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C’est certainement un pied de nez à la défense de l’ex-président, Laurent Gbagbo. Ce mardi, le 15è témoin, Mme Fuchs, qui témoigne à visage découvert n’a pas suivi le principal avocat de l’ancien chef d’Etat, Laurent Gbagbo. Me Emmanuel Altit, qui voulait savoir si les élections de novembre 2010 n’étaient pas entachées d’irrégularités, a reçu une réponse peu réjouissante pour lui. « J’ai surtout constaté des éléments qui ont retardé le déroulement du vote. Il manquait des personnes à l’ouverture des bureaux de vote qu’il fallait attendre. A des endroits il manquait le matériel. La population avait commencé à s’énerver mais finalement, il y a eu des accords pour que les heures perdues puissent être rattrapées en fin de soirée. C’est ce que j’ai constaté », déclare Mme Fuchs, bénévole au sein de l’ONUCI au moment de la crise post-électorale. « Les représentants de tous les partis politiques étaient-ils présents ? », interroge Me Altit. « Je ne me rappelle pas », répond le témoin. Sentant qu’il perd la main, l’avocat de Laurent Gbagbo passe à une autre étape de son contre-interrogatoire. Il aborde le sujet de la tuerie des femmes à Abobo, le 3 mars 2011. Ce jour-là, faut-il le rappeler, une manifestation pacifique de femmes au rond-point du banco à Abobo tourne à la tragédie. Des soldats restés fidèles à Laurent Gbagbo ouvrent le feu sur ces femmes. Bilan : six tuées sur le coup, quand une septième succombe à ses blessures. Le régime de l’ex-chef d’Etat nie cette tuerie qu’elle qualifie de ‘’complot du bissap’’, du nom du jus d’une plante. Mme Fuchs a, dans un rapport qu’elle avait rédigé pour le compte de la division des droits de l’Homme, indexé les forces pro-Gbagbo, notamment la Brigade anti-émeute (BAE). C’est ce rapport que Me Altit a tenté de mettre en doute. Il a fait diffuser une vidéo de la scène du crime, avant de demander au témoin si elle apercevait un véhicule de la BAE. Mme Fuchs ne voit pas les choses comme Me Altit, surtout que la question porte sur la dernière voiture qui fermait la queue de la colonne de véhicules présents ce jour-là à Abobo. Elle lui explique que certes, elle ne voit pas l’insigne BAE sur les véhicule, mais ‘’ces insignes’’ peuvent être inscrits sur le dos de la voiture. L’avocat de M. Gbagbo joue sur autre registre. Cette fois, il demande au témoin si elle connait le chef du commando invisible. « Oui, il s’appelle Ibrahim Coulibaly ou Ibrahima Coulibaly », répond Mme Fuchs. Me Altit veut savoir si les trois forces que sont les dozos, les ex-commandants de zone et le commando invisible ont commis des exactions dans leur progression vers le Sud de la Côte d'Ivoire pendant la crise post-électorale. Sur ce point, le témoin est affirmatif. L’avocat veut plus de détails. Le témoin lui explique qu’elle a participé à une opération d’identification d’un prêtre que détenait le commando invisible. Elle déclare aussi avoir contribué à la libération de prêtres bloqués dans le grand séminaire d’Anyama. L’avocat tente de s’appuyer sur la forme des rapports produits pour déstabiliser le témoin. Me Altit relève l’absence de dates sur les rapports de Mme Fuchs. Le procureur élève une vive protestation et veut savoir ce que cache la démarche de la défense de Laurent Gbagbo. Il indique que les questions de Me Altit reviennent à plusieurs reprises, faisant perdre du temps à la Cour. Pour l’avocat, un rapport qui n’a pas de date est inutilisable. Pour le procureur, les rapports sont bel et bien datés. Le juge-président, CunoTarfusser invite Me Altit à ne pas revenir sur les questions déjà posées. L’avocat de Laurent Gbagbo poursuit son contre-interrogatoire, cette fois-ci, en tentant de remettre en cause le professionnalisme du témoin. Il lui pose des questions sur sa formation, dans la mesure où le libellé d’un paragraphe d’un rapport parle de violation du droit humanitaire, en référence à la tuerie des femmes d’Abobo. Le témoin soutient avoir fait une formation en droit international public et suivi une formation en droit international humanitaire. L’audience a été suspendue. Elle se poursuit aujourd’hui et ce sera peut-être le dernier témoignage de Mme Fuchs.   

J.C.N depuis La Haye