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A moins d’être de mauvaise foi (absence de bonne foi), les arguments tendant à nier que durant la période avant, pendant et après élection, l’armée sous Laurent Gbagbo échappait au commandement de ses responsables connus, ne devraient plus avoir droit de cité. Pas davantage que ceux qui refusaient de croire que le Palais présidentiel en ces périodes, était une véritable poudrière. Surtout après avoir religieusement et objectivement écouté le témoignage du sachant, du militaire qu’est le colonel Edouard Kouaho Amichia, à l’époque commandant du groupement 1 de la Garde républicaine de Côte d’Ivoire, basée à Treichville. Il avait pour chef direct un certain Bruno Dogbo Blé. Celui-ci avait décidé de composer directement avec le capitaine Blé Kouassi, contournant ainsi son second et responsable en la matière et en pareille circonstance. Devant le prétoire du juge de la Cour pénale internationale (CPI) le colonel Kouaho Amichia Edouard a longuement raconté comment les lignes de la chaîne de commandement avaient bougé. En effet, le militaire avait été mis à l’écart des prises de décisions lors de la crise. Mi-décembre 2010, le commandant apprend qu'une formation de recrues est sur le point de commencer, encadrée par son officier adjoint, le capitaine Blé Kouassi. Edouard Kouaho Amichia dit avoir été « surpris » puisqu'il n'avait pas été mis au courant de cette décision. La formation de ces recrues, de jeunes hommes issus des ethnies du groupe krou, selon les dires du commandant, avait été « négociée avec le chef de corps pour renforcer les effectifs ». C'est plus tard que le colonel Kouaho Amichia recevra des explications quant à sa mise à l'écart, lors d'une visite du général Dogbo Blé et de son chef de cabinet, le commandant Yakba Kipré, au camp de Treichville. « Yagba Kipré m'a dit : on a demandé à Kouassi de ne pas t'informer de cette formation parce qu'on n'a pas confiance en toi »« J'ai compris qu'il y avait des chances pour que je ne sois plus associé aux décisions et la suite m'a donné raison », explique-t-il au. « Ma hiérarchie ne m'a jamais dit ce qu'elle me reprochait. (...) Il m'est revenu que, du fait de mon appartenance ethnique [appolo, ndlr], je n'étais pas un homme de confiance », révèle-t-il. A la vérité, c’est selon les dires du colonel, le capitaine Blé Kouassi, son adjoint qui recevait directement les ordres à partir de ce moment là, conduisant les opérations aux côtés de l'adjudant-chef Kokobo Gokou Mathias. Les deux hommes de main de Bruno Dogbo Blé, menaient des missions sur le terrain pour commettre toute sorte dexactions que toute la communauté humaine a du déplorer, sortant du camp avec des chars et en revenant, sans faire de rapport au commandant du camp. Le colonel Kouaho Amichia raconte ainsi qu'une centaine d'hommes étaient arrivés au camp sans qu'il ne soit prévenu. Des hommes entre 25 et 35 ans, en civil et armés de mitrailleuses. « Ils obéissaient à Kokobo et Blé Kouassi », affirme le commandant. « Au regard de leur accent et de ce qu'ils disaient en anglais, je me suis dit que ça pouvait être des supplétifs venant du Liberia », note-t-il encore. Même à la base navale de Locodjro où le commandant a finalement été envoyé, il a vu environ 400 hommes jeunes, en civil et armés pour certains, « affluer vers un lieu de rassemblement », sans qu’il ne soit encore informé. Mais le précieux témoin de la CPI n’en finira pas avec les révélations. C’est ainsi qu’il a pu assister à la « dépollution » d'une réserve de munitions aux sous-sols du Palais présidentielle. Une réserve qui « relevait exclusivement de Dogbo Blé », d'après ses dires et qui contenait des munitions pour armes individuelles, semi collectives ainsi que des obus de mortiers. Les juges de la CPI en auront suffisamment eu en ce qui concerne la chaine de commandement sous Laurent Gbagbo lors de la crise post électorale en Côte d’Ivoire. Il en va de même pour la poudrière du Palais présidentielle, fait nié par les tenants du pouvoir en son temps.

A.K.