Côte d’Ivoire / Raymonde Goudou, ministre : « L’Etat de Côte d’Ivoire est aussi redevable vis-à-vis de nos concitoyens »
Nommée à la tête du ministère de la Modernisation de l’administration et de l’Innovation du service public, le 10 juillet 2018, l’ancienne ministre de la Santé et de l’Hygiène publique, Raymonde Goudou Coffie, lève un coin du voile sur ses ambitions pour faire bouger les lignes dans son département.
Vous sortez d’un atelier portant sur l’appropriation des missions du ministère de la Modernisation de l’administration et de l’Innovation du service public, qui a réuni les 24 et 25 septembre, plusieurs responsables des services et structures de votre département ministériel. Que doit-on retenir de ces deux jours de réflexions?
Nous avons organisé pendant ces deux journées un atelier en interne. C’est atelier d’appropriation des missions du ministère en charge de la Modernisation de l’administration et de l’Innovation du service public. Notre département ministériel est transversal. Et nos missions se retrouvent souvent dans les objectifs du gouvernement de dématérialiser notre administration. Et nous nous sommes rendu compte qu’il y avait beaucoup de chevauchement. Nos collaborateurs avaient du mal à percevoir et s’approprier véritablement ces missions. Donc après avoir faire ressortir les missions que nous a assignées le gouvernement, nous avons cherché à savoir si chaque direction se retrouvait fondamentalement dans ces missions. Notre mission principale demande à ce que nous regardions ce qui se passe dans les différentes administrations à plusieurs niveaux. Nous avons un outil extrêmement important qu’on appelle l’Osep (Ndlr : Observatoire du service public), qui a été lancé par le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly, en mars 2018. Et cet observatoire est constitué d’un call center qui recueille toutes les informations ou les plaintes des usagers. Le rôle de l’Osep c’est de faire en sorte qu’on apporte des éléments de réponses aux préoccupations des usagers. Et s’il se trouve que nous n’avons pas de réponses, on propose de revenir après vers l’usager pour lui apporter l’information. Et tout ceci va contribuer à améliorer les relations qui doivent exister entre l’usager et son administration. C’est ça le premier rôle de notre ministère à travers l’Osep.
Dans quel état d’esprit vos collaborateurs sortent de ce cadre d’échanges sur le rôle de votre ministère dans le gouvernement?
Le rôle du ministère en charge de la modernisation de l’administration, nous ramène aussi à la question de savoir ce que nous mettons dans le thème de la modernisation de l’administration. Et au cours de l’atelier, nous nous sommes rendu compte que nos collaborateurs pensaient qu’il fallait que nous ayons tous les outils qui accompagnent la dématérialisation des documents administratifs. Hors lorsqu’on regarde nos missions, nous n’avons aucun de ses outils. Nous n’avons pas la Sndi (Ndlr : Société nationale de développement informatique), nous n’avons pas l’Ansut (Ndlr : Agence nationale du service universel des télécommunications), qui sont deux structures qui se retrouvent sous la tutelle du ministère de l’Economie numérique. Alors la grande question qui se pose : c’est qu’on nous demande dans nos missions de contribuer à la dématérialisation des procédures administratives, mais on ne nous demande pas de faire la mise en œuvre. Donc nos collaborateurs étaient un peu inquiets sur la question de savoir comment faire pour moderniser cette administration. C’est donc le débat que nous avons eu. Et nous leur avons dit qu’on peut utiliser les outils à tous les niveaux, parce qu’il s’agit de l’Etat de Côte d’Ivoire. Donc ceux qui se trouvent sous la tutelle d’un département ministériel, même s’ils ne se retrouvent pas sous notre tutelle, peuvent être utilisés pour le bonheur de l’administration, en vue de réaliser nos missions. Cependant, nous avons relevé certains éléments qui nécessitent que nous puissions les porter à l’attention du gouvernement afin qu’ensemble nous puissions voir comment faire pour pouvoir mettre en œuvre ces différentes activités que nous avons relevées. En définitive, nous nous rendons compte que ce département ministériel est méconnu de la population ivoirienne, parce qu’il tire son essence de la Fonction publique. Et lorsque l’on regarde les missions de la Fonction publique, elle est chargée des ressources humaines. Mais nous avons pour missions de participer à la mise en œuvre de cette modernisation à travers des outils, que ce soient des outils numériques, mais également à travers le changement de comportement de nos agents dans les services. Parce que lorsqu’un usager n’est pas satisfait du service qui est rendu, il est important que nous ayons une plate-forme comme l’Osep, qui lui permet de revenir et dire qu’il y a un problème dans l’administration. Et notre rôle, c’est de faire en sorte de relever tout cela et de les corriger avec les ministères concernés.
De façon concrète, qu’est-ce qui va changer à partir des résolutions de cet atelier sur l’appropriation des missions de votre ministère ?
Moi je dirai plutôt : ‘‘Qu’est-ce qu’il va falloir faire pour améliorer les choses?’’, et non, ‘‘Qu’est-ce qui va changer ? ‘’. Parce que beaucoup a déjà été fait. Nous devons donc faire en sorte d’améliorer nos relations avec le public. Et cela ne peut se faire qu’à travers l’Osep. Nous devons nous-même aller aussi vers les usagers. Nous avons aussi un rôle d’approche et de modernisation au niveau de l’administration déconcentrée. Nous allons donc aller vers les structures déconcentrées et décentralisées. Cela dit, nous allons faire l’état des lieux de la situation de ces structures. Ensuite, nous allons faire un rapport au gouvernement et proposer des pistes pour pouvoir améliorer les services de ces structures décentralisées.
Il a été aussi question de projets de loi pendant les travaux de cet atelier. Qu’en est-il ?
Nous avons identifiez des projets de loi pour évaluer le rapport de l’Etat vis-à-vis des citoyens. Je pense que c’est important parce que le citoyen doit rendre compte de son attitude devant l’amener à changer de comportement. Mais l’Etat de Côte d’Ivoire est aussi redevable vis-à-vis de nos concitoyens. C’est-à-dire que lorsque vous venez dans une structure et que vous dites aux usagers de revenir demain par exemple pour obtenir un extrait de naissance, ce serait dommage que la personne passe des mois pour entrer en possession de son document. Donc il est nécessaire que nous identifiions le rôle que doit jouer l’Etat pour que le citoyen soit à l’aise lorsqu’il va chercher un document administratif et qu’on ne le fasse pas revenir des mois après des mois. Il faut qu’il y ait un moyen de coercition pour que l’usager sache que si le ministère ou la structure concerné a dépassé le délai imparti pour délivrer le document, il y a un recours prévu par la loi qu’il peut exercer pour se plaindre. Donc ce sont entre autres ce genre d’exercices que nous allons devoir faire pour moderniser et améliorer notre administration.
Propos recueillis par Abou Adams (Le Jour Plus)





