Côte d’Ivoire / relation avec Guillaume Soro, nouvelles constitution, casses de Bouaké : Konaté Sidiki assène ses vérités
On le connait connait n’ayant pas sa langue dans sa poche. Dans cet entretien, l’ancien ministre et cadre de l’ex-rébellion ivoirienne se prononce sur bien de sujets brûlants.
D’aucuns avancent que vos relations avec Guillaume Soro, se seraient distendues. Ils prennent pour arguments par exemple votre silence lors de l’épisode de l’ennui judiciaire avec la juge française, Sabine Kheris ou encore l’affaire des écoutes téléphoniques. Quel est l’état de vos rapports avec le chef du Parlement ivoirien ?
Merci de me donner l’opportunité de rassurer les uns et les autres. Evidemment comme dans toutes relations humaines, il y a des hauts et des bas. A un moment donné, entre mon ami, mon frère, mon camarade et moi, il y a eu une baisse de régime mais attention, ce n’était pas une crise. Ça été vite mis entre parenthèses et nous avons continué de travailler. Il est important de vous rappeler que Guillaume Soro et moi sommes amis depuis plus d’une vingtaine d’années, nous sommes des camarades de lutte, nous appartenons à la 3ème génération politique en Côte d’Ivoire. Je peux vous dire que nous avons une expérience riche de cette amitié et de cette camaraderie. Guillaume Soro est aussi celui qui nous a donné l’alerte, le signal pour venir le rejoindre et travailler avec lui dès les débuts de la rébellion. Nous avons occupé le poste de porte-parole voulu par lui. Nous avons cette autre expérience en commun, 10 ans de gestion du mouvement politico-militaire des Forces nouvelles. J’ai été son directeur de cabinet et le deuxième porte-parole des Forces nouvelles après lui-même. J’ai été ministre des Forces nouvelles proposé par Monsieur Guillaume Soro. Si vous comptabilisez tout ça, c’est une somme d’expériences de 20 ans d’amitié et de combats. Vous voyez donc que ça pèse dans la balance. Je suis député à l’Assemblée nationale dont il est le président et je suis aussi son conseiller spécial et j’assume ce rôle. Ce sont des malentendus que nous avons vite jugulé et je réaffirme que ce qui nous lie est plus profond que ce qui peut nous diviser.
Revenons à la question des ennuis judiciaires…
C’est une question de posture. La question de la justice a été posée à l’Etat de Côte d’Ivoire dont l’un de ses vaillants serviteurs qui est le président de l’Assemblée nationale, la deuxième personnalité de l’Etat de Côte d’Ivoire, venait d’être l’objet de cette embrouille judiciaire. Il n’y avait vraiment pas de rasions de s’inquiéter de notre silence car nous savions que des voix plus autorisées que la nôtre avaient déjà donné leur position sur cette question. Il faut être serein et ne pas baisser les bras et surtout, il faut rester concentré sur le cap qu’on s’est donné soi-même.
On parle de « mains obscures » derrière les manifestations et casses de Bouaké consécutives à l’émission de double-factures par la Compagnie ivoirienne d’électricité. Un emballement médiatique a laissé planer le doute sur votre ami et frère Guillaume Soro…
Jusque là, je n’ai pas vu une enquête, une autorité venir à la télévision dire que c’est Guillaume Soro. Apprenons à ne pas juger les propos qui ne sont pas clairs. Pour moi, le jour on va produire une enquête disant que «les événements de Bouaké, c’est Monsieur Guillaume Soro qui est derrière », à partir de ce moment, les choses seront plus claires. Ce qui s’est passé à Bouaké s’est passé à Korhogo. Les populations ont manifesté et il y a eu des actes de pillages que nous avons tous dénoncé. Dans toutes manifestations, il y a des débordements. L’Etat continue de travailler pour répondre aux préoccupations des populations, surtout sur cette question sensible. C’est le plus important et il faut avancer.
En tant que secrétaire général adjoint du RDR, quel est votre regard sur la question de la réforme constitutionnelle qui cristallise autant l’attention de la classe politique ivoirienne ?
La Constitution n’est pas quelque chose de caché. Ce sont des lois et règlements qui vont venir régir notre vie. Le plus important à noter, c’est que pour qu’on touche à notre Constitution, il faut aller devant le peuple. Le président de la République a aussi mis en place un Comité d’experts qui rencontre depuis quels mois tous les acteurs. Les partis politiques, les institutions ont été visités. Si vous regardez bien la procédure, il y a un faux débat. On part du principe que le président de l’Assemblée nationale étant un dauphin constitutionnel, que cette réforme touchant à certains postes pourrait bousculer son positionnement. C’est ce qu’on appelle des préjugés. On part du principe que le PAN serait visé. On le soupçonne de vouloir tout mettre en œuvre pour ne pas que ce projet naisse. Ce que je peux vous dire, c’est que Guillaume Soro est un acteur majeur de la crise ivoirienne. Quand nous nous sommes retrouvés à Marcoussis, tous les acteurs, tous les partis politiques signataires ont admis qu’il y a certains articles dans notre Constitution qu’il fallait changer. Voici déjà un élément qui justifie que le chef du Parlement est d’accord avec cette Constitution. Je peux vous rassurer qu’il n’est nullement ébranlé par la mise en place d’une nouvelle Constitution. Au contraire même, il en sera l’un des soutiens majeurs. Aucun élément de cette nouvelle Constitution ne l’ébranle. On veut lui prêter des intentions mais je n’aime pas les faux procès d’intention. Guillaume Soro a défendu le vote du code référendaire. Pourquoi on ne prend pas ça comme un acte positif ?
A.K.





