Côte d’Ivoire / Après les affrontements communautaires de Bouna : Alassane Ouattara met en garde les politiciens
Le Bounkani va retrouver sa quiétude d’antan ? En tout cas, la visite du président de la République, Alassane Ouattara, samedi dernier dans la ville de Bouna pousse à répondre par l’affirmatif. C’est par vague que les populations de la région du Bounkani ont convergé à la place publique pour écouter le message du chef de l’Etat, après les graves affrontements du 24 au 26 mars 2016 qui ont fait officiellement 33 morts, des portés disparus et de nombreux déplacés. Au cours de cette rencontre, les représentants des communautés Lobi et Koulango se sont présentés des excuses et à la nation ivoirienne pour avoir offert une image négative du pays et de leur région au monde entier. « Nous présentons nos excuses à tous les frères Koulango et Malinké. Nous ferons en sorte que jamais, plus jamais, la cohésion sociale ne soit ébranlée », a déclaré le porte-parole des Lobi, Kambiré Sié. Toutefois, il a souhaité que toute la vérité soit faite sur ces faits tragiques. Le porte-parole des Koulango, Bourahima Ouattara à fait savoir que le prétexte de destruction des champs par les bœufs ne saurait justifier ces tueries, raison pour laquelle, il a souhaité entre autres l’ouverture d’une enquête et qu’aucune pression ne vienne perturber le processus, que les auteurs soient démasqués et punis, l’interdiction des bandes armées dans le Bounkani et l’indemnisation des victimes. Le porte-parole des cadres, Ouattara Gago Chélem a lui aussi présenté les excuses du Bounkani à toute la nation ivoirienne et croit savoir que les causes de cette tragédie sont d’ordre socioculturel, politique et économique. Gago Chélem indique que s’il y a une accalmie due à la présence des forces de l’ordre, il n’en demeure pas moins que le feu couve encore. Pour mettre un terme à cette situation belliqueuse et ramener la paix et la cohésion sociale, il a souhaité la prise de plusieurs mesures qui vont dans le sens du porte-parole des Koulango. Le président de la République, Alassane Ouattara indigné a fait savoir que cette belle région du Bounkani ne mérite pas une telle scène d’horreur. « J’ai été choqué et peiné par cette vague de violences intolérables qui ont été perpétrées dans cette région. Je suis particulièrement meurtri et je la condamne », a-t-il dénoncé. Selon lui, ce qui est arrivé dans le mois de mars ne peut-être justifié par “un simple conflit“ entre agriculteurs et éleveurs. Alassane Ouattara explique que plusieurs conflits agriculteurs et éleveurs ont toujours été résolu par les canaux habituels sans conséquences gravissimes contrairement à celui de Bouna. « Nous savons que des mains occultes ont du manipulé cela à un moment donné et pousser les communautés à s’affronter, à s’entre-déchirer et à s’entre-tuer. Cela est condamnable », a-t-il dénoncé. Il a rassuré les populations qu’une enquête sera diligentée et tous les coupables seront jugés et punis, tout en mettant en garde les ennemis de la nation qui se croient tapis dans l’ombre en saisissant toutes les opportunités pour mettre en mal la coexistence pacifique entre les communautés et l’unité nationale. Le chef de l’Etat a promis être ferme et sans état d’âme. « Les élections locales à venir ne doivent pas déboucher sur des tensions. Je mets en garde les jeunes politiciens. Les élections ne doivent pas débouchées sur une psychose. Je n’accepterais pas qu’a cause des élections on trouble la quiétude des populations du Bounkani et partout ailleurs. Je veux être ferme que les uns et les autres le sachent, de quelque bord politique qu’ils sont, si l’enquête démontre leur implication, nous prendrons des mesures les plus fermes », a-t-il mis en garde. Il a expliqué qu’il est venu en politique pour apporter la paix et la quiétude à ses compatriotes. Par conséquent, il n’acceptera pas la violence et l’intolérance. Il a appelé toutes les populations du Bounkani à la paix, au dialogue, à la tolérance. Selon lui, le règlement des conflits doit se faire dans le cadre du dialogue afin d’éviter de se faire justice. « Nul n’a le droit de se faire justice quelque soit le préjudice subi. Nous avons une justice qui fonctionne désormais, un organe de médiation qui est opérationnel, une chambre des rois et des chefs qui est là pour régler ces genres de conflits. Je peux vous assurer que les enquêtes sont en cours et ceux qui ont tué délibérément seront punis », a-t-il indiqué. Le chef de l’Etat, en apportant le réconfort de l’Etat ivoirien à hauteur de 245 millions de FCFA aux victimes et à la population du Bounkani, a fait savoir que des dispositions seront prises parmi lesquelles, un programme de réhabilitation et de construction de barrages pastoraux, l’aménagement de pâturages à proximité des barrages, l’aménagement de couloirs de transhumance pour atteindre les barrages, l’aménagement d’étables pour le repos du bétail et la distribution de compléments alimentaires. L’ensemble des mesures dans le domaine de l’élevage sera, aux dires du chef de l’Etat complété avec la construction d’un parc à bétail moderne et du marché central de Bouna pour la relance de l’activité économique.
Climat de suspicion
Les populations du Bounkani se regardent en chien de faïence. C’est ce qui a été constaté lors de la visite du chef de l’Etat, samedi dernier. L’on en veut pour preuve, le remue-ménage que la rencontre du secrétaire général intérimaire du Rassemblement des républicains, Amadou Soumahoro, a occasionné, vendredi, la veille. La communauté Koulango lui reproche d’avoir passé la nuit chez un cadre lobi du RDR. Et lors de la rencontre avec le chef de l’Etat, le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité a du peser de tout son poids pour que les frères s’entendent autour d’une allocution commune avec un porte-parole commun. Si cela a été fait, il faut reconnaître que tout ceci montre l’ampleur du fossé entre les différentes communautés du Bounkani. Outre cela, le porte-parole des Koulango à été le plus ovationné contrairement à celui des Lobi. Les propos des uns et des autres après la cérémonie ont aussi montré la dimension de la rancœur. Des signes qui montrent que les cœurs ont de la peine à s’apaiser. Toutefois, on ose croire que le passage du premier des Ivoiriens permettra d’enterrer définitivement la hache de guerre, surtout avec les mises en garde qui leur ont été faites.
L.F. envoyé spécial dans le Bounkani





