Côte d’Ivoire / Laurent Gbagbo sur Tv5 : « « C’est Ouattara qui a commis la faute de violer la constitution »
Après 9 ans de détention à la Cour pénale internationale (CPI), l’ancien président ivoirien est sorti de son silence. Laurent Gbagbo a donné sa première interview au média français Tv5 dans laquelle il dénonce Alassane Ouattara comme le principal fautif dans la crise pré-électoral. Acquitté depuis le 19 janvier 2019, il invite les acteurs politiques à la discussion pour régler les différents qui les opposent.
« Je comprends et je partage la colère des anti-3è mandat »
Je la comprends et je la partage. Je crois que l’un des problèmes politiques en Afrique, c’est qu’on écrit des textes sans y croire. On écrit dans la constitution que le mandat présidentiel est limité à deux. Pourquoi veut-on faire un troisième mandat ? Il faut qu’on respecte ce qu’on écrit. Il faut qu’on respecte ce qu’on dit. Dès l’instant où les textes de loi disent une chose, il faut qu’on s’y conforme. Et c’est en s’y conformant que la société est régulée de façon efficace. Si on écrit une chose et qu’on en fait une autre, on assiste à ce qui arrive à la Côte d’Ivoire aujourd’hui.
« Respecter les règles qu’on s’est données »
On a un remède à cela, c’est la discussion. Il faut que les gens s’asseyent et discutent. Avec la discussion et les négociations, on règle beaucoup de problèmes. Il faut que dans la démocratie, on se donne des règles. On se rend compte d’abord qu’on n’est pas d’accord. C’est la première chose qui fonde la démocratie. On vit ensemble dans un pays, on doit vivre en bonne intelligence. On doit se donner des règles. Et une fois qu’on s’est donné des règles, il faut les respecter. Si on ne peut pas respecter la limitation de deux mandats, qu’on ne l’écrive pas dans la constitution.
« C’est la catastrophe qui nous attend, après le 31 octobre »
Ce qui nous attend au lendemain du 31 octobre, c’est la catastrophe. C’est pour cela que je parle. Pour qu’on sache que j’ai parlé. Pour qu’on sache que je ne suis pas d’accord pour aller pieds et mains liés à la catastrophe. Pour qu’on sache que j’ai dit qu’il y avait autre chose à faire. Il faut avoir la capacité de faire la paix. Ce n’est pas se réunir dans un magma qu’on appelle gouvernement d’union nationale. J’en ai dirigé plein tout en sachant qu’ils ne donneraient rien. Il faut avoir un comportement de paix. Ce qui se passe, c’est le non respect des règles qu’on se donne. Si on se donne des règles et qu’on respecte, les mêmes peuvent rester au pouvoir jusqu’à 80 ou 90 ans, on ne le sentira même pas. Parce qu’on respecte les règles, donc il n’y a pas de crise. Mais si on les foule aux pieds, même si le Monsieur a 40 ou 45 ans, il va agacer. Ce n’est pas une question d’âge biologique. C’est plutôt une question d’âge intellectuel, d’éthique et de moralité. Il faut que les Africains en général respectent leurs paroles, leurs écrits surtout la constitution. Aujourd’hui, ce qui se passe en Côte d’Ivoire, c’est le non respect de la loi fondamentale.
Refus d’octroi de son passeport
Je les comprends mais c’est une mauvaise manière de vivre. C’est une affaire de règles non respectées. On n’interdit pas à un prisonnier de rentrer dans son village. On doit le recevoir, lui dire ‘’yako’’ (ndlr : compassion en langue locale baoulé). Tant que je ne suis pas rentré dans mon pays, cet acquittement a un goût d’inachevé. Voir l’ex-président de la République aller dans l’Ambassade de Côte d’Ivoire demander un passeport, c’est un peu honteux pour le pays. Il y a des choses qui se font quand on est éduqué, quand on est civilisé. Alassane Ouattara manque beaucoup d’élégance à mon égard mais on ne refait pas un homme. Mais ce n’est pas grave en ce qui me concerne personnellement. C’est ce qui concerne le pays qui est grave. Qu’il me donne mon passeport ou pas, si je veux rentrer au pays, je rentrerai. Mais je ne veux pas rentrer pour provoquer des tensions, des antagonismes. On n’a pas besoin de négocier pour ça. C’est un droit. On ne négocie pas un droit.
« C’est Ouattara qui a commis la faute de violer la constitution »
Ce qu’il faut négocier, c’est la paix qui est menacée en Côte d’Ivoire. Et pour ça, je les appelle tous à se rassembler, à s’asseoir, lui d’abord parce que c’est par lui que la faute est venue, la faute de violer la constitution. C’est lui qui a commis la faute. C’est lui qui n’a pas respecté la constitution, il faut le dire très clairement. Les autres se révoltent parce que leur bien commun a été déchiré. On ne peut pas leur imputer la même faute qu’à lui. La faute majeure, c’est lui.
Les commissions électorales indépendantes
C’est devenu un mot d’ordre total en Afrique. Mais on s’est rendu compte que les défauts qu’on reprochait aux différents ministères de l’Intérieur se retrouvent au sein des commissions électorales indépendantes. C’est une question d’homme et il faut réfléchir encore. Ce ne sont pas les institutions mais les hommes qui les animent. Il faut des solutions nouvelles pour ces problèmes nouveaux.
Messages aux Ivoiriens à la veille du scrutin présidentiel
Discuter, négocier, parler ensemble. Il est toujours temps de le faire. Je voulais dire aux Ivoiriens que dans ce combat contre le troisième mandat qui se mène aujourd’hui, je suis, moi Laurent Gbagbo, ancien chef de l’Etat, ancien prisonnier de la CPI, résolument du côté de l’opposition. Je suis résolument dans l’opposition. Etant dans l’opposition et vu mon expérience, je dis encore qu’il faut négocier.





