plus de tort au Président Ouattara que le président Bédié ne l’a fait. Nous étions là, nous avons vécu les moments chauds avec le pouvoir de Bédié jusqu’à faire renier la mère du Président Ouattara soutenant que ce n’était son fils. Le président Ouattara nous a montré sa capacité à aimer la Côte d’Ivoire, à se battre pour la Côte d’Ivoire, pour ce que le pays doit être demain. Je suis convaincu qu’il sera capable de faire le sacrifice s’il s’avère que cela est nécessaire. C’est un capitaine très écouté, c’est un général qui a tous les militants qui se mettent à ses ordres, je pense qu’à partir de ce moment, la pilule passera. Seul le président Ouattara peut nous donner les directives.

Interview réalisée

par A.K.