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Sur les ondes de Radio Côte d’Ivoire le samedi 14 avril, Abel Djohoré, député de Ouragahio-Bayota, par ailleurs Secrétaire Général Adjoint du Rdr, Chargé de la Planification Stratégique et des Statistiques politiques, était l’invité de Paul Philipe dans l’émission ‘’Plus loin avec’’. A cette tribune, l’élu a partagé sa position sur l’impérieuse nécessité de réunification des partis houphouetistes en un (Rhdp), et les raisons de sa prise de distance avec ses ex-compagnons des ex-Forces nouvelles.    

Le vent souffle à nouveau sur la Côte d’Ivoire depuis cette rencontre, le mardi entre les deux leaders politiques de la coalition au pouvoir, à savoir le président Alassane Ouattara et le président Henri Konan Bédié. Comment avez-vous vécu l’annonce de cette rencontre ?

 

Je dirai qu’effectivement, il y a eu des moments de frayeur dans le pays à partir des positions que les uns et les autres prenaient relativement au parti unifié. Donc il y a le Pdci avec certains de ses cadres qui avaient une position et le Rdr qui avait une autre position. Et les deux positions semblaient ne pas être les mêmes. Naturellement, ce sont les deux grandes mamelles de la coalition de partis qui forment le Rhdp. Donc naturellement, cela a du effrayer beaucoup de gens. Etant acteurs, nous avons vu qu’il était important que cet évènement arrive. Je veux dire que les décideurs se rencontrent pour pouvoir mettre de l’ordre. Ça été chose faite le mardi 10 avril. Le président de la République, Alassane Ouattara a reçu donc son aîné Henri Konan Bédié, président du Pdci-Rda au Palais présidentiel. Et ils ont échangé et un communiqué final a été lu à la satisfaction de tout le monde. En tout cas, cela a été un ouf de soulagement pour le monde. Parce qu’il ne pouvait pas en être autrement. Ce sont deux enfants d’Houphouët-Boigny qui ont côtoyé le père de la Côte d’Ivoire moderne, qui connaissent sa façon d’agir, sa façon de procéder. Pour lui, le dialogue étant l’âme des forts et non des faibles. Donc, ce sont des personnalités qui se sont suffisamment abreuvées à la source du président Houphouët-Boigny. Alors, il y a eu plus de peur que mal. Comme vous l’avez si bien dit, le vent souffle à nouveau, et nous attendons la suite à donner.

Alors dans le communiqué produit par les deux hommes d’Etat, ils appellent les militants de part et d’autre à la retenue. C’est dire que vous les militants de ces deux partis, vous avez fait fort avec vos positions divergentes et vos déclarations intempestives.

Avant leur rencontre, j’ai fait une sortie dans la presse où j’ai demandé à certains cadres du Pdci, de ne pas mêler le président Bédié dans leur affaire. Et que le président Bédié que nous connaissons tous. Le président Bédié n’est pas la propriété du Pdci. Parce que des gens pensent qu’ils ont le brevet de fabrication du président Bédié. Non ! non ! non !  C’est un homme d’Etat de la Côte d’Ivoire, qui a fait ses preuves. Donc, c’est un monument qui appartient à toute la Côte d’Ivoire, à tous les cadres de la Côte d’Ivoire. Pour cela, que j’ai dit, vraiment qu’ils ne mêlent pas le président Bédié à leurs histoires. Parce que c’était trop fort. Et nous-mêmes, nous avons été amenés à lever le ton. Parce que, quand quelqu’un insulte ton leader ou votre père, vous n’avez pas besoin d’autorisation de parler, pour répondre. Et nous nous sommes mis dans cette posture. Et nous étions prêts à répondre à quiconque qui s’attaquerait au président Ouattara. Parce que, nous ne pouvons pas admettre, accepter que cela se passe de cette façon. Alors comme vous l’avez dit, les deux leaders ont appelé les uns et les autres à avoir le bon ton, et à mettre balle à terre. C’est dans notre vision. Nous sommes pleinement d’accord avec ça, et c’est cela qui doit être. On n’a pas besoin d’être vindicatif pour faire passer un message. Il faut simplement argumenter, être convaincant. Et c’est  à cet exercice, que nous allons nous donner pour que la Côte d’Ivoire sorte toujours grandie dans les débats d’idées. Ce n’est pas dans les injures qu’on peut faire avancer le débat démocratique.

C’était quoi la pomme de discorde,  le parti unifié ou l’alternance ?

Entre le président Bédié et le président Ouattara, c’est un véritable pacte de fraternité, d’amour et de raison. Ces deux hommes ont pratiqué le président Houphouët-Boigny. Ils sont les mieux placés pour nous enseigner les méthodes et pratiques d’Houphouët-Boigny. Donc quel que soit leur divergence de point de vue, ils finiront toujours par s’entendre. Leur désaccord, à un moment donné dans la vie politique de la Côte d’Ivoire, nous a coûté beaucoup de désagréments. Ils en sont conscients. Et je vais même vous dire, qu’ils ont l’impérieux devoir de réunifier les enfants d’Houphouët-Boigny avant de quitter la scène politique. Donc mettons balle à terre. Sachons raison gardée pour sauver et consolider les acquis. La Côte d’Ivoire a souffert des divergences d’opinions de ses enfants, et cela nous a entrainés pendant dix ans dans la crise. Les Ivoiriens ont tellement souffert que nous n’avons plus besoin de cela.

Vous avez dit que ces deux hommes ont l’impérieux devoir de réunifier les enfants d’Houphouët-Boigny avant de quitter la scène politique. Selon vous, la Côte d’Ivoire n’est pas réconciliée ?

La réconciliation, je l’ai dit, il y a de cela quatre ans, ne se décrète pas. C’est les actions de tous les jours, c’est le comportement de tous les jours. Vous savez, j’ai fait l’Afrique du Sud, au moment où l’apartheid venait d’être décapité. J’ai été l’un des Ivoiriens privilégiés à avoir vécu ces moments. Nous avons vu comment le peuple sud-africain à transcender ce qu’il avait comme différend pour arriver aujourd’hui à cette nation arc-en-ciel de Dieu. Donc la réconciliation est une œuvre de longue haleine. A l’entame de son premier mandat, le Président Ouattara a mis au centre de son programme la réconciliation des Ivoiriens. Il a même créé une institution, qu’il a confiée à un haut cadre de ce pays pour amener les Ivoiriens à se réconcilier (…) Ce que moi je veux condamner, c’est les démarches hypocrites, démarches démagogiques, de certaines personnes qui veulent faire croire qu’il y a des Ivoiriens qui sont contre la réconciliation. Et ça, je la trouve malsaine. Parce que la réconciliation doit être inclusive. Elle doit concerner tous les Ivoiriens, tous les acteurs de la crise. Il n’y a pas d’un côté des gens propres, et d’un autre côté ceux qui sont des démons. Pour aller à la réconciliation, il faut que chacun de nous fasse sa rétrospection. Qu’est-ce que j’ai pu bien faire. Quand tu réponds à cette question, tu fais le mea-culpa. Et tu sais quel acte posé, pour aller à la réconciliation. Mais quand il y a des hommes politiques, pour des raisons politiciennes, qui embouchent la trompette à longueur de journée et qui disent que c’est eux qui peuvent réconcilier les Ivoiriens. Parce qu’il y en a qui ont été maltraités, il y en a qu’on continue de maltraiter, ils sont leurs défenseurs.  Je dis que ceux-là, ils font fausse route.

 

Désormais, il y a un Sénat en Côte d’Ivoire. L’Assemblée Nationale doit cohabiter avec les sénateurs, quel est votre regard sur l’installation de cette nouvelle institution parlementaire ?

Aujourd’hui l’installation du Sénat comme la deuxième chambre du parlement est un grand évènement. Nous avons entendu parler du Sénateur Biaka Boda, qui est de chez moi (région de Gagnoa), d’ailleurs dont je salue la mémoire. Je salue le président Ouattara, qui est un homme de parole, un homme d’action. Il a su et continue de mettre en œuvre tout ce qu’il a promis aux Ivoiriens. Sa vision, comme l’a dit Obama, c’est l’installation des institutions fortes et non pas des hommes. Et il fait pour lui cette assertion et cela est en train de concrétiser. Le Sénat va consolider la démocratie. Parce que le parlement sera désormais bicaméral. Donc pour moi, plus qu’on ira vers la modernisation et la Côte d’Ivoire, plus on cherchera à enraciner la démocratie. Et c’est par la démocratie que nous aurons un Etat moderne et modèle. Les collectivités locales sont des institutions, qui vivent en relation directe avec le terrain. Donc, le Senat fera ce travail et viendra en renfort de ce que l’Assemblée nationale fera. Vis-versa. Je veux donc demander aux Ivoiriens,  de regarder le Président Ouattara travailler, de l’aider à travailler. L’homme est en train d’étonner le monde.  Et il est en train d’étonner le peuple bété dont je suis issu. Parce qu’il fait totalement le contraire, de façon positive, de ce qu’on a dit au peuple bété (Ndlr : Peuple dont est issu Laurent Gbagbo). J’ai fait un choix, et ce choix-là, je ne me suis pas trompé. J’ai cru en l’homme. Et il est en train de révéler ce qu’il sait faire de mieux pour les Ivoiriens.

Selon des langues, le député de Ouragahio-Bayota, que vous êtes,  cadre des ex-Forces nouvelles, serait en rupture de ban avec ses camarades de lutte des Forces nouvelles. Vrai ou faux ?

C’est une question pertinente. En rupture de ban avec les ex-Forces nouvelles ! Les Forces nouvelles ne sont pas une institution. Les Forces nouvelles, c’était un mouvement, un ensemble de personnes qui ont cru en idéal et qui se sont mises ensemble pour mener un combat. Le combat est terminé. Mais on s’affaire à des tâches régaliennes, à des tâches républicaines. Je ne suis pas en rupture de ban parce que pour que je le sois, il faut que les Forces nouvelles continuent d’exister. Ça n’existe plus les Forces nouvelles.

 

N’empêche que vos compagnons se rencontrent de temps en temps. Et on ne vous voit nulle part. Qu’est-ce qui justifie cette attitude ?

 

On peut se rencontrer pour échanger. Je suis député. Le président de l’Assemblée Nationale est député. Il est mon chef. Dans le cadre de l’Assemblée Nationale, on échange. Mais les Forces nouvelles, c’est terminé. Il y en a qui ont encore la nostalgie des temps anciens. Ça ne peut plus prospérer, ces genres de comportement. Moi je suis républicain, je m’inscris dans ce que j’ai à faire pour l’Etat de Côte d’Ivoire. Je ne peux pas m’associer à des gens, qui sont nostalgiques de l’ordre ancien. Ça ne peut plus prospérer.

Propos recueillis D.V.K