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Pascal Affi N’Guessan était l’invité des femmes Bété militantes du Front populaire Ivoirien (FPI) d’Abobo le samedi dernier. Le président du FPI était accompagné d’une forte délégation qui comprenait Diabaté Bê et l’ex-honorable Williams Attéby. « Notre papa est en voyage, mais c’est à vous qu’il a confié la maison. Nous avons voulu que vous veniez nous expliquer des choses que nous ne comprenons pas », lui a dit leur présidente Gouaméné Rose, suite à la libation faite par le représentant du chef de terre Saint Angbo Emile. Face aux militantes de son parti qui avaient pris d’assaut la place de la paix d’Akéikoi, Affi a fait la genèse de la crise qui secoue leur parti. Le successeur de Laurent Gbagbo a expliqué pourquoi le FPI participera aux législatives prochaines et a adressé un message au Président Ouattara par rapport à la reforme constitutionnelle. Ci-dessous, l’essentiel des déclarations du président du FPI.

 « Le chef de l’Etat a décidé de changer la constitution. Mais il y a deux façons de le faire. Soit, on remplace certains articles qui posent problème, on parle alors de révision constitutionnelle qui amène à conserver l’essentiel de celle-ci. Soit, on réécrit l’ensemble des articles pour aboutir à une nouvelle constitution. Dans ce cas, il faut associer tous les Ivoiriens parce que la constitution leur appartient. Il faut qu’il nous appelle pour qu’on discute afin de voir comment réécrire la nouvelle constitution. Ouattara veut réécrire la constitution, mais au lieu de nous appeler, il met plutôt en place un comité d’experts choisis par lui-même, avant de rencontrer les couches sociopolitiques. Lors de sa rencontre avec les partis politiques, nous lui avons dit que la voie qu’il suit n’est pas la bonne. Nous lui avons rappelé que la réécriture de la constitution résulte des problèmes survenus depuis 20 ans du fait de la constitution en vigueur, ce qui nécessite d’associer tous les Ivoiriens. C’est de cette confrontation d’idées que l’on pourra faire le diagnostic qu’il faut pour que les Ivoiriens vivent ensemble dans la paix. Il nous a dit son souhait de créer un sénat, une vice-présidence etc.

« Il se peut qu’il y ait des palabres »

Nous lui avons dit que tous les Ivoiriens devront eux-aussi donner leur point de vue, parce que les citoyens sont tous égaux par rapport à la réécriture de la constitution. Il faut mettre en place une assemblée constituante ou une commission constitutionnelle pour que les paysans, les jeunes, les femmes, les partis politiques et les autres couches de la société se prononcent. C’est cette voie que le général Guéi avait suivie en 2000 avant que l’on aille au referendum. Nous ne sommes pas d’accord avec la démarche de Ouattara qui veut se limiter aux consultations pour ensuite faire ce qu’il veut. S’agit-il de réviser ou de réécrire la constitution ? S’il s’agit de la réécrire, alors il devra changer de démarche. Il se peut qu’il y ait des palabres sur son projet s’il ne change pas de démarche. S’il change en suivant la voie normale, alors nous allons discuter. Il n’est pas nécessaire de créer un sénat, parce qu’il existe déjà une assemblée nationale dont on n’arrive même pas à bien s’occuper. Ces nouvelles institutions entraineront du gaspillage, alors que la Côte d’Ivoire a besoin d’argent pour créer des infrastructures et pour améliorer les conditions de vie des populations. Ces nouvelles institutions permettront à deux ou trois mille personnes qui seront inutilement entretenues et qui passeront leurs temps à bavarder, de gaspiller l’argent qui doit servir à secourir les populations. Si l’on refuse de discuter, si l’on veut nous imposer une constitution, nous dirons non et nous reviendrons vous expliquer pourquoi, et surtout ce que nous comptons faire par rapport à notre ‘’non’’.

« Le temps de la peur est passé »

N’ayez plus peur, parce que le temps de la peur est passé. Hier, nous avons fui parce qu’ils nous ont surpris mais nous ne sommes pas tous morts grâce à Dieu. Beaucoup sont revenus et si le FPI se réunit pour parler, c’est parce que le temps de la peur est passé. C’est le temps de la renaissance qui est arrivé et nous devons nous mobiliser pour la reconquête du pouvoir par les urnes. Seule, la voie des élections nous permettra de nous en sortir. Ce n’est pas avec des fusils que l’on va enlever Ouattara. Le bulletin de vote est plus efficace que la kalachnikov. Nous, nous irons aux élections législatives et nous sommes en train de choisir nos candidats. Même si nous avons perdu la présidentielle, nous devons avoir beaucoup de députés pour être plus forts et pour changer les choses. Par exemple susciter une loi d’amnistie pouvant conduire à la libération des prisonniers politiques, ou entreprendre des démarches pour la libération de Laurent Gbagbo à travers notre groupe parlementaire qui pourra aller partout. Il faut rentrer dans le jeu politique pour ne pas être dans l’impasse, et nous allons aux élections pour avoir un instrument supplémentaire pour la libération de Gbagbo et des prisonniers politiques. Laurent Akoun est bloqué à Paris parce que Gbagbo lui a demandé de venir voir Affi N’guessan, et Gbagbo est étonné que sa recommandation n’ait pas été suivie. Bientôt nous allons nous retrouver parce qu’ils ne peuvent pas se rebeller contre Gbagbo. Nos bras sont ouverts pour recevoir Sangaré et consorts, et ils seront candidats là où ils le voudront. Le Fpi est en train de retrouver sa vigueur d’antan et les législatives permettront de savoir si le FPI de 2009 est de retour. C’est mon poste de président du FPi qui les préoccupe et non autre chose. Mais je ne le leur donnerai pas parce que c’est à moi que Gbagbo l’a laissé, et je le conserverai jusqu’à sa sortie de prison. Le FPI n’aurait pas connu tous ces problèmes si j’étais resté en prison. Lorsqu’au sein d’une famille, le père montre sa préférence pour Tapé, ce dernier finira par se faire taper par ses frères, et c’est mon cas. Leur seul problème est la libération d’Affi qui leur a enlevé les honneurs et les privilèges qu’ils avaient lorsqu’ils dirigeaient le parti. Alors que je ne pouvais quand même pas mourir en prison à cause de leurs ambitions. Je ne pouvais pas mettre un trait sur 20 années de combat politique à cause des petits malins qui voulaient m’effrayer.

« Sangaré et consorts voulaient entrer au gouvernement »

  Ils ont été reçus par Ouattara en septembre 2011 suite à trois courriers qu’ils lui ont adressés pour cela, et certains d’entre eux étaient présents à son investiture à Yamoussoukro en 2011. Ils étaient même prêts à entrer au gouvernement de Ouattara, n’eut été le refus de Mamadou Koulibaly. Alors qu’ils ont négocié avec Ouattara jusqu’en mars 2012, ils ont refusé de m’accompagner pour poursuivre ces mêmes négociations. Ils refusent d’aller aux élections alors qu’en décembre 2014, ils avaient élaboré une matrice en vue de  choisir leur candidat à la présidentielle de 2015, sur laquelle Laurent Gbagbo était classé à la 35ème position. Leur préoccupation était le dialogue, la négociation et les élections. Mais dès que je suis sorti de prison, ils ont remplacé le tout par ‘’Gbagbo ou rien’’. Pour certains d’entre eux issus de la région de Gbagbo, Affi est dangereux pour l’image de Gbagbo parce qu’il risque de faire oublier celui-ci. Si les Français n’ont pas oublié De Gaule. Si les Congolais n’ont oublié Lumumba, les Ivoiriens qui ont conservé l’image d’Houphouët-Boigny n’oublieront jamais Laurent Gbagbo parce que c’est lui qui a ramené le multipartisme en Côte d’Ivoire et l’a ensuite dirigé pendant dix ans. Je les ai envoyés en justice parce que je n’avais pas d’autres choix. Nous avons lancé le mot d’ordre de boycott du recensement de la population pour exiger la libération des prisonniers et le dégèle des comptes bancaires. Et pour la première fois, le gouvernement nous avait adressé une invitation écrite pour discuter en mai 2014. En plus du dégèle des comptes, il était question de libérer 152 prisonniers si nous avions levé le mot d’ordre, mais Sangaré et consorts s’y étaient opposés. Nous avions déjà obtenu la libération de 52 prisonniers, mais le maintient du boycott a fait demeurer la situation en l’état et envenimer la tension entre nous avec le gouvernement. En juillet 2014, j’ai procédé à des changements au secrétariat général pour que les choses évoluent au FPI ».

Propos recueillis par

F.B.