Côte d’Ivoire / Issiaka Fofana, cadre du GPS : « GPS est apparu avec des idées nouvelles… notre point de mire, c’est 2025 »
Le mouvement générations et peuples solidaires poursuit sa restructuration en vue des échéances de 2025. Issiaka Fofana, nommé récemment président du comité de pilotage de la fusion des partis et mouvements proches de GPS, donne les priorités de sa mission.
Comment avez accueilli votre nomination par Guillaume Soro à la présidence du comité de pilotage en charge de la fusion des partis et mouvements affiliés à GPS ?
Naturellement, avec beaucoup de joie mais en même temps, je mesure l’ampleur de la tâche parce que la fusion déterminera un peu l’avenir de GPS. Passés donc les quelques instants de joie, c’est le défi qui se pointe devant nous. C’est la responsabilité qui a emporté la seconde partie de mon sentiment.
Est-ce à dire qu’une fois la fusion terminée, le R-GPS, la CMA-GKS, l’UDS… mourront de leur belle mort ?
Dès lors que nous avons décidé de faire la fusion, c’est pour avoir désormais une entité unique et unitaire. C’est donc une fusion-absorption. Désormais, il ne va donc exister que GPS. Le schéma que nous avons retenu, c’est d’intégrer toutes les structures, tous les partis et mouvements de soutien dans la grande famille GPS. GPS devient ainsi un réceptacle qui devra accueillir toutes les structures qui lui étaient affiliées. Après les différentes étapes de la fusion, on ne parlera donc plus d’UDS, de la CMA-GKS… On ne parlera que de GPS tout simplement.
N'est-ce pas ce que Soro a refusé, hier avec le Rhdp qu’il est lui-même en train de faire aujourd’hui ?
Nous, nous ne faisons pas de fusion aux forceps ; nous ne sommes pas en train de faire la fusion en procédant par intimidation. Ce sont deux procédures totalement différentes. Nous avons fait partager aux uns et aux autres les avantages qu’il y a à aller à la fusion. Nous leur avons fait percevoir l’intérêt qu’il y a à avoir un GPS unitaire. Et, c’est fort de l’acceptation des structures concernées que nous avons enclenché le processus de fusion. Dans le cas du Rhdp, au lieu de convaincre, l’on a voulu vaincre. Voilà toute la nuance et toute la différence. GPS, dans sa démarche, dans sa dynamique de fusion, n’a pas cherché à vaincre. Il a plutôt convaincu ses partenaires à aller à la fusion. Ce que nous sommes en train de réaliser, est le résultat de la démarche du président qui a été de donner des arguments suffisamment pertinents quant à la nécessité d’aller à la fusion et cela a emporté l’adhésion de tous.
Quelle sera la prochaine étape après toutes ces réformes que GPS est en train de réaliser ?
Voyez-vous, en politique, on ne va pas à une élection pour s’essayer. Quand on décide de se présenter à une élection, c’est pour la gagner. Cela induit qu’on ne va à une élection que lorsque la machine qui doit vous y accompagner est prête. Lorsqu’il y a encore des mécaniques à régler, on doit avoir la sagesse d’être patient et de prendre son temps pour régler ce qui a besoin de l’être. Nous ne pouvons pas dire que nous allons à une élection alors que GPS est né par césarienne, dans un contexte extrêmement difficile. Les trois premières années d’existence de GPS n’ont pas été de tout repos. Même les grands partis, en terme de temps d’existence, n’auraient pas pu résister voire continuer d’exister après les difficultés que GPS a rencontrées. N’oubliez pas que GPS, quelques mois après sa création, a vu la quasi-totalité de sa direction contrainte à l’exil ou emprisonnée. Et la répression ne s’est pas arrêtée à ce niveau. Il faut donc saluer la capacité de résilience de GPS, parce que les premières années qui devraient nous permettre de faire la structuration, l’implantation, cela n’a pas été possible. Vous-même, vous l’avez dit dans une précédente question, GPS est dans une phase de relance. Serions-nous aujourd’hui en train de parler de relance si nous avions évolué dans un environnement propice ? Non ! A sa création, GPS avait pourtant pris un bon départ. Aujourd’hui, dans la phase de relance, nous sommes en train d’expérimenter de nouveaux instruments qu’aucun autre parti avant nous n’a expérimenté, notamment les TICS. Nous venons d’organiser des élections en internes qui se sont déroulées à 100% grâce au numérique. C’est vous dire que GPS est apparu avec des idées nouvelles. Notre slogan qui est de faire de la politique autrement n’est donc pas un vain mot. Cela se voit dans les actes que nous posons au quotidien. Vous comprenez dès lors que si GPS avait eu l’environnement apaisé nécessaire pour se déployer, la question de savoir si nous allons ou pas aux prochaines élections dans un an, ne se poserait même pas. Cela serait allé de soi. Mais en même temps, nous disons qu’il faut que nous nous organisions, il faut que nous restructurions notre appareil pour la rendre plus dynamique, après les trois premières années que nous avons connues, faites de pressions, de répressions, d’intimidation, de manœuvres politico-judiciaires contre GPS, son président et ses cadres. Commençons par bâtir notre maison, donnons-lui un soubassement assez solide. Après quoi, nous serons suffisamment aguerris pour affronter toutes les batailles électorales qui se présenterons à nous.
Pensez-vous pouvoir terminer les réglages à faire au niveau de votre appareil pour que votre leader puisse candidater en 2025 ?
Oui, notre point de mire, c’est 2025. C’est d’ailleurs pour cela que nous disons que nous n’avons plus de temps à perdre ; le temps joue contre nous. Donc, toutes les missions, toutes les étapes de la restructuration sont cruciales. Il nous faut aller très rapidement pour que nous ayons une machine qui puisse porter la candidature de notre président à la présidentielle. 2025 est vraiment notre point de mire.
Votre leader étant contraint à l’exil et condamné à de lourdes peines d’emprisonnement, comment comptez-vous procéder pour faire sauter ces verrous qui l’empêchent d’être candidat en 2025 ?
Si nous avons un appareil politique suffisamment puissant, rien ne devient impossible. Vous ne devez pas perdre de vue que toutes les personnes qui ont dirigé ce pays, ont quand même connu le sort que le président Soro est en train de connaître aujourd’hui. Le président Gbagbo a connu l’exil, sans que cela ne l’empêche d’accéder au pouvoir. Le président Ouattara a écopé de peines de prison et pour y échapper, il a été contraint à l’exil ; des mandats d’arrêt planaient sur sa tête. La seule différence, c’est que le régime qui était en place quand le président Ouattara connaissait ces difficultés, avait intégré certains principes qui étaient qu’il y avait certaines lignes qu’il ne fallait pas franchir, c’est-à-dire la dissolution d’un instrument politique. Quand bien même il était en exil avec un mandat d’arrêt comme épée de Damoclès sur sa tête, le président Ouattara disposait toujours de son appareil politique ; le RDR n’avait été dissout par aucun régime auquel son leader et ses militants étaient opposés. Le RDR a continué à fonctionner et à jouer son rôle de parti politique, en mettant la pression sur le régime en place, en montrant qu’il est un parti incontournable et que son président devait faire partie du jeu politique. Il a été réintégré. Donc, si GPS est restructuré, organisé, implanté (cela est important, nous devons travailler à implanter GPS jusque dans les plus petits hameaux de la Côte d’Ivoire) … si nous réussissons cela, il va de soi que notre président va réintégrer le jeu politique. Il est important de dissocier les deux entités que sont GPS et son président. Le président Guillaume Soro n’est plus à présenter, il est bien connu des Ivoiriens, c’est un acteur majeur de la scène politique. De l’autre côté, il y a l’appareil, GPS qui est encore jeune, qui a besoin de se structurer, au point de devenir un parti incontournable. Nous avons déjà la chance d’avoir un président qui est incontournable. Il ne nous reste qu’à faire en sorte que notre appareil politique, GPS, fasse partie des mouvements politiques qui comptent sur l’échiquier politique national, en terme de capacité de mobilisation, en terme d’adhérents. C’est à cela que nous devons travailler. Nous devons faire en sorte de faire grandir GPS, à le rendre fort, à le bonifier, de sorte que lorsqu’on parle des trois premiers partis en Côte d’Ivoire, nous puissions en faire partir.
En mars dernier, vous avez lancé une mobilisation pour dénoncer les manœuvres visant à traquer Guillaume Soro dans son exil. Le mouvement ne s’est-il essoufflé après la première étape de cette mobilisation ?
Il n’y a pas d’essoufflement. La mobilisation des partis de l’opposition se poursuivra. La preuve est que, après la mobilisation de Bruxelles, nous avons organisé à Paris une rupture collective du jeûne pendant le Ramadan, avec nos frères de tous les bords politiques. Vous noteriez là dans quel esprit nous menons nos activités ; nous voulons vraiment aller à la réconciliation avec tous nos frères et sœurs, nous voulons bâtir avec eux une vraie fraternité. Nous pensons qu’à un moment donné, ces valeurs nous ont fait défaut et, c’est ce qui nous a conduit dans les situations regrettables où nous sommes aujourd’hui. Je puis donc vous dire que nous n’avons pas relâché la mobilisation, nous continuons et vous verrez, après l’élection du président, comment le rouleau compresseur de GPS va se remettre en marche.
A l’occasion du renouvellement des instances de GPS, le président Guillaume Soro a dévoilé le projet de société de votre mouvement, axé autour de l’égalité des chances des citoyens ivoiriens. Ce projet-là n’est-il pas trop idéaliste ?
Bien au contraire ! L’égalité des chances doit être le combat de tous les Ivoiriens. Pourquoi pensez-vous que nos enfants ou nos petits frères fuient le pays pour aller échouer aux larges de Lampedusa ou mourir dans la Méditerranée ? Ils le font parce que certains jeunes Ivoiriens ne croient plus en leurs chances au pays. Nous à GPS, disons donc, autant nous avons l’égalité devant les charges de l’Etat, autant les Ivoiriens doivent avoir une égalité d’accès aux fonctions publiques. Que ce soit au plan professionnel, au plan économique, il faut se battre pour qu’il y ait cette égalité entre les citoyens, pour que ce soit les plus méritants qui, lorsque des postes sont mis en jeu, qui puissent en bénéficier. Dans le même temps, les moins méritants ne seront pas laissés-pour-compte. Nous travaillerons à trouver des structures qui aident à faire en sorte que les moins brillants ne soient pas des déchets. Nous trouverons des mécanismes qui leur permettront de participer à la vie sociale et au développement de la Côte d’Ivoire.





