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Après son Master II obtenu à l’institut diplomatique de Paris et des relations internationales, le président du Parti pour le progrès et le socialisme (Pps) revient au pays pour prendre toute sa place dans le débat politique national. Avant la tenue du congrès de son mouvement, le 28 juillet prochain, Kakou Mathias, par ailleurs diplômé de l’Institut des hautes études de défense nationale « Ecole de guerre de Paris » option diplomatie de défense, se prononce sur l’actualité nationale et assène quelques vérités.

 

 

 

Le Parti pour le progrès et le socialisme (Pps) entre en congrès, le 28 juillet 2018. Quelles sont les grandes lignes à débattre lors de ce rassemblement ?

Nous voulons redynamiser notre parti, faire le bilan de notre gestion en terme de militants surtout, de notre organisation au niveau local. Ce sera l’occasion de faire le point. C’est un parti socialiste, un parti progressiste, donc on devra revoir nos textes, les amender au sens de leur amélioration pour que le Pps participe véritablement à la démocratisation de notre pays ?

 

Le Pps est un parti créé, il y a bien longtemps mais on n’a pas entendu parler de ce parti, depuis un moment. Qu’est-ce qui explique ce silence ?

Le Pps n’est pas un nouveau parti comme vous le savez. Mais nous avons fait le choix de soutenir le président Ouattara et le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (Rhdp). Et donc notre coalition est arrivée au pouvoir. Que fallait-il faire ? Nous avons décidé de faire en sorte que le programme du président de la République que nous avons soutenu soit appliqué et bien appliqué. On n’est plus dans l’opposition. Même quand on sent qu’il y a des problèmes internes au Rhdp, le rôle du Pps n’est pas de les étaler. Donc nous sommes solidaires de la gouvernance de Ouattara. C’est pour cela que vous ne pouvez pas nous entendre parler comme avant.

 

Quel est le jugement que le Pps peut porter sur le pouvoir Ouattara ?

Depuis 1994 et même dans la jeunesse, notre parti soutient le Rassemblement des républicains (Rdr) pour qu’on arrive au pouvoir. Avec un programme alléchant, Ouattara a été élu en 2010 malgré les contestations du candidat d’en face, Laurent Gbagbo. On a donc participé à rétablir la vérité des urnes. Après sa prise de pouvoir, en moins de trois ans, Ouattara a régularisé la situation au plan diplomatique et entrepris certaines réformes qui ont porté leurs fruits. Il fallait donc lui accorder un second mandat. Je pense que c’est ce que le Pdci a bien vu. Pour nous au Pps, le président Ouattara a réussi ses mandats. Son premier mandat plutôt puisqu’il n’a pas encore fini le second. Sincèrement, la Côte d’Ivoire va mieux. Il reste à améliorer le quotidien des Ivoiriens de sorte que tout le monde bénéficie des fruits de la croissance. Il n’est pas question d’attaquer mais plutôt de proposer de sorte que le gouvernement puisse améliorer son travail.

 

Pour parler de problèmes internes, on remarque que la question du parti unifié n’a pas toujours fait l’unanimité au sein de la coalition. Quels commentaires ?

Le parti unifié est lié à la question de la succession. Je pense que les deux grands devraient s’asseoir et analyser en profondeur les enjeux de cette passe. Si le président Ouattara doit partir du pouvoir, il ne doit pas aussi laisser derrière lui n’importe qui à la tête du pays. Il faut qu’on le sache. Même s’il doit faire la passe à un allié, il faut que celui-là sache pérenniser les acquis. Mais on a l’impression que les gens parlent de succession par rapport à leur propre promotion. Ils ne parlent même pas de la succession par rapport à l’avenir de la Côte d’Ivoire. Parmi tous ceux qui prétendent succéder à Ouattara, avez-vous vu une seule fois quelqu’un présenter un programme de société ?

 

Mais ils diront que ce n’est pas le moment…

Non ! Un programme de société se prépare. On était certes encore jeune au lycée mais on connaissait tous le programme de société de Laurent Gbagbo. Ce n’est pas une question de dire « après toi, c’est moi », non. Ceux qui prétendent succéder à Ouattara doivent nous présenter un programme de société. Nous ne sommes plus prêts à soutenir des gens qui veulent faire leur propre promotion. Pour nous, le bilan de Ouattara est positif. Maintenant va-t-il être candidat ou non ? Je n’en sais rien. De toute façon, la constitution le lui permet. Lorsque vous sortez d’une crise comme celle que nous avons vécues en 2010-2011, il faut que celui qui doit venir au pouvoir, puisse rassurer les Ivoiriens. Il y a beaucoup de projets qui ont été réalisés. On ne peut pas les laisser dans la main des vindicatifs. Pour le moment, celui qui a été élu, s’appelle Alassane Ouattara, il faut le respecter, l’honorer et non le pousser à la sortie. Quelqu’un est encore au pouvoir et on le talonne, on le persécute. Un président de la République, ça se respecte. Le drame, c’est que ce n’est pas l’opposition qui le fait. C’est entre nous-mêmes, membres de la coalition. Pourtant on dit que les loups ne se mangent pas entre eux. Il est plutôt intéressant d’aider celui qui est là, à sortir honorablement.

 

Pensez-vous que c’est dans l’esprit de pérenniser les acquis que le nouveau gouvernement a été formé ?

Il faut être franc. Le Premier ministre Amadou Gon a été contraint de former une telle équipe, en tenant compte des exigences politiques au niveau du Rhdp. Sinon, il y a des ministères qui ne devraient pas être créés. On pouvait les regrouper de sorte que le gouvernement soit restreint et fasse de l’économie. Mais il faut satisfaire les alliés qui soutiennent le parti unifié que le Pps soutient d’ailleurs totalement. Parce que nous pensons que c’est la meilleure manière de pérenniser nos acquis. C’est un gouvernement politique et nous le comprenons. Mais même si on soutient le parti unifié, il n’est pas obligatoire d’être au gouvernement. On peut servir l’Etat partout. La seule chose que je propose au Premier ministre, et il n’est pas encore tard, c’est de créer un ministère de la lutte contre la corruption.

 

Pensez-vous que la corruption est bien présente en Côte d’Ivoire ?

Effectivement, elle est bien présente. Sinon le président de la République n’aurait pas mis l’accent sur la Haute autorité pour la bonne gouvernance (Habg). Il sait qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Ce n’est pas une question de sentiment. Le président Ouattara, de par son parcours, rassure. Mais est-ce que tous ceux qui sont au gouvernement, rassurent ? Est-ce qu’ils ne créent pas de séminaire à gauche et à droite pour faire sortir des fonds ? Le monde entier reconnait le président Ouattara comme un bon gestionnaire. Si, après une grave crise, il a réussi à hisser le pays à un tel niveau, c’est parce qu’il est compétent. Mais en même temps, il doit être très regardant sur certains de ses collaborateurs, c’est très important. Ceci, afin de donner de la valeur à son programme de société. Mieux, il faut soutenir ce ministère par ce qu’on appelle en France, le parquet national financier pour les contrôles.

 

Il y a une Cour des comptes qui existe déjà…

Oui mais la Cour des compte est là pour contrôler ce qui existe déjà. Avant de nommer un ministre ou une personnalité de haut rang, il faut connaître son passé, voir s’il n’a pas été impliqué dans de sales affaires, le parquet national financier doit jouer ce rôle. Le parquet national financier doit voir si les personnalités nommées, le méritent véritablement. Il n’est pas question de voler l’argent des Ivoiriens. Chacun doit manger à la sueur de son front.

 

Pour en revenir à votre congrès, combien de militants attendez-vous?

Nous attendons environ 5000 militants. Parce que les gens ont soif, il n’y a pas d’alternative. On n’a pas de moyens mais on a les hommes.

 

N’est-ce pas parce qu’on parle de plus en plus d’élections régionales et municipales que le Pps sent la nécessité d’aller en congrès ?

Nous avons soutenu le Rhdp de toutes nos forces mais certains nous refusaient au Rhdp pensant qu’on vient au Rhdp pour être ministre. Non, Kakou Mathias ne milite pas pour être ministre. L’objectif d’un parti politique, c’est de prendre et d’exercer le pouvoir d’Etat. Ils ont tout fait pour qu’on ne soit pas membre du Rhdp mais c’est une bonne coalition et nous continuerons de la soutenir. Tous ceux qui ont soutenu le Rhdp ont été servis. Mais nous, menez vos enquêtes, nous n’avons aucun soutien. Comme nous sommes des militants de conviction, on ne monnaie pas notre militantisme. Le Rhdp est pour le moment la meilleure alternative. C’est un congrès de responsables que nous organisons et nous savons que nous pouvons aider la Côte d’Ivoire à aller à l’émergence.

 

Interview réalisée par A. K.