Côte d’Ivoire / La mairie de Soubré incendiée par les populations en colère, le maire pleure
Quelques heures après l'incendie du marché, la population réclamant le départ du maire, brûle la mairie. Le SG1 de la préfecture chassé avec des cailloux, sa voiture saccagée
C’est une journée folle qu’a connue la ville de Soubré, hier. Les populations en colère après l’incendie du marché central, la veille, ne veulent plus voir le maire. « On ne veut plus de toi. Il faut quitter !», ce sont entre autres, les cris que lançaient un groupe d'individus composé de jeunes et de femmes de la commune. Ces derniers accusent le maire Traoré Lassina d’être à la base de l’incendie du marché central afin de leur demander de l'argent pour leur réinstallation sur le site. Toute chose qu'ils trouvent anormale. Ce qui suscite la colère contre leur maire qu'ils ne veulent plus voir. Dans l'après-midi d'hier, alors que le maire Traoré Lassina et ses conseillers étaient en conseil municipal, la population s'est soulevée et a lancé une marche contre son domicile situé au quartier Nawa non loin du château d'eau pour y mettre aussi le feu. Ayant appris cette marche, le Secrétaire général 1 de la préfecture Tiegbé Bonaventure qui se trouvait au conseil avec le maire, décide d'aller les entendre et les calmer. Grande fut son indignation. Quand, à l’aide de cailloux et de morceaux de bois, l’autorité préfectorale est chassée avant de voir son véhicule caillassé. La gendarmerie entre donc en scène et fait usage des gazes lacrymogènes pour disperser cette foule surexcitée pour sauver le domicile du maire. La partie semble loin d’être terminée. En effet, quelques heures après, cette fois avec les femmes devant, le même groupe se retrouve à la mairie et chasse les agents pour s’y installer avec de très mauvaises intensions. Voler les matériels importants dans tous les bureaux avant d’y mettre le feu. Ce qui fut fait très rapidement avant l’arrivée des forces de l’ordre. Rien n’a pu être sauvé comme documents administratifs du côté de la mairie. Au niveau de la radio, seul l’émetteur a pu être sauvé par un des agents. Dans la foule, l’on pouvait entendre distinctivement : « on a chassé Kipré par la force, on va te chasser aussi par la force ». Cette expression confirme que c’est la même situation de 2010 à l’éclatement de la crise qui vient de se répéter. Sauf que cette fois, l’on a mis le feu pour tout gâter. Ce groupe bien monté et préparé n’a pas voulu s’arrêter là. Il s’est attaqué encore aux actions du Président Alassane qui facilitent aujourd’hui la circulation dans cette commune. Ils ont donc décidé de détruire le bitume en y brûlant des pneus au carrefour Doboua. Entre temps, le maire ayant suspendu sa réunion, s’est mis en lieu sûre ainsi que sa famille. Les mouvements continuent jusqu’à la sortie des élèves et à la descente des hommes de métiers tels que couturiers, mécaniciens qui se joignent aux manifestants. Les voleurs ne veulent pas rester en marge. Du coup, les forces de l’ordre sans armes, se retrouvent impuissantes et débordées face à des milliers de badauds incontrôlés. La situation prend une autre allure qu’une simple revendication de la démission d’un maire. « Ils arrachent les téléphones lorsqu’ils voient quelqu’un filmer ou prendre des photos de leurs actes de vandalisme parce qu’ils ne veulent pas être reconnus et poursuivis après », témoignage une source sur le terrain. Cette histoire qui part de l’incendie du marché semble un coup politique à quelques mois des élections locales. D’abord, très tôt le lundi matin, quand Traoré Lassina apprend l’incendie de son marché, il se rend sur les lieux pour secourir les commerçants. Dès son arrivée, un groupe de jeunes lui aurait lancé des propos déplacés contre lui et sa famille avant de le chasser en versant sur lui de l’eau sale. Aidé par sa garde, il aurait quitté les lieux avant de revenir plus tard avec le corps préfectoral et les hommes en armes. Ayant été informé, nous avons joint le maire Traoré au téléphone pour une vérification. Il a donc rejeté cette accusation avant de dire : « Les gens veulent faire de ce malheur une récupération politique. Moi, je n’entre pas dans ce jeu ». Qui sont ceux qui se cacheraient donc derrière ces actes que nous avons tous condamné, hier ? (ndlr : lundi). En attendant de le savoir, la situation reste toujours confuse au moment où nous mettions cet article sous presse car le nombre de manifestants devenait de plus en plus grand tandis que les forces de l’ordre repliaient stratégiquement. Le domicile du maire risque donc de partir aussi en fumée. La nuit nous situera et nous y reviendrons.
La réaction du maire dans le feu de l’action « C’est une méchanceté politique »
Joint au téléphone pendant que la population manifestait contre lui, le maire de la commune de Soubré pleure en ces termes : « C’est avec un cœur meurtri que je vous parle en ce moment. J’étais en réunion quand j’ai appris qu’une foule se dirigeait vers mon domicile. Je voulais sortir et mes gardes m’ont déconseillé cela. Je demande donc les raisons et on me remonte que ces gens disent que j’ai vendu le marché brûlé à un libanais. Tout simplement parce que depuis hier (ndlr : lundi), comme les citernes ne pouvaient y entrer, j’ai envoyé des bulldozers pour libérer de l’espace et dégagé tout ce qu’il y a à dégager pour faire venir très rapidement un entrepreneur pour la reconstruction même s’il faut m’endetter. J’ai tenu une réunion de crise, hier (ndlr : lundi) avec toute mon équipe et ce matin j’ai animé un conseil pour appliquer cette décision. Je devrais rencontrer les commerçants demain mercredi matin (ndlr : aujourd’hui) et me rendre à Abidjan dans la soirée pour chercher l’opérateur. Malheureusement, les populations ont été manipulées et les choses ont tourné autrement. Mon 4ème adjoint au maire Mr Zouba a été blessé, moi-même je suis en lieu sûr. On m’a dit que ma famille est sortie de mon domicile mais sans téléphone. Donc actuellement où je vous parle, je n’ai aucune nouvelle de ma famille. Ils vont peut-être s’attaquer à mes biens mais ce n’est pas trop grave. J’ai vraiment mal au cœur de subir une telle méchanceté politique. Plusieurs marchés du pays ont pris malheureusement feu mais les populations ne se sont pas attaquées à leurs mairies et maires. Pourquoi brûlerais-je un marché d’où provient ma force financière ? », s’est interrogé le maire Traoré Lassina, très abattu en ce moment. Aux dernières nouvelles, à 20h, les manifestants ont aussi brûlé le service technique de la mairie situé tout juste à côté de la gare routière de Soubré.
E.K.





