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Le président du mouvement « Sur les traces d’Houphouët-Boigny » dénonce, après la publication de la liste provisoire des candidats aux municipales et régionales par Commission Electorale Indépendante, la mauvaise foi de ceux qui demandent le report des élections locales du 13 octobre 2018.

 

Quels commentaires faites-vous après la publication de la liste des candidats aux élections locales par la Cei ?

Je voudrais personnellement saluer l’équipe de la Cei pour ce travail remarquable abattu en quelques jours. Traiter plusieurs milliers de dossiers de candidature, étant entendu que nous avons affaire à deux scrutins de liste et que chaque liste peut compter jusqu’à soixante conseillers et que pour chaque conseiller, il y a une pile de documents à traiter, n’est pas chose aisée. C’est régulièrement qu’ils essuient des critiques, des procès d’intention, des attaques ciblées mais lorsqu’ils font bien et diligemment leur travail, il faut les en féliciter, le Président Youssouf Bakayoko en tête. Cela dit, je note que les jeux sont très ouverts, les sièges de nos mairies et de nos conseils régionaux seront très disputés. 684 listes sont en compétition pour les municipales et 88 pour les régions. Tous les partis significatifs sont représentés. Le nombre important de candidats indépendants démontre que c’est un scrutin ouvert à tous les citoyens. Cela démontre aussi qu’il s’agit d’une élection démocratique, ouverte et transparente qui suscite un engouement certain au sein des populations.

 

Et pourtant ça grogne très fort du côté du FPI où le camp Sangaré ne s’embarrasse pas de fioriture pour prédire une crise politique grave à l’horizon, une sorte d’apocalypse si la CEI n’est pas reformée…

J’ai aujourd’hui le sentiment qu’en Côte d’Ivoire, il existe une race de politiciens qui ne se sentent bien que lorsqu’il y a des crises. Car, voilà quelqu’un qui refuse de participer à toutes les élections tant que toutes ses exigences ne sont pas satisfaites. Quelqu’un qui défie et menace sans cesse, quelqu’un qui veut que tout se fasse « sans condition et sans délai », selon ses volontés. Franchement, seul Dieu a ce pouvoir-là. Pour ma part, je voudrais dire que nous nous connaissons bien dans ce pays. Le président de la République, Alassane Ouattara, a posé un acte majeur pour décrisper l’atmosphère politique. Tout le monde devrait s’orienter dans cette voie. Sur la question de la réforme de la CEI, le Président a été clair, cela se fera avant la présidentielle de 2020.  Où est donc le problème ? On ne défonce pas une porte ouverte, c’est une question de bon sens. Personnellement, je doute de la bonne foi de ceux qui réclament le report des élections dans la mesure où, avant même l’adresse à la nation du chef de l’Etat du 6 août dernier, la date du scrutin était déjà connue et le processus électoral était déjà lancé avec notamment l’identification et la révision de la liste électorale. Ce qui veut dire que personne n’a été surpris. Tout le monde savait qu’on irait aux élections le 13 octobre 2018. Si des gens ne se sont pas préparés en conséquence, c’est un autre débat. La composition de la CEI est le résultat d’un large consensus. Et je rappelle que même après sa mise en place, des personnalités de l’opposition ont été intégrées dans le bureau de cette institution. Je voudrais aussi insister pour dire que cette CEI qui est décriée est la même qui a organisé les élections présidentielles de 2015, les législatives, le référendum et les sénatoriales. Donc, elle a quatre élections politiques à son actif. Pourquoi c’est pour ces élections locales, censées renouveler les équipes chargées d’impulser le développement local de nos communes et régions que l’on remet en cause la CEI ? On ne peut pas prendre prétexte de tout pour créer des crises et des problèmes partout. En tout état de cause, la Côte d’Ivoire est un Etat organisé. Les appels récurrents aux troubles à l’ordre public ne peuvent être tolérés ni acceptés. Par conséquent, tous ceux qui se prêteraient à ce jeu doivent s’attendre à subir la rigueur de la loi.

 

Ne craignez-vous pas des troubles à l’horizon ?

Absolument pas. Il y a des gens qui n’ont pas encore compris que les Ivoiriens sont un peuple de paix, un peuple qui ne veut pas encore vivre une crise comme ce qu’on a vécu en 2010. Ceux qui agitent l’épouvantail d’un péril grave et imminent sont coutumiers de ce genre de propos. Ils aiment s’amuser à se faire peur. Et les Ivoiriens les connaissent bien. Je voudrais humblement dire aux uns et aux autres que la Côte d’Ivoire a besoin d’autre chose que les crises et rappeler également qu’une démocratie est une œuvre de construction collective. Le pouvoir et l’opposition ont chacun un rôle à jouer mais tous doivent œuvrer à consolider cette démocratie. Le Président Alassane Ouattara fait des efforts et même des sacrifices pour la paix. L’opposition qui est bénéficiaire de ces actes de décrispation devrait s’inscrire dans cette logique. C’est vrai que le président de la République a ouvert les portes des prisons à la faveur de la mesure d’amnistie pour libérer des centaines de nos frères détenus après la crise post-électorale, mais les portes de ces prisons ne sont pas fermées pour autant. Cela veut dire que celles-ci peuvent se rouvrir pour nous tous si nous ne savons pas adopter les bonnes attitudes et réadapter nos comportements pour ne pas retomber dans les mêmes erreurs du passé. La politique est une activité qui a ses règles, il faut s’y conformer.

 

Ce sont des menaces contre l’opposition ?

Non, point du tout ! Ce sont des interpellations à nous tous, puisque moi-même je fais partie de la classe politique. Mais je dis que si nous avons le droit de faire la politique, nous n’avons pas le droit de troubler la quiétude des Ivoiriens. La démocratie est le lieu des débats et non des ébats et des combats fratricides. Par contre, je comprends Aboudramane Sangaré et ses partisans. Ils ont appelé au boycott de la révision électorale. Ils ont boycotté ces élections en refusant de présenter des candidats. Donc à partir de cet instant, comment comprendre leur demande de report des élections locales ? C’est un non-sens, c’est absurde ! Ou alors, se sont-ils rendus compte de leur erreur et veulent-ils entrainer tout le monde dans le trou ? Ils ont décidé de tout boycotter. Qu’ils assument seuls les conséquences de leurs actes. Refuser ces élections locales destinées à choisir des agents du développement, c’est en définitive, agir contre le bien-être de nos populations. C’est œuvrer contre le développement.

 

Au Pdci-Rda, un autre débat est d’actualité, la question de son logo qui se retrouve dans le logo du Rhdp

Je vois qu’il n’y a pas de quoi fouetter un chat. Je voudrais surtout rappeler qu’à cette élection, il y a des candidats Pdci qui vont en indépendant, il y a des candidats Pdci qui vont en Rhdp et enfin des candidats qui sont à la fois parrainés par le Pdci et le Rhdp. Et dès lors que le Président du parti lui-même a reconnu qu’au sein du Pdci-Rda, il y a des pro et des anti Rhdp, comment voulez-vous que des candidats qui se réclament du Pdci-Rda renoncent à leur appartenance au Pdci-Rda pour laisser libre champ à d’autres candidats ? Car, en réalité, il y a bien des militants Fpi déguisés et qui portent les couleurs du Pdci-Rda. Vous n’allez pas nous dire que ceux-là méritent mieux que les candidats du Rhdp. Et puis le logo originel du Pdci n’a pas la même couleur que celui qui apparaît dans le logo Rhdp. Donc arrêtons de chercher la queue du diable partout, surtout que sur la base de ce constat, la Cei a déjà tranché. Que chacun se concentre sur la bataille du terrain, car c’est là-bas qu’il faut aller pour convaincre les électeurs.

 

D’aucuns vous traitent d’ingrat vis-à-vis du Président Henri Konan Bédié

Ceux qui le disent ne savent pas de quoi ils parlent. J’ai toujours honoré mes engagements vis-à-vis du Président Henri Konan Bédié. La seule chose qui nous divise aujourd’hui, c’est notre appartenance ou pas au Rhdp. Et tout le monde sait très bien que c’est à l’initiative du Président Henri Konan Bédié que nous avons créé et adhéré au Rhdp.

 

Jusqu’où peut aller votre fidélité au Président Henri Konan Bédié ?

Je l’ai dit hier et je je répète aujourd’hui, si c’est blanc et que le Président Henri Konan Bédié dit que c’est rouge, je dis c’est rouge. Mais si c’est un mur que je vois et que le Président Henri Konan Bédié me demande de foncer tête baissée, je n’irai pas. Je tenterai de le convaincre de ne pas y aller lui-même. Et c’est ce que j’ai tenté vainement de faire. Le FPI auquel le PDCI-RDA s’est allié aujourd’hui dans le cadre de ces élections ne fait pas partie de l’héritage que le Président Félix Houphouët-Boigny nous a laissé. Mais de vous à moi, avec le FPI qu’est-ce qu’on peut construire de durable ? Le Président Félix Houphouët-Boigny lui-même leur a tendu la main pour gouverner le pays avec eux, ils ne l’ont jamais acceptée. Aujourd’hui, ce n’est pas avec ces gens remplis de vengeance et de haine, qui affichent une volonté de précipiter la Côte d’Ivoire dans une autre crise meurtrière que nous devons nouer une alliance. Cette alliance avec le FPI dont certains militants viennent d’être amnistiés, il y a un mois à peine, est une alliance qui n’a véritablement pas sons sens. Nous préférons demeurer avec nos alliés naturels qui partagent avec nous la philosophie houphouétiste, toute chose qui permet à la Côte d’Ivoire d’avancer.

 

Pour vos détracteurs au Pdci-Rda, vous êtes devenu un véritable problème ?

Moi Adjoumani, un problème ? Je dis non. Des gens veulent que je me joigne à tous ceux qui, aujourd’hui ont trouvé grâce auprès du président de notre parti et qui veulent le pousser à se jeter dans les bras du Fpi. Ils donnent dans des invectives et des actes de défiance pour enfoncer le clou de la mésentente entre le Président Alassane Ouattara et le Président Henri Konan Bédié. Et comme je prends le contrepied de ceux-là, c’est tout à fait normal que je sois accusé de tous les péchés d’Israël et qu’on me traite de tous les noms. Mais en vérité, je suis pour la paix et pour la stabilité de la Côte d’Ivoire en vue de son progrès. Et je suis convaincu que cela passe nécessairement par la voie que nos deux chefs ont tracée et qui n’est autre que le RHDP, parti unifié. Connaissant le Président Henri Konan Bédié qui est un homme de paix, légaliste et patriote, jamais il ne s’associera à des personnes mal intentionnées pour instaurer la chienlit et le désordre dans son pays. Ce que je conseille à M. Guikahué et à son équipe, c’est d’aller se battre sur le terrain, de façon démocratique pour faire gagner leurs candidats. En tout état de cause, si certains malgré tout refusent d’y aller, c’est leur droit légitime surtout qu’en la matière ce ne sera pas une première en Côte d’Ivoire dans la mesure où il y a déjà eu des élections boycottées par des partis politiques mais cela n’a pas empêché qu’elles se déroulent librement et pacifiquement.

Interview réalisée par A.K.