Les divergences récurrentes entre le district autonome d’Abidjan et les maires des différentes communes soulèvent des interrogations sur la gouvernance locale, la répartition des compétences et la collaboration entre les élus locaux et l’autorité du district.

Cette situation mérite une attention particulière, au regard des responsabilités respectives de ces acteurs dans la gestion des affaires publiques et l’amélioration des conditions de vie des populations.

En effet, les maires sont élus par les populations à l’occasion des élections municipales, sur la base d’un programme de société qu’ils s’engagent à mettre en œuvre durant leur mandat. Ils sont ainsi comptables de leur gestion devant les citoyens qui leur ont accordé leur confiance. Dès lors, toute situation susceptible de limiter leur capacité d’action ou de fragiliser l’exercice de leurs attributions mérite d’être examinée avec attention.

Autrefois, la gestion de la ville d’Abidjan reposait sur un système dans lequel le maire central travaillait en collaboration avec les différents maires des communes. La création du district autonome d’Abidjan, qui a modifié le cadre institutionnel de gouvernance de la capitale économique ivoirienne, visait notamment à renforcer la coordination des actions de développement à l’échelle du territoire concerné.

Sous la présidence de Laurent Gbagbo, Pierre Djédji Amondji a dirigé le district autonome d’Abidjan. Cette période constitue un point de référence intéressant pour examiner l’évolution des relations entre l’autorité du district et les maires des communes. Par la suite, sous la présidence d’Alassane Ouatara, Robert Beugré Mambé a également dirigé le district autonome d’Abidjan avant d’accéder à d’autres responsabilités gouvernementales.

La situation actuelle semble toutefois mettre en lumière des difficultés de collaboration entre le ministre-gouverneur et certains maires. 

Dès lors, une question essentielle se pose, quelles sont les causes profondes des divergences observées aujourd’hui entre le district autonome d’Abidjan et les maires des communes ?

S’agit-il de difficultés liées à l’application des textes réglementaires, d’un problème de leadership institutionnel, d’une interprétation divergente des compétences respectives ou encore d’un déficit de communication entre les différents responsables ? Il importe de clarifier ces questions afin d’éviter que les désaccords institutionnels ne se transforment en crises durables susceptibles de perturber le fonctionnement des collectivités territoriales.

Dans une administration moderne, la répartition des compétences entre les institutions doit être clairement définie et comprise par tous. 

Le respect des textes doit constituer le fondement de toute collaboration, sans que l’exercice des prérogatives d’une Institution ne soit perçu comme une remise en cause de la légitimité ou des responsabilités d’une autre.

Dans cette perspective, pourquoi ne pas mettre en place un cadre permanent de concertation réunissant le ministre-gouverneur et les maires du District autonome d’Abidjan ? Une telle initiative permettrait de prévenir les incompréhensions, de résoudre les divergences en interne et de favoriser une gestion concertée des projets de développement au bénéfice des populations.

Le ministère de l’Intérieur et de la Sécurité, en sa qualité de département chargé notamment de l’administration territoriale et de la tutelle des collectivités territoriales, a également un rôle important à jouer dans la clarification des responsabilités institutionnelles et la prévention des conflits de compétences. Une démarche de médiation et de dialogue pourrait contribuer à restaurer un climat de confiance entre les différents acteurs.

Par ailleurs, la question du fonctionnement du district autonome d’Abidjan mérite d’être posée sans passion, mais avec le souci constant de préserver l’efficacité de l’action publique.

Les maires doivent-ils exercer leurs responsabilités dans un climat d’incertitude, au risque de voir leurs initiatives entravées par des désaccords institutionnels ? Ou faut-il renforcer les mécanismes de coordination afin que chaque autorité puisse agir dans le respect de ses prérogatives légales ?

L’enjeu est de taille. Les populations attendent des résultats concrets en matière d’assainissement, de voirie, de salubrité, d’aménagement urbain et d’amélioration du cadre de vie. Les querelles institutionnelles ne doivent donc pas prendre le pas sur ces priorités essentielles.

Il devient ainsi urgent de renforcer la communication institutionnelle, le dialogue et la coopération entre le district autonome d’Abidjan et les maires des communes. La recherche de solutions concertées doit primer sur les rapports de force, afin de garantir une gouvernance locale efficace, respectueuse des textes et attentive aux attentes des citoyens.

Car, au-delà des divergences entre responsables publics, c’est la qualité du service rendu aux populations qui doit demeurer la véritable boussole de l’action publique.

Adou Évariste 

Analyste politique