Côte d’Ivoire / Le Cdt Abéhi révèle: « Voici ceux qui voulaient enlever Ouattara »
C’est un officier supérieur très prolixe et visiblement coopératif qui était à la barre de la Cour d’Assises, ce lundi 8 janvier 2018. Le Commandant Abéhi Jean-Noël, ex-patron de l’escadron blindé de la gendarmerie d’Agban poursuivi pour complot contre l’autorité de l’Etat, s’est montré très ouvert à cette 3e étape de l’audience en assises dans l’affaire « le parquet général contre les auteurs et complices de l’attaque du camp de gendarmerie d’Agban le 23 décembre 2012 ». Dans une chemise pagne à l’effigie de la vierge Marie assortie d’un pantalon kaki, les cheveux coiffés, l’ancien commandant d’escadron a soutenu devant la Cour n’être impliqué « profondément » dans les préparatifs du « coup d’Etat manqué ». « J’ai participé à Accra à deux réunions avec des militaires en exil, et sous ordre du ministre Katinan. La première pour désigner le porte-parole des hommes en tenues en exil et une deuxième que je n’ai pas terminée. Parce que le porte-parole désigné qui est le colonel Katé Gnatoa nous demandait de faire le point des hommes et de nos matériels (Ndlr armes et combattants). Le colonel, a la première réunion, a dit qu’il préconisait une solution militaire (Ndlr Coup de force) en Côte d’Ivoire », a révélé Jean Noël Abéhi, avec un début d’extinction de voix avant de faire cette précision : « J’ai dit au Colonel Katé et aux autres que je ne pouvais pas m’inscrire dans ce schéma car la Côte d’Ivoire a trop souffert, et que je n’avais pas d’armes et d’hommes à fournir ». A en croire l’officier supérieur de gendarmerie, son refus aurait suscité le courroux de ses frères d’armes en fuite au Ghana qui n’ont pas hésité à le menacer ouvertement en ces termes : « On devait m’assassiner si leur coup marchait. Parce que j’ai refusé, on a juré de me faire la peau ». Visiblement à l’aise, Jean Noël Abéhi allait de révélations en révélations. Les unes aussi troublantes après les autres.
- Un génocide à l’ouest était en préparation
« Un projet de génocide à l’ouest était prévu au cas où leur coup marchait. On devait tuer les … », ajoute Abéhi (Ndlr il cite deux ethnies de Côte d’Ivoire dont nous préférons taire les noms ici). L’ancien exilé ghanéen a révélé aussi au juge Aboubacari Coulibaly les noms des hommes en tenues restés fidèles à Laurent Gbagbo et qui voulaient « déboulonner Alassane Ouattara par les armes. » Il y a le Colonel Katé Gnatoa, le commissaire de police Djedjé Glagro Bertin de la Compagnie de sécurité (Crs1), le Lieutenant-Colonel Douali du 2è bataillon de Daloa, le Colonel Dadi du bataillon artillerie sol-air ( Basa), le maréchal des logis Kla Guiro Félix du groupe des engins blindés (Geb d’Agban), le commandant de la Brigade anti-émeute (Bae)… Après cette révélation, le parquet général a projeté une vidéo dans laquelle on voit Jean Noël Abéhi faire une déclaration de prise de pouvoir. L’officier supérieur de gendarmerie a déclaré en substance dans cette vidéo qui a glacé manifestement plus d’un dans la petite salle de la Cour d’Appel transformée en Cour d’Assises pour la circonstance ceci : « …Je déclare dissoute la Constitution. Nous venons pour rétablir l’ordre et la justice. Il y a désormais une seule autorité en Côte d’Ivoire, celle que nous incarnons… ». Et à Jean Noël Abéhi de justifie cette vidéo. « J’ai fait cette vidéo pour contrecarrer celle qu’avait prévue de faire mes amis d’armes lors de leur prise de pouvoir ». Le président de la Cour, le juge Coulibaly, l’interrompt net pour lui demander pourquoi il n’a pas informé les autorités ivoiriennes. L’accusé reprend: « Il y a des enfants en conflit avec la loi. Moi, je suis un adulte en conflit avec la loi … ça me fait 26 ans de métier. J’ai passé tout mon temps à défendre la République sans aucune considération, même si on ne veut pas me le reconnaître aujourd’hui. J’ai sauvé des vies dans ce pays (…) C’est moi qui ai sauvé Guillaume Soro à la RTI. C’est dans mon char qu’il est monté et je suis allé le déposer au Golf. Je n’ai jamais voulu comploter contre quiconque », a-t-il clamé, avant d’être prié de regagner sa place dans le box des accusés. Yayo Daba, gendarme, pilote d’engin militaire à Agban, Félix Kla Guiro, gendarme à Agban, Agness Melèdj, gérant de bar climatisé à Agban, tous accusés de complot contre l’autorité de l’Etat ont nié à la barre les faits qui leur sont reprochés. L’audience a été suspendue pour reprendre ce mardi matin
YK





