Coup d’Etat, sanctions et réintégration : Ce que révèlent les allers-retours entre la CEDEAO, l’Union africaine et les juntes africaines
L’Afrique traverse, depuis plusieurs années, une résurgence spectaculaire des coups d’Etat militaires. Mali, Guinée, Burkina Faso, Niger, Gabon, Madagascar, etc. Ies transitions militaires se succèdent, les juntes s’installent, et les grandes organisations régionales CEDEAO, CEMAC et Union africaine en tête réagissent avec un rituel désormais bien rodé : suspension automatique des pays concernés, condamnations fermes, sanctions ciblées. Mais très vite, un autre scénario se répète.
Dès que les militaires organisent un scrutin, parfois dans la précipitation, parfois sans véritable réforme institutionnelle, les mêmes organisations annoncent la levée des sanctions et la réintégration du pays dans leurs instances. Une normalisation express qui interroge sur l’efficacité, et surtout la cohérence, de ces mécanismes de pression.
Un paradoxe qui fragilise les institutions régionales
Suspendre d’un côté, réhabiliter de l’autre le va-et-vient institutionnel donne l’impression que l’enjeu n’est pas tant de consolider la démocratie que de rétablir au plus vite des relations diplomatiques et sécuritaires. Une course contre la montre dans laquelle la question fondamentale est rarement abordée : Qu’est-ce qui pousse encore des armées africaines à renverser les pouvoirs en place ?
Les militaires eux-mêmes le répètent dans leurs déclarations : constitutions modifiées ou contournées, limitation des mandats bafouée, élections verrouillées, opposants écartés, institutions instrumentalisées, corruption et gouvernance clanique.
Des griefs qui reviennent comme un refrain, d’un pays à l’autre. Des institutions fragilisées par le manque d’exemplarité politique.
Derrière chaque putsch, se cache un malaise plus profond : la perte de confiance envers les dirigeants civils et les institutions censées garantir l’équilibre démocratique.
A force de manipuler les règles du jeu, certains régimes ouvrent la voie à l’intervention de l’armée pourtant conçue pour rester en retrait, « la grande muette » dont la mission première est la défense de la nation, pas la gestion du pouvoir.
Et lorsque les institutions régionales se contentent d’un retour à l’ordre électoral sans exiger la résolution des causes profondes, elles apparaissent comme actrices d’une simple formalité. Ce qui fragilise leur crédibilité.
Un continent confronté au coût de l’instabilité
L’histoire récente le prouve. Aucun investisseur n’avance en terrain instable. Les pays touchés par des transitions répétées accumulent retards économiques, isolement diplomatique et défiance financière. Pendant ce temps, l’instabilité pousse une jeunesse en manque d’opportunités à emprunter les routes migratoires les plus dangereuses.
Réformer pour restaurer la confiance
La CEDEAO, la CEMAC et l’Union africaine sont aujourd’hui face à une équation urgente : comment empêcher de nouveaux coups d’Etat sans repenser les règles et renforcer les mécanismes de surveillance démocratique ?
Car si les dirigeants africains continuent de contourner les constitutions, d’écarter leurs opposants ou de verrouiller les scrutins, les putschs resteront un symptôme logique d’un mal plus profond, la crise de confiance envers la gouvernance.
Le paradoxe est là : les coups d’Etat ne sont pas seulement le signe d’une armée indisciplinée, mais souvent celui d’un système politique qui ne respecte plus ses propres normes. Tant que cette réalité ne sera pas affrontée, suspensions et réintégrations continueront de se succéder… sans jamais résoudre le problème.
Par Evariste Adou
Analyste politique





