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Le président du Front populaire ivoirien (Fpi), Affi N’guessan se prononce sur la vie politique nationale avant la tenue du congrès de son parti, le 28 juillet prochain.

Vous avez déclaré lors d’une conférence de presse que cela ne vous arrange pas que les houphouétistes demeurent soudés. Comment est-ce que leur division peut servir le Fpi ?

Il ne s’agit pas de servir le Fpi. Mais de construire une majorité politique capable de résoudre les problèmes de la Côte d’Ivoire. Or à l’heure actuelle, la coalition Rhdp (Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix, Ndlr) a montré ses limites. Je peux même considérer que cela a été une grande désillusion pour beaucoup de ses partisans, et une grande faillite pour toute la Côte d’Ivoire, aussi bien au plan politique qu’en matière de démocratie, de droit de l’homme, de développement et de la gouvernance économique avec un niveau de corruption très élevé. Ainsi qu’au plan social avec toutes les souffrances endurées par les populations. On peut dire aujourd’hui que le Rhdp n’a pas atteint les objectifs attendus par les populations. Quand il y a un échec, Il faut une équipe de relève, une solution de rechange. Pour nous, dans le contexte politique actuel, la solution de rechange constituerait à créer une autre coalition avec ceux qui sont dans l’opposition à l’heure actuelle.  C’est pour cela que nous appelons à cette coalition le Pdci (Parti démocratique de Côte d’Ivoire, Ndlr) et l’ensemble des autres partis de l’opposition, à commencer par le Fpi. Donc ce n’est pas pour arranger le Fpi en tant que tel, mais pour donner une opportunité et une solution de rechange au redressement de la Côte d’Ivoire.   

 

Le président du parti unifié, Alassane Ouattara a révélé le 16 juillet dernier qu’il connait ceux qui veulent diviser le Rhdp. Est-ce que vous vous sentez concerné ?

Non, nous ne nous sentons pas concernés, puisque c’est monsieur Alassane Ouattara qui a lui-même divisé le Rhdp. C’est lui qui a un contentieux avec le président Henri Konan Bédié, pas nous. Et c’est ce contentieux qui est à la base de la division au sein du Rhdp. C’est lui qui tente aujourd’hui de débaucher des cadres du Pdci, pas nous.  C’est lui qui est donc en définitive un homme de la division. Il ne construit rien, il divise là où il y a l’unité, et il prospère dans la division.  On voit tout cela aujourd’hui avec les coups qu’il donne au Pdci. Le Pdci ne mérite pas les coups donnés par monsieur Ouattara, au regard de tout ce que le Pdci a fait pour favoriser son accession au pouvoir. Et tout ce que le Pdci a enduré pour soutenir son régime depuis sept ans. Ce sont ces actes qui montrent que monsieur Ouattara et le Rdr ne sont pas des partenaires fiables. Et qu’on ne peut rien construire de solide et de durable avec eux. 

Les partisans du Président Laurent Gbagbo sont divisés en deux blocs distincts. Pourquoi cette division perdure-t-elle ?

Cette division est en cours de résolution, puisqu’aujourd’hui les lignes bougent. Ce n’est plus le face-à-face qu’on a observé en 2014. Les éléments de division se sont effacés. Nos militants qui étaient autour de la fronde rejoignent notre camp. Nous lançons un appel aux leaders de la fronde pour qu’ils empruntent ce mouvement qui est en cours au sein des bases, en espérant que leur engagement va accélérer la réunification du parti. Cette fronde émane des questions d’ambition. Chaque fois qu’il y a des palabres au sein d’une organisation politique, c’est qu’il y a une question de compétition pour le pouvoir. C’est la même question dans tous les partis politique qui ont connu la fronde, le Mfa, le Pit et aujourd’hui le Rhdp. Il s’agit de ‘’qui doit prendre la direction des choses’’. Ou ‘’qui veut être le leader’’. C’est la même chose au niveau du Fpi qui vit une crise qui était programmée depuis longtemps. A un moment ou à un autre, après Gbagbo, il devrait avoir cette bataille pour savoir qui doit diriger et dans quelle direction on devrait orienter la lutte. Mais, c’est le leadership des personnalités en présence qui détermine l’issue de ces contradictions. Nous nous félicitons d’avoir su résister aux attaques lancées contre nous, bien avant ma sortie de prison. Nous sommes à un stade où nous constatons que la fronde est en train de s’effondrer. C’est à nous de conforter ce processus. C’est à nous de continuer la sensibilisation et l’information pour que la grande famille du Fpi se retrouve totalement. 

 

D’aucuns affirment que c’est Laurent Gbagbo qui tire lui-même les ficelles pour rester dans l’esprit de ses militants. Qu’en pensez-vous ?

 

Le président Gbagbo n’a pas besoin d’intriguer pour demeurer dans l’esprit des Ivoiriens. Ce sont les actes des hommes politiques qui constituent leurs traces et leur mémoire dans l’esprit des autres. D’illustres personnalités nationales et internationales qui ont gouverné sont toujours dans les mémoires. Le président Félix Houphouët-Boigny nous a quittés depuis longtemps. Mais il demeure dans les esprits du fait du travail qu’il a fait, le rôle historique qu’il a joué pour l’accession à l’indépendance de la Côte d’Ivoire et pour la gestion du pays pendant plusieurs dizaines d’années. D’autres grands hommes n’ont pas eu besoin d’intriguer pour demeurer dans les mémoires. Je ne crois pas que le président Gbagbo soit dans ces intrigues. Au contraire, depuis le début de la crise au Fpi, il a envoyé des messages clairs après un moment d’observation, pour que nous allions à l’unité. Parce que si nous voulons poursuivre l’œuvre qu’il a accomplie, Il faut que nous soyons unis pour être forts. Le pays a besoin de nous, il y a de grands défis à relever, les Ivoiriens souhaitent le changement. Il faut des forces politiques capables d’impulser ce changement. C’est dans cette direction que le président Laurent Gbagbo travaille et nous espérons qu’avec le temps, grâce à l’action des uns et des autres, tous les camarades et frères de Laurent Gbagbo qui ont mené cette lutte depuis des dizaines d’années dans les conditions très difficiles, qui ont enterré ensemble certains de leurs camarades tombés au combat et qui ont pleuré ensemble, se retrouveront avant 2020. Pour poursuivre ensemble le travail de refondation de la Côte d’Ivoire et la promotion du développement de notre pays. 

De nombreuses personnalités sont reçues par le président Gbagbo sauf Vous, le président de son parti.  Y a-t-il un problème entre vous ?

Non, je ne crois pas. Il s’agit peut-être d’un problème de calendrier. Il ne peut pas avoir entre lui et moi de problèmes plus graves que ceux qu’il peut avoir vécu avec des cadres du Pdci ou du Rdr qu’il reçoit, et qui sont responsables en partie de la situation dans laquelle il se trouve. Je pense que c’est plutôt lié à sa façon de voir le processus de sa libération et ce qui se passe en Côte d’Ivoire. Lorsque le moment sera venu pour lui de recevoir le président de son parti, il le fera. Aujourd’hui, les visites à Laurent Gbagbo sont devenues plus politiques qu’humanitaires ou sociales, et elles s’inscrivent dans les stratégies des uns et des autres. Comment faire pour obtenir son soutien dans le cadre de leur carrière politique. Et Gbagbo est dans ce même jeu politique avec eux. Et dans ce jeu politique, la présence du président du Fpi n’est pas une solution attendue, donc il peut attendre.  Nous attendons, et le moment venu, nous pourrons aller lui témoigner notre compassion et notre soutien.

La mise en liberté de Laurent Gbagbo est de plus en plus hypothéquée. Quels sont vos nouveaux projets concernant cette situation ?

Je ne sais pas si l’on peut parler d’hypothèque concernant la liberté provisoire de Laurent Gbagbo. Il est vrai qu’il y a eu treize refus au total, mais ses avocats continuent de se battre pour faire valoir des arguments. Vous savez bien qu’à l’heure actuelle, il aura une audience sur la validité des témoignages de l’accusation en octobre prochain. Le tribunal ayant estimé que les accusés étaient en droit de demander leur relaxe pure et simple. Parce que tous les témoins qui ont défilé à la barre n’ont pas pu prouver la culpabilité du président  Laurent Gbagbo et de blé Goudé. Ils ont au contraire démontré qu’il n’existe pas suffisamment de faits pour engager une poursuite contre eux, comme l’instance préliminaire l’avait laissé entrevoir en 2014. La responsabilité de Laurent Gbagbo et de blé Goudé n’a pas pu être établie, malgré tous les efforts du procureur. Cela permet d’espérer leur libération pure et simple.  

Etes-vous toujours demandeur d’une alliance avec le Pdci ?

Evidemment. Comme je l’ai indiqué tantôt, le temps d’une nouvelle alliance est arrivé. Parce que pour la Côte d’Ivoire, le temps d’une nouvelle espérance a sonné. Le Pdci est un acteur incontournable dans le jeu politique. Il faut qu’au regard de la situation actuelle par rapport au Rdr, que la direction du Pdci fasse le pas pour appeler à un grand rassemblement de toutes les forces qui veulent le changement en Côte d’Ivoire. Afin de mettre fin au règne de monsieur Alassane Ouattara et du Rdr, et faire germer une nouvelle espérance pour le pays.

La coalition au pouvoir traverse une période de turbulences, et cela menace la paix et la sécurité en Côte d’Ivoire.  Qu’avez-vous à dire aux leaders des partis membres de cette coalition pour que la paix ne soit pas mise à mal ?

Je ne comprends pas que l’on dise que la rupture entre le Rdr et le Pdci sera une source de violence et d’instabilité pour la  Côte d’Ivoire. Je ne vois pas pourquoi le pays devrait basculer dans la guerre à cause d’une alliance qui se défait. Il n’y a pas de lien, sauf si une de ces formations politiques veut mettre le pays à feu et à sang. Pas par rapport à l’alliance, mais par rapport à sa volonté de prendre en otage le pays et l’Etat. Dans ce cas-là, il appartiendra aux ivoiriens d’apporter la réponse appropriée et de défendre la souveraineté de leur pays, la liberté et la démocratie. Je pense au contraire que ce qui constitue aujourd’hui le gros problème de la Côte d’Ivoire, c’est cette alliance qui n’a pas permis à la Côte d’Ivoire de se retrouver, de se réconcilier, aux fils et aux filles de ce pays de vivre ensemble comme par le passé. Cette alliance qui n’a pas permis à la Côte d’Ivoire d’avoir une justice équitable et impartiale. Ce qui fait aujourd’hui que de nombreux Ivoiriens vivent en prison pour des raisons politiques. Certains y sont morts, ce qui constitue un grand drame pour leur famille. Des ivoiriens sont en l’exile, depuis près de sept ans, qui ne voient aucune perspective de retrouver leur pays tant que monsieur Ouattara est au pouvoir. Le gros problème de la Côte d’Ivoire, c’est l’existence de cette alliance entre le Rdr et le Pdci. Mais pas le problème qui existe au sein de cette alliance. Donc, la crise qui est en cours au sein du Rhdp sera salutaire pour l’avenir de la Côte d’Ivoire. Si une alliance maintient le pays dans la pauvreté, la misère, la désolation, cette alliance doit être brisée dans l’intérêt du pays. Donc, comme monsieur Ouattara à lui-même décidé de briser cette alliance, il faut que nous préparions une nouvelle alliance pour la Côte d’Ivoire.  Nous au Fpi,  nous sommes prêts et nous avons adressé suffisamment de messages au Pdci comme à toutes les formations politiques qui veulent le changement. Le moment n’est pas loin où nous allons nous retrouver pour construire quelque chose de nouveau, afin que le pays ne sombre pas dans le chaos.

Les élections municipales et régionales auront lieu le 13 octobre prochain. Quelles sont les chances de votre parti, dans la mesure où vos dissidents continuent de demander aux militants du Fpi de ne pas se rendre aux urnes ?

Notre travail est justement de mobiliser nos militants pour qu’ils aillent voter. C’est aux urnes qu’ils peuvent faire valoir leurs aspirations. Qu’Ils peuvent choisir ceux qu’ils veulent à la tête des mairies pour mener la politique qu’ils veulent. Ainsi qu’à la tête des conseils régionaux pour créer des emplois et résoudre les problèmes sociaux des populations. Ceux qui leur disent de ne pas aller aux urnes sont ceux qui veulent qu’ils continuent de subir la politique qu’ils n’ont pas choisie. Or, nous ne voulons pas qu’ils subissent. Nous voulons qu’ils agissent au lieu de subir, en choisissant les hommes qui peuvent faire leur bonheur. C’est pourquoi, nous invitons les militants du Fpi à aller aux urnes. C’est dans leur intérêt d’aller aux urnes. Je pense que les Ivoiriens sauront choisir sans hésiter entre ceux qui leur demandent de subir et ceux qui veulent qu’ils agissent. Parce qu’ils ne peuvent demeurer en marge, et éternellement dans la résignation et la domination. Nous demandons aux militants d’aller aux urnes, et parce qu’ils y iront que nous pensons remporter certaines mairies et certains conseils régionaux. Il est vrai qu’au-delà de la mobilisation de nos militants, certains de nos cadres ont été fortement éprouvés par la crise. Beaucoup d’entre eux sont aussi en exil. Mais avec la détermination que nous notons depuis la crise et l’engagement militant de nos cadres, nous sommes persuadés que nous ne ferons pas piètre figure à l’occasion de ces élections qui seront pour nous un tremplin par rapport à la présidentielle de 2020.

Quels est le mot d’ordre que vous donnerez à vos militants lors de votre congrès du 27 juillet prochain ?

Le thème du congrès est ‘’Mobilisation et engagement pour la démocratie et pour l’alternance en 2020’’. Ce congrès est placé sous le signe de la mobilisation de nos militants et de nos structures. C’est pourquoi, nous demandons à tous nos militants de faire massivement le déplacement au palais des sports de Treichville le vendredi 27 juillet 2018, pour ne pas rater cet évènement historique. Historique parce que cela fera dix-sept ans que nous n’avons pas tenu de congrès. Historique aussi parce que ce congrès intervient après une grave crise que notre parti et le pays ont connue. Surtout que nous sommes à deux ans d’une échéance capitale pour la Côte d’Ivoire. Ce congrès nous permettra de faire le bilan de ces dix-sept ans d’exercice de l’action politique à la tête du parti, et de jeter les bases de la reconquête du pouvoir en 2020. L’opinion nous attend, parce qu’elle veut savoir où nous en sommes en matière de mobilisation. Elle veut savoir quelles sont nos visions et nos projets pour la Côte d’Ivoire. Il faut que notre mobilisation soit un indicateur de notre détermination à opérer avec les Ivoiriens le changement politique qui permettra à notre pays d’avancer.

Réalisée par

M.T. et F.B.