Côte d’Ivoire : Ferro Bally dénonce la confusion entretenue autour de rôle du député
QUIPROQUO LÉGISLATIF. Le samedi 27 décembre 2025, les électeurs ivoiriens se rendront aux urnes pour élire les 255 députés de la prochaine législature. Et ce vendredi 19 décembre, la campagne électorale est officiellement lancée.
En réalité et malgré une mise en garde de la CEI que personne n'a respectée, la plupart des candidats n'ont cessé d'être en campagne. Sous le prétexte d'annoncer leur candidature aux populations, ils ont multiplié les stratagèmes pour essayer de miner le terrain électoral.
Tout y est passé. Certains ont offert des ambulances et des véhicules, d'autres, des salles de classe, des bâches ou des chaises, etc. Un trésor d'imagination et de dépenses pour appâter l'électorat.
En l'occurrence, les législatives concurrencent les municipales et les régionales. Elles se présentent comme l'espace de projection pour articuler et parler de projets de développement et faire des promesses.
Dans une atmosphère de corruption, d'achat de conscience et de voix, personne ou presque ne sait plus le rôle exact du député, le représentant de sa circonscription et de la nation, de plus en plus assimilé à un agent de développement.
C'est un quiproquo qui parasite la campagne électorale et dont profitent les candidats qui, surtout ceux du pouvoir, préfèrent se présenter comme des sauveurs en usant du chantage ; ignorant qu'ils sont d'abord et avant tout des législateurs.
En effet, l'environnement politique formaté est au suivisme de sorte que les députés, en démissionnant de leur fonction, ne sont plus à la hauteur des enjeux politiques. L'épisode de Jeannot Ahoussou Kouadio est dans tous les esprits.
En novembre 2012, il a été débarqué de son poste de premier ministre parce que le groupe parlementaire de son parti, le PDCI-RDA (membre du RHDP), a introduit une proposition d'amendement au projet de loi du gouvernement sur le mariage. Crime de lèse-majesté.
Les députés de la majorité présidentielle, instruits, ont désormais abdiqué. Ils n'examinent plus l'esprit des lois proposées, n'en étudient plus la lettre ni n'en discutent; ils l'adoptent en s'appuyant sur leur majorité. De ce fait et pour les beaux yeux de l'Exécutif, ils votent mécaniquement des lois qui pénalisent des Ivoiriens comme la non gratuité de la CNI.
La violation du serment d'être au service des populations se mêle aussi au non-respect des dispositions constitutionnelles. L'article 96 de la Constitution du 8 novembre 2016 modifiée par la Loi constitutionnelle n°2020-348 du 19 mars 2020 dispose: "Tout mandat impératif est nul." C'est-à-dire qu'un député peut voter en toute liberté sans craindre d'être démis de ses fonctions. Pourtant, notre Assemblée nationale est divisée entre groupes parlementaires, qui votent selon des consignes politiques. Ceci entraînant cela, le rôle de contrôle de l'activité gouvernementale est piétiné. Sous Alassane Ouattara, tous les membres du gouvernement, à de rarissimes exceptions, sont alors candidats. Et parmi eux, Koné Tiémoko Meyliet, vice-président de la république.
Or, l'article 80 de la Constitution sus-visée est formel: "Les dispositions des articles 55 alinéa 3, 60 et 61 de la présente Constitution s'appliquent au vice-président de la république." Et l'article 61 dispose: "Les fonctions du président de la république sont incompatibles avec l'exercice du mandat parlementaire, de tout emploi public et de toute activité professionnelle."
Mais le Conseil constitutionnel, clé de voûte des institutions ivoiriennes, a validé cette candidature anticonstitutionnelle. Comme une tradition. Traduisant manifestement que la caporalisation et l'instrumentalisation des institutions sont à leur comble pour un parlement godillot et muet. À la seule disposition du pouvoir d'Alassane Ouattara.
Une contribution de F. M. Bally





