Côte d’Ivoire / Chambre des Rois et Chefs traditionnels : Quelle place pour les femmes ?
La place de la femme dans la Chambre Nationale des Rois et Chefs Traditionnels de Côte d’Ivoire (CNRCT-CI) existe depuis des années. Quelle est sa composition, Quelle place occupe les femmes au sein de cette institution ? Dossier.
On le sait, les habitudes africaines dans leur majorité proscrivent l'autorité féminine. Néanmoins bien de femmes dans plusieurs secteurs, tribus, clan etc. ont pu par des actes exceptionnels se hisser au-devant des pouvoirs et se faire respecter. Ainsi, selon les sociologues, le seul fait que c'est une femme qui détient l'autorité sur un groupe, forge le respect et la soumission. La condition exceptionnelle amène les sujets à croire au-delà de la réalité en ce qui concerne le pouvoir de celle-ci. Avec le sentiment de supériorité divine que lui voient ses administrés et son sens maternel, elle arrive donc à mener le village, le groupe etc. dans une logique de hiérarchisation et d'obéissance. En plus, sa position de leader oblige bien de vaillants à démontrer de leur force, leur puissance pour vouloir plaire. Ce qui permet au village de fournir de meilleurs combattants pour la défense du groupe. Aussi en termes de diplomatie avec les tiers, une femme chef a plus de chance de se faire écouter par ses pairs. C’est certainement cette conception qui a conduit les dirigeants de la Chambre Nationale des Rois et Chefs Traditionnels de Côte d’Ivoire à y inscrire des femmes. Qui sont-elles ? Comment travaillent-elles ? Il s’agit particulièrement de Koffi Ahou Marcelline du village de Zéhiri ; de Bahon Marie à Grobiassoumé, dans la Sous-préfecture de Divo ; de Bobia Mazan à Bobiadoukou, dans la Sous préfecture de Guitry, et également de Nanan N’doly Amlan II de la sous- préfecture de Toumodi, de sa majesté Nanan Akoua Boni II, reine de Sakassou. Ces femmes exercent comme chefs de villages ou de tribu. Elles font partie de l'Assemblée des Rois et Chefs Traditionnels, premier organe de cette Chambre constituée par des autorités traditionnelles désignées par leurs pairs, à raison de deux par département. Elles ont pour rôle d'approuver le programme annuel d'activités ainsi que le règlement intérieur, elles délibèrent sur toutes les questions qui leurs sont soumises lors des sessions et déterminent le lieu d'établissement du siège de la Chambre Nationale des Rois et Chefs Traditionnels.
En pays Dida, Koffi Ahou Marcelline dans le village de Zéhiri a été la première à être nommée en 1997. Ensuite, il y a eu Bahon Marie à Grobiassoumé, dans la Sous-préfecture de Divo en 2001 et Bobia Mazan à Bobiadoukou, dans la Sous préfecture de Guitry 2003. Elles sont donc trois chefs de village dans le pays Dida, et ce sont elles qui portent la « culotte ». Elles convoquent les hommes, ordonnent et ils s'exécutent. Mais mieux que s'exécuter, ils apprécient qu'il en soit ainsi. Parce que, disent-ils, depuis l'avènement des femmes, les tensions ont remarquablement baissé et les villageois ont retrouvé la quiétude. «Les populations sont très fières de les voir contribuer a? la valorisation de la fonction d’autorité? traditionnelle et a? la promotion des us et coutumes ainsi que des idéaux de paix et de développement avec pour mission de veiller à la cohésion sociale, au règlement non juridictionnel des conflits dans les villages et entre les communautés», révèle Gnakouri Paul, enseignant a Divo.
Toto Amlan Yolande devenue Nanan N’doly Amlan II chef de village de Kadjokro s/p de Toumodi depuis 3 ans, fait également partie des membres de la Cnrct-Ci. Pour elle, personne ne peut avoir quoi que ce soit si cela ne vient pas de Dieu. « Suis confiante, suis le chef de tout le monde, suis rassembleur. La reine Pokou était à la tête d’une délégation qui a quitté le Ghana et chez nous, c’est suivant la lignée. Je lutte pour la cohésion parfaite et l’avancement de kadjokro », soutient Nanan N’doly Amlan II. Lui emboîtant le pas, Konan koffi Pierre Edouard, un des patriarches explique cette situation. «Notre système est basé sur le matriarcat. On nait chef, on ne devient pas chef. Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas d’homme digne pour représenter le village, ni une humiliation, ce n’est ni complaisant. D’ailleurs l’on parle de plus en plus de la promotion du genre. Et étant femme dans la lignée, il fallait la choisir car c’est la mère poule qui sait protéger ses poussins », a clarifié le patriarche.
Sa Majesté Nanan Akoua Boni II
Elle a été intronisée 3ème reine des Baoulé en août 2017. Nanan Akoua Boni II est la seule femme faisant partie du directoire de la chambre des Rois et Chefs traditionnels, organe exécutif, nommée par le président de la République Alassane Ouattara, par décret n°2015-589 du 5 août 2015. Elle est chargée de choisir le président du directoire, d'élaborer le projet de budget de la chambre des Rois et Chefs Traditionnels. Elle produit un rapport retraçant les activités de l'année écoulée et transmet une copie de ce rapport approuvé par l'assemblée des Rois et Chefs Traditionnels au ministre chargé de l'Administration du Territoire. Selon les us et coutumes, elle dispose d’une grande autonomie. En plus de favoriser les échanges interculturels, elle contribue à régler les litiges relatifs à la désignation des autorités traditionnelles en fixant les règles de dévolution du pouvoir des Chefs Traditionnels conformément aux us et coutumes, initie des missions de médiation pour la prévention et la gestion des crises et conflits. Sa Majesté Akoua Boni II, veille à la préservation du patrimoine culturel en relation avec les institutions étatiques et propose toutes les mesures liées aux avantages, obligations, incompatibilités et privilèges conformément à la loi n°2014-428 du 14 juillet 2014 susvisée. «Notre reine est une diplomate, et dans bien de tensions entre les hommes politiques en Côte d’Ivoire, elle fait la médiation», confie une source proche de la Cour royale. Ce sont donc des femmes dynamiques à tous égards qui se trouvent être membres de la Cnrct-Ci.
Kpadessi Louis
Eugénie Koué, chef de Kouébly-banco, en attente de son intégration
Elle ne fait pas pour l’instant fait partie de l’institution. Mais selon certaines indiscrétions, Eugénie Koué pourrait dans quelques mois, intégrer la Chambre nationale des rois et chefs traditionnels de Côte d’Ivoire (Cnrct-Ci). Et cela pourrait se comprendre étant donné que selon ses administrés, elle représente une exception dans le domaine des auxiliaires de l’administration dans la région du Cavally. C’est la première femme chef du village de Kouebly-banco dans le département de Guiglo dans la région du Cavally, depuis le 9 janvier 2015, où selon la tradition seuls les hommes ont l’autorisation et le droit de gouverner. Depuis la disparition de son père, fondateur du village, en 2001, l’intérim de la chefferie était assuré par un de ses oncles, la notabilité et les populations de façon unanime, l’ont désignée comme chef dudit village. Koué Eugénie s’est érigée en protectrice et défenseur de toutes les communautés composées d’autochtones Guéré et d’une forte communauté d’allochtones et d’allogènes dont des burkinabé et des guinéens. Les témoignages des habitants de Kouébly-Banco font montre des multiples qualités de cette dame. Femme au grand cœur, discrète et accueillante, l’honorable Eugénie Koué est le modèle achevé de leader communautaire. Tous les conflits portés à sa connaissance, a-t-on appris, ont été tranchés en toute impartialité et par le dialogue. Et depuis qu’elle préside aux destinées du village de Kouébly-Banco, les conflits fonciers et les conflits intercommunautaires, jadis très fréquents dans l’Ouest du pays, sont devenus presqu’inexistants. Au plus fort des crises qui ont secoué l’Ouest de la Côte d’Ivoire, Koué Eugénie avait pris sur elle d’entretenir les plantations des populations étrangères déplacées des raisons sécuritaires, notamment les burkinabè à qui elle faisait parvenir les fruits de leurs récoltes. Son leadership ne fait l’objet d’aucune opposition, ni contestation de la part de ses administrés, ni de ses proches collaborateurs qu’est la notabilité composée majoritairement d’hommes. Elle a une gouvernance irréprochable. Elle a même été sollicitée pour présider aux destinées de Dombly, village d’origine de son père. Une offre qu’elle a déclinée, préférant pour le moment se consacrer au développement de Kouébly-Banco. En matière d’autonomisation de la femme, Koué Eugénie est une référence et elle encourage les femmes et les jeunes filles à oser, car selon elle, les femmes sont naturellement des chefs. Ainsi, elle compte faire bénéficier de son expérience aux autres communautés du Cavally et à toute la Côte d’Ivoire.
K. L.
L’histoire de la création de la Cnrct-Ci
C’est en 1999 que naissait l’Association des rois et chefs traditionnels de Côte d’Ivoire. Cette association, à la différence de l’Union des rois, intégrait toutes les autorités traditionnelles : rois, chefs de village, chefs de tribus, chefs de canton ou chefs de communauté. Elle aura son extrait de naissance officiel parmi les institutions de la République, le 14 Juillet 2014 et devient la Chambre des Rois et Chefs traditionnels, suite à une volonté politique comme l’indique le discours lors de la double cérémonie d’installation du Directoire de cette Chambre des Rois et Chefs Traditionnels et d’inauguration du siège social à Yamoussoukro le 2 octobre 2015 par le président de la République, Alassane Ouattara.
« Je ne pouvais pas concevoir que nos Rois et nos Chefs traditionnels, en dépit du rôle important qu’ils jouent dans la société ivoirienne, n’aient pas de reconnaissance explicite et légale.
Je ne pouvais pas comprendre qu’on puisse demander à nos Rois et à nos Chefs de régler des différends entre communautés, d’expliquer les choix et les orientations du Gouvernement sur les grandes questions de société, de donner leur avis sur les sujets qui engagent la Nation ou encore d’œuvrer à la cohésion nationale, sans qu’ils n’aient un statut reconnu par la loi.
C’est cette incohérence que je m’étais promis de rectifier. Il s’agissait pour moi de conforter nos Rois et Chefs traditionnels dans leur rôle de gardiens des us et coutumes mais aussi de les amener, du fait de leur autorité morale reconnue par tous, à être des acteurs de premier plan dans un Etat qui se veut moderne et tourné vers l’avenir. Ainsi, après de larges consultations qui ont impliqué environ 8 000 Chefs traditionnels, 300 Chefs de tribu, 417 Chefs de canton et 17 Rois, l’Assemblée Nationale, sur proposition du gouvernement, a voté à l’unanimité, le 11 juillet 2014, la loi 2014-428 portant statut des Rois et Chefs traditionnels », avait déclaré le chef de l’Etat.
K. L.





