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S’il y a un témoin du procès de la crise postélectorale à la CPI dont la comparution capte l’attention des partisans des deux parties en procès et fait bouger les lignes au niveau de la juridiction internationale, c’est bien celle de l’ancien chef d’état major de l’armée Philippe Mangou. Qui, à la barre depuis une semaine, fait des révélations troublantes qui éclairent les juges sur ce qui s’est véritablement passé pendant cette crise qui a fait officiellement 3000 morts.

Le Général Philippe Mangou avec l’éloquence qu’on lui connaît, ne rate aucune occasion, pour dire sans langue de bois ce qu’il sait sur des faits incriminés dans ce procès qui opposent les victimes de la crise postélectorale à l’ancien président Laurent Ggagbo et Charles Blé Goudé, leader des mouvements de jeunes ‘’patriotes’’. Et ce, avec des dates précises et des noms de personnalités politiques ou militaires, qui ont joué un rôle important dans la crise. « (….) Nos éléments n’avaient pas de munitions. Ils étaient obligés de replier chaque fois. Et les chefs Atchans sont venus me voir à l’état major pour me dire qu’il n’y a pas munitions mais on ne peut pas le dire aux gens, nous sommes dans l’attente. Et ces munitions ne sont jamais arrivées. Alors quand je vois le lot de munitions à la Présidence de la République, je me pose des questions (…) Le Cecos – NDLR : une unité spéciale créée par Gbagbo – était mieux armé que l’armée et même que la police nationale et la gendarmerie », a révélé à la barre le général Mangou. Alors que ses avocats défendent bec et ongle qu’il n’y a aucune preuve liant Gbagbo aux opérations militaires. Alors  question : Que faisaient les stocks de munitions à la Présidence de la République ? En vérité, l’ancien CEMA du woudy de Mama, malgré les millions et les étoiles qu’il a reçus de lui, a choisi contrairement à d’autres témoins du procureur, de rendre un témoignage utile à la cour. Car, c’est le lieu dire, depuis que ce procès a commencé, l’on a assisté à des témoignages farfelus, superflus, plats, incohérents, etc. Oui ! On a vu à la barre des témoins, sur qui le procureur de la cour Bensouda comptait pour prouver la culpabilité de Gbagbo et son compagnon de tous les temps, dans la crise postélectorale, qui ont laissé les observateurs de ce procès sur leur faim. Même des responsables de la chaîne de commandement des Forces de Défense et de Sécurité – on ne cite pas les contemporains – ont simulé des troubles de mémoire, fait du dilatoire et refusé même de parler, en répondant par des réponses du genre « non », « oui », « peut-être », « je ne m’en souvient pas », « affirmatif »…Bref, comparaison n’est pas raison, mais considérés il y a des mois, comme des témoins à charge, qui en raison des postes qu’ils ont occupés au moment des faits, allaient faire des révélations susceptibles de donner un coup d’accélérateur à la démarche de l’accusation. Des sachants ont manqué de prendre rendez-vous avec l’histoire. Rien d’important n’a filtré de leur comparution. « A-t-il eu peur de Gbagbo en le voyant dans la salle ? Ou a-t-il eu de la compassion pour lui par devoir moral ? », s’est interrogé un confrère après la comparution d’un de ces témoins importants.

Il est arrivé même au juge principal de menacer de poursuivre les témoins qui ne disent pas la vérité à la cour. A telle enseigne que l’on s’est souvent demandé si certains témoins avaient été briffés par le procureur sur les enjeux de leur comparution.

En définitive, le général Philippe Mangou, hier adulé par les partisans du régime Gbagbo et vomi par les partisans du RHDP dans l’opposition, et aujourd’hui voué aux gémonies par les pro-Gbagbo et soutenu par les militants du RHDP désormais au pouvoir, se présente ainsi comme un témoin atypique, qui tantôt mal aimé, tantôt bien aimé, est en train de contribuer à la manifestation de la vérité sur cette page noire de l’histoire contemporaine de la Côte d’Ivoire. Merci Général de prendre rendez-vous avec l’histoire, malgré les grades, les étoiles et les millions de Gbagbo. Merci pour ce choix judicieux et noble.

Abou Adams