Cpi / Demande d’acquittement de Gbagbo et Blé Goudé : Le procureur Mc. Donald donne les preuves du plan commun
Le substitut du procureur Eric McDonald soutient que toutes les preuves sont réunies pour refuser l’acquittement à Laurent Gbagbo et Blé Goudé. Car elles démontrent que l’ex-chef d’Etat ivoirien a sa responsabilité dans la commission de crimes contre des civils lors de la crise post-électorale de 2010-2011.
Le substitut du procureur, Eric Mcdonald, pour ce deuxième jour de procès devant la Cpi, a relevé au vu de ses preuves et des témoignages des généraux, surtout de Philippe Mangou, que Laurent Gbagbo « a donné des instructions », et que toutes ses réunions avec les commandants des Fds à la résidence et au palais de la présidence de la République participaient de sa volonté de se maintenir au pouvoir. Il en veut pour preuves les termes utilisés dans les déclarations des généraux ou des ministres de Gbagbo. « Abobo est considérée comme une situation de quasi insécurité et de menaces de guerre dans laquelle vivent les laborieuses populations (…) », avait déclaré Mangou. Ce dernier avait aussi affirmé dans une déclaration que les attaques contre les Fds, « assimilées à des actes de guerre et suivies de lourdes pertes en vies humaines dans leurs rangs, les placent désormais en position de légitime défense. Dès lors, elles se réservent le droit de riposter à partir de maintenant, tout moyen, réuni à toutes les attaques d’où qu’elles viendront ». « Tout moyen réuni, mesdames et messieurs les juges, pour nous se traduit par tous les moyens », a voulu convaincre Eric Mcdonald ». Le collaborateur de Bensouda a aussi relevé le fait que Gbagbo ait refusé de déclarer Abobo zone de guerre a été néfaste aux populations de ladite commune. « Les Fds ont commencé à opérer à Abobo comme si c’était une zone de guerre, et l’entourage immédiat a commencé à traiter cette zone comme telle, en dépit du fait qu’aucune déclaration formelle n’avait jamais été faite….si monsieur Gbagbo voulait protéger les populations d’Abobo, il aurait suivi le conseil de ses généraux, et aurait déclaré Abobo zone de guerre », estime Eric Mcdonald, référence faite à Mangou. Car explique-t-il, « Cela aurait mis en alerte la population civile, et plus spécifiquement aurait permis à la population civile d’évacuer », citant à nouveau le général Mangou. L’accusation a fait référence également à une déclaration d’Ahoua Don Melo qui affirmait, selon le récit du journaliste de la Rti, que « le chef de l’Etat a demandé de renforcer les dispositifs de sécurité afin que dans les plus brefs délais, la population d’Abobo retrouve la paix et la tranquillité en mettant hors d’état de nuire, ces rebelles ».
L’évidence du “Plan Commun“
Pour l’accusation, ce sont là des preuves que les réunions de Gbagbo avec ses généraux n’étaient pas pour de simples réunions d’informations, mais obéissaient au « plan commun ». « Mesdames et messieurs les juges, il est clair qu’il n’agissait pas là d’une réunion habituelle, bien au contraire comme les preuves le montrent, il s’agissait d’une réunion au cours de laquelle monsieur Gbagbo, monsieur Blé Goudé et leur entourage immédiat ont continué à développer leur plan commun pour maintenir et garder le pouvoir à tout prix », argue Mcdonald. Il soutient que c’est Gbagbo qui donnait les ordres concernant le déroulement des opérations militaires sur le terrain. Un exemple : « Gbagbo a donné instruction aux généraux de tout faire pour libérer l’axe Maca Abengourou, et de ne pas céder Abobo. Rappelez-vous que Gbagbo a donné instructions de s’assurer qu’il n’y ait pas trop de morts ». « Gbagbo était parfaitement au courant et il ressort très clairement qu’il donnait des instructions », fait savoir le substitut du procureur. Continuant dans ses argumentaires, le substitut du procureur a expliqué que Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé ont eu un rôle essentiel au sein du groupe et ont participé de façon considérable à la création du groupe. « Ils ont créé le groupe, ils en ont organisé les activités criminelles. L’intention collective de ce groupe agissant de concert peut être déduite entre autre des décisions collectives du groupe, de ses actes ou de ses soumissions et de ses actions concertées. Des facteurs qui démontrent ses intentions sont énumérés au paragraphe 1995 de notre réplique », a-t-il soutenu. A l’en croire, à la fin de l’article 25-3A, l’accusation a démontré que la structure et la nature hiérarchique de l’entourage immédiat étaient telles qu’elles correspondent et satisfont aux critères pour la responsabilité au titre du plan commun. Selon lui, le critère pour la structure du groupe ou pour les membres du groupe en application de l’article 25-3D de sa responsabilité est beaucoup moins important. McDonald a estimé que nul n’est besoin de montrer qu’il y avait une structure politique, militaire ou administrative, parce que l’entourage immédiat et les forces pro-Gbagbo, notamment les Fds et les milices satisfont clairement à l’organisation du groupe. « Cela met un terme à notre réponse face à ce qui a été dit par monsieur Blé Goudé au sujet de la différence entre un plan commun et le dessein commun. Nous faisons référence aux paragraphes 20-10 à 20-14 qui décrivent la contribution de Monsieur Blé Goudé au titre de ce mode de responsabilité, ainsi qu’aux paragraphes 20-15 à 20-19 qui ont trait à son état d’esprit et à sa conscience de fait, en application de l’article 25-3D »,a-t-il argué.
L. F.





