Côte d’Ivoire / Alassane Ouattara se dit prêt à rencontrer Henri Konan Bédié en un terrain neutre
Le président ivoirien, candidat à un troisième mandat contesté par son opposition a accordé une interview à RFI et France24 dans laquelle Alassane Ouattara se dit prêt à rencontre Henri Konan Bédié pour des discussions.
Nous sommes tout proches d’une élection présidentielle à laquelle vous ne devriez pas participer. Vous aviez déclaré le 5 mars que vous n’alliez pas briguer de troisième mandat, mais à la faveur du décès du Premier ministre Amadou Gon Coulibaly vous faites volte-face. Est-ce qu’en prenant cette décision vous ne ternissez pas votre image et ne rentrez pas dans la catégorie des chefs d’Etats qui jouent d’artifices pour se maintenir au pouvoir ?
Nous sommes dans un Etat de droit. Le décès tragique du Premier ministre Amadou Gon Coulibaly nous a tous affectés. Moi, je n’avais pas prévu d’être candidat. Cela est su, je l’ai annoncé et c’est connu. Il est décédé à trois mois du dépôt des candidatures. Mon parti m’a demandé de faire le sacrifice d’être candidat, ce que j’ai accepté pour mon parti et surtout pour mon pays. Pour mon pays et pour la majorité des Ivoiriens puisque mon parti est majoritaire à l’Assemblée, au sénat, au niveau des municipalités. Ce sont les trois quarts des Ivoiriens qui considéraient que c’était la voie de la stabilité, de la sécurité de la Côte d’Ivoire et de la région. Croyez-moi, je le fais par devoir patriotique. J’avais déjà pris un certain nombre de dispositions pour faire autre chose, et là, je le fais par obligation. Je suis évidemment contraint de bien faire ce qui m’a été demandé. Le pays avait besoin de cette candidature, et je considère que mon aura personnel est sacrifiée dans l’intérêt de mon pays.
Pour l’opposition, ce n’est pas par devoir que vous le faites mais par mégalomanie, par syndrome de l’ordre providentiel…
Il est bien connu que personne ne peux dire que je suis mégalomane. C’est leur opinion, mais ce qui m’importe, c’est ma conscience et l’amour pour mon pays. Je considère que cette décision est bonne. Ils se font des illusions car Amadou Gon Coulibaly les aurait battus. Cela est clair, car c’est le parti qui fait l’élection, et non la personne. Le parti était rassemblé autour d’Amadou Gon Coulibaly. Pour eux, la défaite est certaine à partir du moment il s’agit de moi. C’est peut-être la raison pour laquelle ils décident de ne pas aller aux élections. Je les laisse avec leur opinion, ce qui m’importe, c’est la Côte d’Ivoire, la stabilité de mon pays, le bien-être de mes concitoyens.
On déplore plusieurs dizaines de morts depuis que vous avez annoncé votre candidature. Vous affirmez aujourd’hui que le pic de violence est passé mais la Cedeao et l’Union européenne ont publiquement exprimée leurs inquiétudes. Est-ce que vous craignez le remake des grandes violences de 2010-2011 ?
Point du tout. Malheureusement à Dabou il y a eu 16 morts, donc nous en sommes à trente morts aujourd’hui. Ce ne sont pas les forces de l’ordre qui ont tiré sur les gens. Ce sont des conflits communautaires qui ont été suscités par l’opposition. Je présente mes condoléances aux familles des décédés, mais fondamentalement il faut que cela s’arrête. Je suis confiant que maintenant que nous avons déployé 35 mille Forces de défenses et de sécurité, la situation va s’apaiser. Les forces de l’ordre sont aujourd’hui républicaines contrairement à 2010. Donc je ne vois pas de danger par rapport à une évolution dramatique de la situation. Je demande seulement aux opposants de respecter la vie des autres. L’élection ne doit pas être une bataille à mort, il y aura des élections tous les cinq ans. Le temps des autres viendra, c’est ce que je conçois comme l’évolution politique normale de la Côte d’Ivoire avec une alternance après un certain temps.
Le président de la Commission électorale indépendante a reconnu que seulement 41% des citoyens ont retiré leurs cartes d’électeurs. N’est-ce pas la preuve que l’appel à la désobéissance civile lancé par l’opposition est suivi par une catégorie d’Ivoiriens ?
Certainement que certains l’ont suivi. On me dit qu’en 2015 le taux était de 55%. Il est vrai qu’il y a une évolution négative. Mais ce n’est pas pour autant qu’il faut oublier les circonstances. En 2015, nous étions alliés au Pdci et il n’y avait pas de problème de ce genre de désobéissance civile. Si c’est ce qu’ils veulent par rapport aux résultats de la désobéissance civile, que voulez-vous que je fasse ? Je suis désolé de constater qu’on empêche des citoyens d’exercer leurs droits. On verra combien d’Ivoiriens voteront le 31 octobre.
Vous avez fait des concessions, jeudi dernier au niveau de la Commission électorale, qui ont été repoussées par vos deux principaux adversaires qui réclament une facilitation internationale. Est-ce que vous l’envisagez encore, et est-ce que vous pourriez envisager un report du scrutin ?
Moi, j’ai toujours la constitution de la Côte d’Ivoire dans ma poche. Elle dit que l’élection présidentielle doit avoir lieu le 4è samedi du mois d’octobre de la 5è année du président de la République. Donc, si je le voulais, je ne pourrais pas le faire. Ils sont tout de même d’anciens responsables de ce pays. Un ancien président de la République, un ancien Premier ministre. Nous avons notre constitution qui fixe la date des élections comme aux Etats unis le 1er mardi du mois de novembre, comme au Ghana le 7 décembre. A cause des tergiversations du passé, nous avons inscrit cela dans la constitution. Je ne veux pas être un parjure. Je ne peux pas changer la date des élections, date fixée le 8 novembre 2016. Depuis le 8 novembre 2016, ils savent que nous aurons des élections. Et depuis cette date, nous avons travaillé ensemble à mettre toutes les structures en place. Un dialogue politique a permis de mettre en place la Commission électorale indépendante en 2019. Un dialogue politique a permis de mettre en place le code électoral. La facilitation pour quoi faire ? Nous ne sommes pas en transition en Côte d’Ivoire. Moi, j’ai été démocratiquement élu, et le Président Bédié avait soutenu ma candidature en 2015. Ne serait-ce que pour cela, pourquoi voudrait-on d’une transition ? Je suis président démocratiquement élu, j’envisage d’aller jusqu’au terme de mon mandat, et ces élections auront lieu comme l’exige la constitution le 31 octobre qui est le dernier samedi du mois d’octobre.
Vous parlez du Président Bédié, on parle d’un éventuel tête-à-tête entre lui et vous alors qu’il y a un blocage. Est-ce qu’une rencontre est encore possible d’ici samedi ?
Moi, j’ai marqué ma disponibilité avec la mission de la Cedeao. Le Premier ministre l’a confirmé à l’occasion de la rencontre qu’il a eu le 21 octobre avec les délégations des partis politiques qui étaient là, je l’ai confirmé au Président Nanan Akuffo Addo encore avant-hier. Si le Président Bédié ne veut pas faire cette rencontre peut-être qu’on la fera à une autre date. Vous savez, c’est mon aîné et je ne veux pas le bousculer.
Donc pas de rencontre avant samedi ?
Non, pas de moi, je dis que je marque ma disponibilité en un lieu neutre, dans un hôtel s’il le souhaite. J’ai demandé au président du Ghana s’il était d’accord pour qu’on se rencontre même dans un hôtel à l’heure et le jour qu’il voudra.
Pour l’instant, rien n’est prévu ?
Pas en ma connaissance.
Le fait que Affi et Bédié n’aient pas formellement retiré leur candidature, cela laisse-t-il la porte ouverte à des négociation ?
Posez-leur la question ? Ils sont candidats. De toute façon leurs noms vont figurer sur les bulletins de vote donc les gens vont voter pour eux.
Vous avez accusé le président Bédié dans une interview avec nos confrères du monde de distribuer de l’argent aux casseurs et de faire ressortir aussi les vieux démons de l’ivoirité. Ce sont des accusations de crimes graves ?
Vous savez, ces dossiers sont entre les mains de la justice. Je préfère ne pas en dire plus. Tout le monde doit faire face à la justice.
Revenons en aux violences de Dabou qui ont fait 16 morts la semaine dernière, vous affirmiez dans le Journal du dimanche (JDD) que c’est Guillaume Soro qui est à la manœuvre et vous accusez votre ancien Premier ministre de susciter une rébellion dans l’armée. Guillaume Soro nie farouchement, il vous demande si vous avez des preuves contre lui. Est-ce vous en avez ?
Mais bien sûr que j’ai des preuves et les preuves sont entre les mains de la justice. Prenons le temps de la justice. Ce sont des dossiers qui sont entre les mains de la justice et j’ai dit ce que je devais dire. Nous avons les élections dans trois ou quatre jours, ultérieurement la justice fera son travail.
Est-il vrai que Guillaume Soro a cherchait à actionner des membres de votre garde actuelle pour essayer de vous renverser ?
Je ne ferai pas de commentaires sur tout cela. La justice donnera tous les éléments, le moment venu.
Vous avez dit qu’il mérite la prison à vie mais là on ne parle pas de crime ?
Vous savez, j’ai donné mon opinion. Je ne suis pas juge. Je suis un citoyen et je sais que quand on pose un certain nombre d’actes, on subit les conséquences. Je ne suis pas le procureur ni le ministre de la Justice. Et il n’est pas le seul.
Laurent Gbagbo a été acquitté par la Cour pénale internationale, il attend son verdict d’appel à Bruxelles. D’après la Cpi, il peut rentre en Côte d’Ivoire sans attendre l’appel si vous donnez votre accord. Il affirme avoir fait de demande de passeport, de laisser-passer…
Tout ça est en cours.
Il dit que vous avez refusé…
Ce n’est pas vrai. Il faut que Laurent Gbagbo rentre dans des conditions normales.
Pourquoi avoir refusé de lui donner un passeport alors ?
Non non, le passeport est en cours de délivrance, ce n’est pas un souci. Pourquoi je lui refuserais son passeport.
Il dit que vous avez refusé…
Non ce n’est pas vrai. Ce que je constate, c’est un jugement en première instance, le jugement en appel viendra peut-être dans les semaines à venir et puis après cela, il y a quand même eu des condamnations ici, il y a des procès qui l’attendent. C’est un ancien président, il a déjà fait 9 ans là-bas et il est temps qu’il rentre, mais cela ne peut se faire que dans des conditions qui sont examinées de commun accord. Ceci montre ma volonté de le faire rentrer. Et les victimes ? On ne peut pas regarder ces questions d’un seul côté. Des victimes ici ont déjà introduit des procès à son encontre. J’ai déjà défié la Cpi en refusant d’envoyer Simone Gbagbo.
Donc il y des discussions à ce niveau ?
Il n’y a pas de discussion à mon niveau mais il y a des intentions.
Il y a des intermédiaires ?
Il n’y a pas d’intermédiaires. Il n’y a aucun intermédiaire.
Vous aviez annoncé récemment que vous alliez prendre justement une mesure exceptionnelle…
Je souhaite qu’il rentre après la décision d’appel mais tout cela sera réglé en temps opportun, je n’en dirai pas plus.
Venons-en à votre bilan Monsieur le président…
Là je suis content quand ont parle de mon bilan et de l’avenir. C’est ce qui intéresse les Ivoiriens.
…les chiffres économiques sont bons avec un taux de pauvreté qui, selon les statistiques de la Côte d’Ivoire…
Non, de la Banque mondiale parce qu’on peut remettre en cause les chiffres de la Côte d’Ivoire
Justement ce taux de pauvreté a ét réduit en 10 ans de 51 à 37% selon la Banque mondiale, comme la population ivoirienne a augmenté en même temps de 20 à 25 millions d’habitants. En réalité le nombre de pauvre n’a pas baissé, 10 millions contre11 millions il y a 10 ans, est-ce que cette croissance ne reste pas très inégalitaire ?
Ça c’est leur interprétation. Ce que e peux vous dire, c’est que le revenu par tête d’habitant a doublé en Côte d’Ivoire pendant cette période. Donc on ne peut pas dire que le taux de pauvreté n’a pas baissé. Malgré le taux d’immigration qui est de 25%. Nous continuons sur cette lancée. Mon ambition est de faire en sorte que dans les 10 ans on puisse doubler à nouveau le revenu par tête d’habitant. En ce moment là, nous serons à 4500 ; 5000 dollars qui est le revenu constaté dans les pays émergents, aujourd’hui nous sommes à 2250 Dollars. Moi je très confiant en l’avenir de la Côte d’Ivoire.
Ce que dit le Socialiste Affi N’guessan est que l’inégalité reste très profonde
Mais, l’inégalité a baissé, puisque le taux de pauvreté a baissé et de leur temps, l’inégalité était comment ? Puisque le taux de pauvreté était de 55%. Je ne voudrais pas entrer dans la polémique de certains qui ont géré ce pays et on en connait les résultats. J’ai mon bilan, les uns et les autres le savent. La Banque Mondiale a même dit que la Côte d’Ivoire est aux portes du paradis. Je suis très fier de mon bilan, je considère que, non seulement, le taux de croissance a augmenté, le taux de pauvreté a baissé, les services sociaux, les infrastructures se sont améliorés, ainsi de suite ! C’est ce que je compte continuer avec une équipe de jeunes, pour que nous soyons encore plus dynamiques que par le passé.
Si vous êtes élu, samedi prochain, quel geste comptez-vous faire pour essayer de décrisper l’atmosphère, la tension politique, un gouvernement d’union nationale…
Vous savez, mon souhait est de faire en sorte que la Côte d’Ivoire demeure en paix et je considère que j’ai montré suffisamment d’ouverture pour cela. D’ailleurs, les propositions faites au niveau de la Commission électorale indépendante (CEI) nous ont été demandées par l’opposition via la Cedeao, nous avons accepté, le dialogue politique continuera, je considère qu’il y a des personnes de qualité dans les partis dont les responsables ne veulent pas venir aux élections, que ce soit le PDCI ou le FPI. Donc moi je ferai appel à toutes les personnes compétentes dans la limite des possibilités de mon parti. Voyez-vous, mon parti aujourd’hui, nous avons des ministres originaires de 27 régions sur les 31. C’est la première fois que cela se passe en Côte d’Ivoire. Dans les gouvernements qui m’ont précédé, les ministres étaient localisés dans une dizaine de régions. J’ai fait une grande ouverture au sein du Rhdp qui est un parti implanté dans toutes les régions de Côte d’Ivoire et je continuerai de renforcer la cohésion et cette cohésion nationale.





