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Le ministre de la Construction, du logement et de l’urbanisme raconte comment il a été appelé au gouvernement en 2011 sans l’avoir « pensé ».

« J’occupais à l’époque depuis environ un an, la fonction de directeur des Affaires institutionnelles et règlementaire de la zone AMOA (Afrique, Moyen-Orient, Asie) du groupe France-Télécom ORANGE, après avoir auparavant occupé pendant deux ans la fonction de directeur de l’Audit Finances. J’étais à fond dans mes fonctions et je n’imaginais pas un seul instant que le cours du destin viendrait tout changer en quelques jours.  J’étais ce jour-là dans mon bureau et vers la mi-journée, je reçois un coup de fil qui me demande avec insistance, de rejoindre Abidjan. C’était le secrétaire général de la Présidence de l’époque (paix à son âme), Amadou Gon Coulibaly, qui m’a juste dit que le chef de l’Etat qui venait d’entrer en fonction, souhaitait avoir des échanges avec un certain nombre de cadres sur des secteurs de notre économie et que j’étais l’un de ceux qui avaient été retenus pour celui des télécommunications. C’était un mardi et en raison de crise sociopolitique de l’époque, il n’y avait que 2 vols par semaine entre Paris et Abidjan, le mardi et le vendredi. Je m’empresse donc de dire à mon interlocuteur que j’allais m’arranger pour prendre le vol de vendredi, et qu’étant salarié, une autorisation de ma hiérarchie était nécessaire pour me permettre d’effectuer un tel voyage. Il insiste sur l’urgence et propose de me revenir. Ce qu’il fit quelques heures plus tard, pour me dire qu’il y avait un vol de Royal Air Maroc le mercredi, qui faisait le trajet Paris /Casablanca puis Casa/Abidjan, et qu’il fallait absolument que je le prenne pour me permettre d’honorer ce rendez-vous important. J’étais à la fois surpris et honoré mais aussi un peu ‘’agacé’’ par la pression qui m’était mise, compte tenu de ma charge de travail en ce moment-là. Après avoir obtenu l’autorisation de ma hiérarchie pour m’absenter le reste de la semaine, j’ai été contraint ce même soir, en quittant le bureau et vu qu’une réservation en ligne n’était plus possible, de me rendre à l’agence RAM de l’aéroport d’Orly pour prendre mon billet. Sur le chemin pour Orly, j’ai été à plusieurs reprises tenté de sortir de l’autoroute, en raison de la densité du trafic à cette heure-là. J’étais à deux doigts d’abandonner mais qu’aurais-je dit à mon interlocuteur ?  J’ai fini par arriver à Orly, à prendre mon billet et à embarquer dans l’avion du lendemain, mercredi, pour Casa, avec juste un trolley contenant quelques effets personnels pour 2 ou 3 jours et des documents de travail. A l’atterrissage à Casa, j’ouvre mon téléphone, qui est submergé d’appels et de messages de félicitations venant principalement d’Abidjan. J’apprends ensuite, en appelant une connaissance à Abidjan, que la liste des membres du gouvernement venait d’être publiée et que j’étais nommé au poste de ministre de la Poste et des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication. Voilà comment j’ai été nommé, sans avoir eu besoin acte de candidature, sans y avoir même pensé. Et le lendemain de mon arrivée à Abidjan, le 2 juin 2011, je suis reçu à 10 heures par le chef de l’Etat, avec qui je n’avais eu le privilège d’échanger directement. Je garde le souvenir d’un échange très courtois, avec une personnalité très cultivée mais humble, et surtout curieuse de comprendre les grandes évolutions dans le secteur des télécommunications. Dans l’après-midi, à 16 heures, j’ai mon tout premier échange avec le Premier ministre de l’époque, Guillaume Soro, qui me dit ceci ; « Monsieur le ministre, le chef de l’Etat m’a instruit de préparer à sa signature pour demain, un décret vous désignant porte-parole du gouvernement ». Je tombais des nues, tout en comprenant mieux le sens de certains aspects des échanges du matin avec le président de la République. C’en était trop en à peine 48 heures, et je tentai cette fois, de décliner cette nouvelle offre jusqu’à ce que le PM m’invite à informer moi-même le chef de l’Etat de mon refus d’accepter la fonction de porte-parole. Voilà, comment je me retrouve, le vendredi 3 juin, à lire mon premier communiqué, à l’issue du premier Conseil des ministres tenu ce jour-là et comment pendant 7 ans, j’ai occupé cette fonction. J’ai tenu à vous raconter tout ceci, afin que vous voyiez ce que la force du destin peut faire dans ce que nous sommes et ce que nous devenons. Nous ne sommes pas toujours ce que nous voulons être et la force ou l’entêtement ne sont pas toujours la voie vers ce que nous voulons. Certains diront que c’est la chance mais sachez que la chance, pour les personnes pragmatiques, est la rencontre entre l’opportunité et le travail. En réalité, seuls le travail et les résultats permettent d’avancer professionnellement et d’occuper certaines hautes fonctions ».