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Décédé, le 2 mai dernier, le chef du village d’Assihué, nanan Yao Dally, a été porté en terre, le samedi 9 juin 2018, laissant les populations de tout un village, orphelines.

 

Samedi 9 juin 2018, sous un soleil éblouissant, le paisible village d’Assihué et ses trois quartiers grouillent d’une ambiance particulière. Il y a foule, foule, foule. La circulation pour une des rares fois est difficile avec une présence massive d’engins roulants. Ne vous-y trompez pas. L’heure est loin d’être celle d’une fête ou d’une quelconque célébration d’un événement de réjouissance à l’image de la fête de Pâques. Qui réunit d’ordinaire un tel monde dans ce paisible village de la Sous-préfecture de Tié-N’diékro, au centre de la Côte d’Ivoire. Sous ce soleil de plomb, l’atmosphère est morose, lourde. L’expression des visages est grave. L’émotion qui étreint les populations laisse couler des cordes de larmes. Au lieu où se déroulent les funérailles du chef de village.  L’heure est grave, très grave même, ce samedi 9 juin à Assihué. Date choisie pour l’ultime séparation de la population d’avec celui qui l’a guidée durant deux années, nanan Yao Dally. Un  beau monde s’est donné rendez-vous à la résidence du défunt chef.  Pour conduire Nanan Yao Dally à sa dernière demeure. Sous les regards attristés de Nanan Bangui, chef de canton N’gban, des chefs des trois quartiers : Landonou, Tanokro et Salèkro, des autorités administratives, les élus et cadres de la région et du village d’Assihué et l’ensemble des populations sont sur pied. Seul Nanan Yao Dally reste couché dans un cercueil. Une situation que le président du comité d’organisation des obsèques vit comme une trahison. « Les cadres d’Assihué sont réunis, te voilà plonger dans un long silence. Le coup est dur. Que fais-tu dans ce cercueil, Nanan. Quelle trahison ! Assihué te pleure », lâche André Khouadiani, en sanglots. L’assistance se contient difficilement. « Les oiseaux de mauvais augure ont chanté. Assihué est inondé de pleureuses. L’émotion est grande ». La rumeur qui avait envahi la ville de Yamoussoukro, ce mercredi 2 mai 2018, est devenue une réalité, hélas implacable. Nanan Yao Dally n’est plus, il s’en est allé, laissant parents, amis, collègues, coreligionnaires et surtout ses administrés, orphelins. « Nous, on aimait notre tonton Yao Roland, premier vice-président du Conseil paroissial, amis des jeunes, amis des femmes, homme affable toujours souriant, fuyant les conflits, toujours au service de son église », témoigne le père Jean-Claude Atsin, de l’Eglise Saint Pierre de Raviart. Pour qui, la nouvelle de la disparition de Nanan Yao Dally laisse sa communauté ainsi que les populations d’Assihué, inconsolables. L’homme de Dieu va indiquer dans sa messe en la mémoire du disparu : « Dieu n’a pas fait la mort, il ne se réjouit pas de voir mourir les êtres vivants », comme l’affirment les écritures dans le livre de la sagesse. « Le projet de Dieu, c’est bien que l’homme vive. L’homme n’est pas créé achevé. L’homme est créé en vue de l’achèvement comme cela est dit dans l’évangile selon Saint Jean, en vue de passer de ce monde au père. Ce passage du monde au père, c’est entrer dans la gloire de Dieu. Il se trouve impossible de passer au père sans la mort. Voilà que par le péché et la ruse du diable, la mort est entrée dans le monde. Jésus est venu pour nous arracher à cette mort humaine. Cette victoire personnelle de Jésus sur la mort, lui qui est ressuscité, nous ouvre cette voie nouvelle ». C’est pourquoi, estime-t-il, « la mort de tonton Yao Roland ne constitue plus pour nous une fin mais une nouvelle aventure. Il a gardé la foi, il a préféré mourir en Dieu plutôt que de se lancer sur des chemins aux issues incertaines, quel exemple de foi », témoigne le père Jean-Claude Atsin. C’est après son homélie, qu’est venue l’heure de l’ultime séparation. Dans la douleur et les pleurs, les populations d’Assihué, les amis et collègues venus d’ailleurs, ont accompagné Nanan Yao Dally, né Yao Roland, au cimetière du village, pour le repos éternel. Intronisé en avril 2016, son règne n’aura duré que deux ans. Repose en paix, chef !

 

Alexis Tanoh