1144_assemblee.jpg

Les députés Ivoiriens ont rejeté, ce lundi le projet de loi portant statut de l’Opposition politique présenté par le ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, Hamed Bakayoko. Son réexamen a donc été reporté à une date ultérieure, à la demande des cinq groupes parlementaires. Pour le président du Groupe parlementaire Rassemblement des Républicains (RDR), la décision du report de l’examen du projet de loi a été prise, « afin de donner au Parlement le temps d’une profonde analyse » du projet. Cette justification simpliste des choses ne devrait pas cependant suffire à apaiser les esprits éclectiques.

A la vérité, les députés se sont opposés au projet, en émettant assez de réserves mais surtout de dangers contenus dans les termes utilisés pour définir le statut de chef de l’opposition. Selon une source concernée par les travaux, ce projet de loi est « un couteau à double tranchant ».

Le commissaire du gouvernement le ministre, Hamed Bakayoko a eu donc raison de prendre « pris acte » de la décision des Groupes parlementaires. « Nous nous tenons à la disposition des parlementaires pour la suite », a-t-il promis, avant de prendre congé des représentants de la nation.

En effet, au sens du projet de loi soumis aux députés par le Gouvernement, on entend par Opposition politique, les partis ou groupements politiques, disposant de sièges, représentés ou non à l’Assemblée nationale, distincts du parti ou groupement politique de la coalition qui soutient l’action gouvernementale.

Et l’une des dispositions les plus importantes, reste la création d’un statut du chef de l’opposition politique. En conséquence, est désigné chef de l’opposition politique, le candidat ou le chef du parti ou groupement politique arrivé deuxième à la dernière élection présidentielle. Il a rang de président d’Institution. Et à ce titre, il bénéficie des privilèges et avantages attachés à ce rang. Et c’est ce statut de chef de l’opposition qui pose véritablement problème aux députés ivoiriens.

Plusieurs raisons sont donc avancées par les parlementaires pour justifier leur décision de rejet.

Premièrement : A supposer que le candidat parvenu en deuxième position lors de la dernière élection présidentielle soit un candidat indépendant donc issus d’aucun parti politique de l’opposition. Comment peut-il être désigné chef de l’opposition ? Lors de la dernière élection présidentielle, Kouadio Konan Bertin, transfuge du PDCI-RDA était parvenu en troisième position et a même battu le candidat du FPI dans certaines circonscriptions. Si donc KKB était arrivé deuxième (il a failli l’être) pouvait-il être raisonnablement désigné chef de l’opposition alors qu’il se réclame encore et toujours du vieux parti.

Deuxièmement : En désignant le deuxième à l’élection présidentielle comme chef de l’opposition, avec rang de chef d’institution et tous les privilèges qui y sont rattachés sans qu’il ne soit élu, n’a-t-on pas dénié par cela seul, au peuple, sa qualité de vrai détenteur du pouvoir démocratique ?

Troisièmement  et c’est là le danger qui guette le pouvoir. Si par exemple, le PDCI actuellement en alliance avec le RDR, parti au pouvoir, voyant tous les avantages liés au statut de chef d’opposition, décide pour certaines raisons de s’allier avec le FPI. La nouvelle coalition PDCI-FPI deviendra une force redoutable d’où pourrait sortir le chef de l’opposition. Le RDR aura donc creusé sa propre tombe. Voilà là le couteau à double tranchant qui guette menace le parti au pouvoir.

Quatrièmement et cela est subjectif. Les députés qui votent ce statut de chef de l’opposition ne seraient pas très enthousiasmés dans un tel projet. En effet, cela fait plusieurs décennies que les parlementaires courent derrière leur propre statut sans pouvoir l’obtenir. Dans ce contexte, se sentiraient-ils très à l’aise à voter le statut des autres corporations. En tout cas et c’est un sentiment humain, c’est avec une certaine aigreur que les parlementaires ivoiriens sont invités à voter des statuts de tel ou tel corps de métier.

Au total, le ministre Hamed Bakayoko a été renvoyé à ses copies aux fins de rajouts d’éléments à même de convaincre les parlementaires. « On n’est pas contre une personnalité. La loi est votée pour l’avenir du peuple ivoirien et elle est générale et impersonnelle. Nous ne voulons pas compromettre notre avenir », a expliqué un député présent au parlement.

La durée du mandat du Chef de l’opposition politique correspond à la durée du mandat du Président de la République élu à l’issue de la dernière élection présidentielle à laquelle le Chef de l’opposition politique a pris part en tant que candidat ou chef d’un parti ou groupement politique.

A.K.