Côte d’Ivoire / vainqueur des législatives à Daoukro / Olivier Akoto : « Ma victoire doit interpeler les dirigeants des partis politiques »
Dans la circonscription de Daoukro, N’gattakro commune et sous préfecture où il était candidat indépendant aux dernières législatives du 18 décembre, Olivier Akoto a créé la surprise en battant le candidat du RHDP, vice-président du PDCI-RDA, l’inspecteur général d‘Etat, Niamien N’goran. Le nouvel élu donne dans cet entretien, les clés de sa victoire.
Comment vous avez fait pour battre le candidat du RHDP ?
Ma candidature dans la circonscription de Daoukro, N’gattakro commune et sous préfecture était fondée sur l’aspiration profonde des populations qu’il fallait mettre en exergue. C’est un travail de longue haleine qui a été battu pendant plus d’une décennie. Depuis 2002 où j’étais président de la jeunesse pour le développement de Daoukro, nous avons pris le temps d’associer tous les jeunes de tous les villages à notre vision pour Daoukro. C’est donc un groupe de jeunes qui a travaillé ensemble pendant 14 ans, qui s’est préoccupé du quotidien des populations. Durant ces 14 ans, ils étaient au devant de tous les combats politique et socio-culturel de Daoukro. En 2010, nous nous sommes investis totalement de la campagne présidentielle. Au sortir de cela, nous étions candidats en 2011 à la députation lorsque, pour des questions internes, nous avons été contraints à nous retirer pour attendre la prochaine fois. Donc pour nous, 2016 était le rendez-vous de cette dynamique de la jeunesse qui devrait être au devant de la scène lorsque nous avons été surpris par la candidature de notre adversaire, le ministre, l’inspecteur général d‘Etat, Niamien N’goran qui est pour moi un parrain, un père à moi. Cette candidature, pour nous, ne pouvait pas bloquer notre élan parce que notre machine était lancée.
Quand vous dites que vous avez été surpris par sa candidature, cela veut dire quoi ? Etiez-vous le seul candidat au départ ?
Non, parce que la députée sortante voulait rempiler. Donc c’était elle mon adversaire. Nous étions en train d’attendre la liste du PDCI-RDA lorsque le lundi 14 novembre dernier, on était en train de voir la formule, le ministre Niamien N’goran sort pour dire que c’est lui le candidat et que la députée sortante était sa suppléante. Bien que surpris par cette candidature, cela n’a pas freiné notre ardeur.
Est-ce qu’aujourd’hui, vous sentez-vous à l’aise d’avoir battu « votre parrain » ?
Nous sommes sur un terrain politique. Il n’y a pas de place pour le sentimentalisme. Qu’est-ce que vous pouvez faire pour votre population ? Est-ce que vous avez un projet pour votre population ? Est-ce que vous êtes en phase avec la population, avec toutes ces personnes qui attendent beaucoup de choses de vous ? Le champ politique, c’est le champ des arguments, le choix du terrain.
En dehors de tout ce que vous avancez comme atout, on se dit qu’il y a un petit truc qui a fait la différence…
J’ai été à leur école, à l’école des maîtres que je respecte et que je salue au passage. Je vous profiter pour remercier le président Henri Konan Bédié qui est un grand démocrate. Nous avons estimé que ma candidature devait être un symbole de démocratie à Daoukro. En plus, depuis 14 ans, nous étions sur le terrain, nous avons travaillé. Il était donc question de mettre en pratique ce que nous avons préparé depuis 14 ans. On n’était pas surpris.
Pendant la campagne, le président Henri Konan Bédié ne vous a pas soutenu alors que vous êtes aussi son « bon petit ». Vous sentiez-vous quelque peu trahi par son choix ?
Il n’y a pas de trahison. C’est la même famille. Je dis toujours que le président Henri Konan Bédié est mon père et mon repère. Il est la source de motivation de ma politique. Le RHDP a désigné le ministre Niamien N’goran comme son candidat à Daoukro. J’avais le choix entre trahir la population, la chefferie, les jeunes avec lesquels nous avons mené le combat et aller jusqu’au bout de mon combat. Je pense que le président Henri Konan Bédié qui est un grand homme politique, un grand démocrate, a compris mon engagement et mon combat. Les 4, 5 et 6 octobre 2013, il a accepté d’aller aux élections avec Kouadio Konan Bertin dit KKB, président de la JPDCI sortant, le secrétaire général du PDCI sortant, le professeur Alphonse Djédjé Mady. Il pouvait s’imposer comme président du PDCI mais il a accepté d’aller à la compétition. Il a battu proprement KKB et Djédjé Mady et le ciel n’est pas tombé. On devrait mettre cette leçon de démocratie en pratique à Daoukro. C’est ce que j’ai fait. En plus, la symbolique de notre élection a pour motivation profonde aussi, la place de la jeunesse du PDCI-RDA dans notre combat politique. Il ne faudrait pas toujours donner l’impression que le PDCI-RDA est un parti de vieux. Il fallait démontrer que les jeunes ont leur place au sein du PDCI-RDA. A travers notre élection, c’est à cette jeunesse du PDCI-RDA que je donne espoir. Je leur dis qu’il faut être persévérant, courageux et vivre ses convictions.
Vous avez subi des pressions, vous avez été même menacé et en pleine campagne, vous perdez un de vos proches collaborateurs. En ce moment précis, qu’est-ce qui vous passe par la tête. Arrêter ou continuer ?
Cela a été un moment dur pour moi, très difficile. J’aimerais tout ‘abord rendre un vibrant hommage à un cadre émérite, Dr N’guessan Arsène, sociologue, enseignant-chercheur à l’Université de Bouaké avec qui j’ai partagé mon combat, mes convictions. Il m’a lâché en pleine campagne, cette victoire lui est dédiée. J’avais le choix entre abandonner et trahir la mémoire du docteur Arsène et continuer pour arracher cette victoire. Là où il est aujourd’hui, qu’il sache que les 14 ans de combat n’ont pas été vains. En réalité, on ne trahissait pas. On voulait mener le combat pour consolider la position d’Henri Konan Bédié à Daoukro. On a subi toute sorte de pression, des menaces, des chantages, tout ce que vous pouvez imaginer. Mais on était inébranlable par rapport à nos convictions, on avait foi en ce que nous faisions. On n’était pas des parachutés, on voulait révolutionner Daoukro à travers la politique. De sorte qu’ayant pour repère le président Henri Konan Bédié, on ne peut plus être à Daoukro et douter du PDCI-RDA. On a pris notre bâton de pèlerin pour parcourir les villages et hameaux pour dire aux populations, « il y a encore de l’espoir. Le président Bédié est là, nous allons être l’interface entre vous et lui, donc cessez de pleurer ». On a vécu des moments difficiles.
Vous avez été même suspendu par le PDCI, votre parti…
On a été suspendu du bureau politique, du secrétariat général du PDCI mais ce sont les règles du parti. On ne peut pas être indépendant et être habillé en tenue du parti. Je pense que cela va être rétabli incessamment. C’est notre conviction et notre détermination qui nous ont amenés à cette victoire. Le combat que je mène, le travail que j’ai abattu, je l’ai fait pour le président Henri Konan Bédié. Je dédie ma victoire au président Henri Konan Bédié et au PDCI-RDA.
Pensez-vous qu’il y a eu des manœuvres pour que le choix de la base concernant les candidats, n’ait pas été respecté ?
Je ne suis pas le seul indépendant. Il faut tirer les leçons. Est-ce que les choix des candidats ont été judicieux ? Est-ce qu’on a fait de bons choix ? Est-ce qu’on a tenu compte de la volonté de la base. Au PDCI-RDA, le mode désignation des candidats, ce sont les primaires. Il n’y a pas eu de primaires. En y allant sans les primaires, il fallait s’attendre à ces difficultés. Pour nous qui aspirons à prendre le pouvoir en 2020 au PDCI-RDA, il est important qu’on tire les leçons e tout ce qui vient de se passer, pour ne pas retomber dans les mêmes erreurs. J’estime que s’il y a eu beaucoup d‘indépendants qui ont gagné, cela doit interpeler les dirigeants des partis politiques.
Olivier Akoto sera-t-il candidat aux prochaines municipales et même aux conseils régionaux ?
En tant opportun, on appréciera.
Interview réalisée par A.K. et e-politik





