Près de trois ans après une première proposition controversée, Oupoh Laurent appelle à réexaminer le statut de la commune du Plateau. Dans une lettre ouverte au ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, il préconise le transfert de ses compétences au District autonome d’Abidjan, au nom de l’efficacité de l’action publique et d’une meilleure gestion des ressources.
La commune du Plateau doit-elle conserver son autonomie administrative ou devenir un territoire particulier relevant du District autonome d’Abidjan ? La question, soulevée en avril 2024 par Dabley Jean Cyriac, revient au cœur du débat sur la décentralisation en Côte d’Ivoire. Dans une lettre ouverte adressée au ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, Oupoh Laurent relance cette réflexion et plaide pour une réorganisation institutionnelle de ce territoire stratégique de la capitale économique.
Profitant de la Journée des collectivités territoriales, organisée au Parc des Expositions d’Abidjan, le contributeur estime que le moment est propice pour examiner le fonctionnement des collectivités locales, alors que leurs responsables évoquent des difficultés financières et des besoins croissants.
Le budget de 14 milliards de FCFA au centre des interrogations
Érigé en commune en 1980, le Plateau occupe une place particulière dans l’organisation administrative et économique du pays. Sur une superficie de 394 hectares, le territoire compterait environ 7 186 habitants résidents, tandis que près de deux millions de personnes y convergeraient quotidiennement pour travailler, commercer ou accomplir des démarches administratives, selon les données citées dans la contribution.
Centre administratif, diplomatique, financier et économique de la Côte d’Ivoire, la commune concentre plusieurs institutions stratégiques. Toutefois, pour Oupoh Laurent, cette spécificité ne suffit pas à justifier automatiquement le maintien d’une mairie autonome.
L’auteur s’interroge notamment sur le budget annuel de la commune, estimé à environ 14 milliards de FCFA. Il demande quels investissements, équipements de proximité et services sociaux justifient une telle enveloppe au regard de la population résidente.
« Il ne s’agit pas d’attaquer un maire, il s’agit d’interroger une institution », souligne-t-il en substance, défendant l’idée que la décentralisation doit rester un instrument au service des populations et faire l’objet d’évaluations régulières.
Le fichier électoral également questionné
Au-delà des considérations budgétaires, Oupoh Laurent attire l’attention sur une autre question : la proportion entre la population résidente et le nombre d’électeurs inscrits dans la commune.
Se référant aux chiffres avancés lors du débat initial, il évoque 82 678 électeurs inscrits pour environ 7 186 habitants résidents. Une différence qui, selon lui, mérite des vérifications approfondies concernant les règles d’inscription, les rattachements électoraux et la fiabilité des données disponibles.
L’auteur estime qu’une telle situation appelle davantage de transparence afin de préserver la sincérité du scrutin et la crédibilité de la représentation locale. Ces chiffres, qui nécessitent une vérification auprès des sources officielles compétentes, constituent ainsi l’un des arguments avancés pour réclamer un examen approfondi du fonctionnement de la commune.
Il interpelle également le ministre sur l’état d’avancement des réflexions éventuellement engagées depuis 2024. Pour lui, une question touchant à l’efficacité de l’administration territoriale ne devrait pas rester sans réponse pendant plusieurs années.
Le district autonome d’Abidjan comme alternative
Contrairement à la proposition initiale de rattacher le Plateau à la commune d’Adjamé, Oupoh Laurent privilégie une autre option : supprimer la commune du Plateau en tant que collectivité territoriale autonome et transférer ses compétences au district autonome d’Abidjan.
Sa proposition repose sur quatre axes : la suppression de l’autonomie communale, le transfert des compétences au district, la continuité des services destinés aux résidents et la révision de la répartition des ressources fiscales entre les institutions concernées, notamment l’État, Adjamé et le district.
L’objectif serait d’adapter la gestion du Plateau à sa vocation nationale, en tenant compte de sa fréquentation quotidienne, des charges d’entretien, des investissements nécessaires et des missions exercées.
Oupoh Laurent précise toutefois qu’une telle réforme devrait respecter les procédures législatives et réglementaires en vigueur. Il préconise une évaluation préalable par des experts indépendants afin de mesurer les coûts, les économies éventuelles et les conséquences administratives d’une éventuelle réorganisation.
En définitive, le contributeur invite le gouvernement à ouvrir un examen objectif de cette proposition, sans préjuger de la décision finale. À ses yeux, l’enjeu dépasse le seul cas du Plateau : il s’agit de renforcer une administration capable d’évaluer ses dispositifs, d’anticiper les besoins et de proposer des réformes au service de l’intérêt général.
A.K.