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Alors que les Evêques demandent la libération de tous les prisonniers de la crise postélectorale « quelles que soient leurs infractions » par le chef de l’Etat, ils sont pris à contre-pied par les révélations d’Abéhi sur un génocide en préparation par les pro-Gbagbo en exil. Voici pourquoi le Clergé doit revoir sa copie.

 

Dans des homélies abondamment relayées après la commémoration de la naissance de l’enfant Jésus, le Clergé ivoirien a cru bon de demander au président de la République d’avoir le cœur sur la main, en libérant « tous les prisonniers de la crise postélectorale quelles que soient les infractions mises à leur charge ». Ce qui, selon ces hommes de Dieu, contribuerait à la décrispation et conséquemment conduirait à une réconciliation vraie des filles et fils de ce pays. Dans toute cette panoplie de prédications-exhortations, nous retenons un extrait de celle de Monseigneur Koffi Oi Koffi, Evêque de San Pedro qui semble plus incisive et directe. « Pour que cette réconciliation se concrétise en acte, il faut qu'on pense à gracier tous ces prisonniers, quelles que soient les infractions. En mon âme de pasteur, nous sommes à la fin de l'année 2017. Pour désirer la paix, il faut que nous puissions parler en artisans de paix. C'est pourquoi j'invite le président de la République à revoir un tout petit peu sa copie. Nous le savons capable et homme aimant son peuple », a lancé l’homme de Dieu. Cette position d’ailleurs largement commentée dans la presse locale contribue-t-elle véritablement à la réconciliation nationale et à la cohésion sociale en Côte d’Ivoire ? Assurément pas. En effet, non seulement cette invite du Clergé ivoirien « à gracier les prisonniers quelles que soient leurs infractions » semble mépriser le droit des victimes, elle s’analyse manifestement en un parti pris pour les déstabilisateurs de la Côte d’Ivoire et les bourreaux des Ivoiriens. Pour des leaders religieux censés être neutres dans les intrigues politiciennes et à équidistance des chapelles politiques, une telle attitude est dangereuse, même pour la réconciliation nationale. Du coup, les partisans de la libération sans condition des prisonniers de la crise postélectorale balaient du revers de la main tous les efforts faits par le gouvernement pour amener les Ivoiriens à revivre ensemble et consacrent maladroitement l’impunité en terre ivoirienne. Toutefois, avec les révélations faites à son procès en assises, lundi dernier par l’ex-commandant du Groupement d’escadron blindé de la gendarmerie d’Agban, le Clergé devrait pouvoir, avec humilité, reconnaître qu’il a fait une sortie de route, présenter des excuses au chef de l’Etat et enfin revoir sa copie pour une réconciliation vraie en Côte d’Ivoire. Jean Noël Abéhi a eu, lors de son interrogatoire, le courage de révéler un coup d’Etat en préparation par les exilés militaires et civils pro-Gbagbo, depuis le sol ghanéen. Mais pis, outre l’assassinat du chef de l’Etat Alassane Ouattara qu’ils nourrissaient dans ce coup d’Etat, les auteurs avec à leur tête le colonel Katé Gnatoa, planifiaient une extermination de deux groupes ethniques en Côte d’Ivoire. C’est le génocide Baoulé et Dioula à l’ouest. Avec une telle révélation qui fait froid dans le dos, les Evêques devraient rentrer dans leurs petits souliers. « Quelques personnes à Accra m’avaient informé après mon retrait de la plate-forme qu’il y avait un mouvement appelé « mouvement du grand ouest » que les gens devaient mettre en place pour faire l’isolement qui s’est fait en 2002 à partir de Bouaké. Cette fois, il fallait couper la Côte d’Ivoire en deux avec pour port de l’autre côté, San Pedro. Il y avait déjà une organisation. On avait déjà désigné un chef d’état-major, le commandant des forces terrestres, etc. Il était dit qu’il fallait s’en prendre à des ethnies surtout dans les forêts à l’ouest. Il y avait mon ethnie, les Baoulé et les Dioula. C’est l’une des motivations de mon retrait de la plate-forme », a révélé l’ex-patron du GEB. Avec de tels projets qui visent à créer le chaos dans un pays qui sort de plus de dix ans de crise, ne pas réagir comme dans un Etat de droit pour situer les responsabilités et certainement en punir les auteurs, serait un manquement grave à la mission de l’Etat d’assurer la sécurité des personnes sur son territoire et de leurs biens. Surtout si l’on devait suivre les Evêques et libérer tous les prisonniers de la crise postélectorale « quelles que soient leurs infractions ». L'avocat du commandant Jean Noël Abéhi, Me Raoul Gohi-Bi peut avoir raison quand il affirme : « Mon client n'a rien à avoir avec le projet de coup d'État en préparation.
D'ailleurs, grâce à lui, un projet de génocide contre les Dioula et les Baoulé a été déjoué... ». En effet, les exilés pro-Gbagbo refusent la main tendue du chef de l’Etat et font la sourde oreille quand on leur demande de rentrer au pays parce qu’ils nourrissent le sombre dessein de renverser le pouvoir d’Abidjan. En cas de succès dans leur sale besogne, les Evêques pourront-ils être épargnés ? A moins qu’ils ne soient de mèche avec les putschistes. Ce serait bien dommage pour la Côte d’Ivoire qui a connu des hommes de Dieu de renom.

A.K.