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Le président du Front populaire ivoirien(FPI) et de l’Alliance des forces démocratiques (AFD), Pascal Affi N’Guessan, s’est entretenu avec la chaine internationale France 24, mardi dernier à sa résidence, à Cocody, sur le projet de nouvelle constitution.

 

Pourquoi vous vous opposez à ce nouveau texte ?

D’abord pour des questions de forme. Une constitution est un contrat entre les citoyens d’une nation, elle doit impliquer dans son élaboration l’ensemble des composantes de cette nation. Malheureusement ici, le processus a été pris en otage par le chef de l’Etat, qui l’a mené de façon unilatérale, dirigiste, de sorte qu’en définitif, sur le contenu, ce n’est pas une constitution pour la Côte d’Ivoire, mais un testament politique dans lequel le chef de l’Etat a indiqué comment il envisage de conserver le pouvoir à son profit personnel et au profit de son clan.

 

Vous dites conserver son pouvoir à son profit personnel, certains parlent d’une vision monarchique du pouvoir…

C’est une vision monarchique, c’est une tentative de prise en otage de l’Etat de Côte d’Ivoire, c’est un processus qui vise à instaurer un empire. L’empire Alassane Ouattara avec un absolutisme du pouvoir présidentiel, l’écrasement du pouvoir législatif, la monopolisation de l’ensemble des rouages essentiels de l’Etat. Véritablement, c’est une constitution qui nous fait reculer de plusieurs années, en matière de promotion de la démocratie, de l’Etat de droit et de la bonne gouvernance.

Mais il a inscrit aussi la question des droits des femmes, par exemple des droits des enfants. Est-ce qu’il n’y a pas aussi des avancés quand il dit : « Je veux éliminer ce qui est confligène dans notre Constitution avec l’article 35 ». Est-ce que finalement on ne peut pas le croire ?

C’est bien de faire de grandes proclamations, mais il faut que les Institutions qui sont mises en place permettent à ces droits d’être vécus effectivement. Or, s’il y a une dictature qui s’installe, quelque soit les proclamations que l’on peut faire en matière de droit et de liberté des citoyens, ces droits ne seront pas effectifs. Ce serait de la simple propagande. C’est cela la démagogie constitutionnelle qui consiste à dire des choses, alors que dans la réalité, lorsqu’on regarde l’agencement des Institutions, on se rend compte que ces droits ne peuvent être vécus effectivement.

Concrètement sur les principales réformes : l’article 35, la vice-présidence, le Senat, ces points vous gênent ou c’est plutôt la démarche ?

Les points sur la Vice-présidence. A savoir, l’instauration d’un exécutif tricéphale n’obéit à aucune logique et apparaît compliqué, couteux, et je dirai incongru que l’on ait un président, un vice-président, un premier-ministre chef du gouvernement ; il y a même des contradictions lorsqu’on dit que le président de la République est détenteur exclusif du pouvoir exécutif, alors qu’à côté, à ce même pouvoir exécutif, participe le vice-président et le premier ministre chef du gouvernement. Il y a des contradictions graves. Et pourquoi un système aussi compliqué ? Ensuite lorsqu’on instaure le bicaméralisme, quel est l’objectif visé ? C’est d’écraser le parlement. On sait que dans tous les systèmes à deux chambres, forcement la chambre basse perd de son autorité dans l’appareil institutionnel surtout que la deuxième chambre, c’est-à-dire le Senat a 1/3 de ses membres nommés par le Chef de l’Etat. Ce qui signifie qu’en définitive le pouvoir exécutif devient tentaculaire, hypertrophié et le contre-pouvoir que représente le parlement n’existe plus, il est écrasé, il est vidé de sa substance. Donc, nous assistons à un recul grave, en matière de promotion de la démocratie, en matière d’équilibre des pouvoirs, en matière de contrôle de l’action du gouvernement par le parlement.

Ce texte a été adopté par le parlement, puisqu’il n’y a pas d’opposition quasiment à l’Assemblée nationale, quelle est la prochaine étape pour vous dans l’opposition ?

Nous, nous continuons à nous battre. Et la prochaine étape, ce sont les élections législatives. Il faut que le peuple de Côte d’Ivoire nous fasse confiance, nous porte massivement à l’Assemblée nationale pour que nous ayons les moyens d’abolir cette constitution et d’engager le peuple dans un processus inclusif qui va permettre aux Ivoiriens de se pencher sur leur histoire, d’identifier, de faire un diagnostic de leur vie commune et d’élaborer une constitution consensuelle qui soit porteuse de progrès, de démocratie et de prospérité pour le pays.

Si je vous suis, ça veut dire que si vous êtes élus à l’Assemblée nationale, vous et des camarades, allez tout faire pour revenir sur cette nouvelle constitution ?

Evidemment, la Côte d’Ivoire ne peut pas accepter cette constitution, elle est rétrograde, bonapartiste et dictatoriale. Ce n’est pas avec cela que le pays peut affronter les défis importants de lutte contre la pauvreté, de chômage des jeunes, de cherté de la vie, de bonne gouvernance etc. Donc il faut nécessairement que cette Constitution soit abolie, et nous nous engageons si le peuple de Côte d’Ivoire nous en donne les moyens. C’est ce que nous allons solliciter à l’occasion des élections législatives, tout mettre en œuvre pour que cette Constitution soit abolie.

Il va y avoir une courte campagne pour ce referendum, allez-vous appeler à voter non ou à la boycotter ?

Je vous invite le vendredi à la conférence de presse que nous allons donner, vous connaîtrez notre position vis-à-vis du référendum.

Propos recueillis par A.K.