District d’Abidjan : Le mythique quartier ‘’Boribana’’ sera rasé à partir de ce lundi 8 janvier 2024
Sauf changement de dernière minute, le quartier de Boribana dans la commune d’Attécoubé va disparaître à partir de demain.
Les nouvelles autorités du district autonome d’Abidjan, ont annoncé, le samedi 6 janvier 2024, aux habitants du quartier de Boribana, dans la commune d'Attécoubé, estimés à un peu plus de 28.000 habitants qui occupent illégalement le domaine public, selon les nouveaux hommes forts, qu’ils seraient déguerpis, ce jour, lundi 8 janvier 2024 et chassés de ce vaste terrain qui se trouve aux abords du 4e pont d'Abidjan qui portera certainement le nom de l'ancien Premier ministre Amadou Gon Coulibaly. Dans le sous-quartier de Boribana, les petites maisons sont désormais coincées entre la lagune Ebrié et l’imposant 4e pont qui doit ouvrir à la circulation dans les prochains jours. Parmi les 28 000 habitants, beaucoup y sont nés, y ont grandi et y ont passé leur scolarité. L’annonce faite par les services du ministre-gouverneur Cissé Bacongo de détruire le quartier dans les prochaines heures à compter de ce jour crée un vif émoi. Selon le confrère de Radio France internationale, dans sa production du week-end, les 28 000 habitants de Boribana ont réuni la presse pour annoncer qu’ils refusaient la destruction, sans compensation, d’un quartier précaire qui existe depuis plus de 60 ans. Ils soupçonnent les autorités de vouloir « nettoyer » la ville avant le lancement de la Can 2023 prévue pour démarrer ce samedi à Ebimpé.
« Personne ne décide de naître pauvre »
« Humainement parlant, ce n’est pas possible. Même un animal, quand on veut le déplacer, entretenir son enclos, il faut trouver un point de chute d'abord. Nous sommes des humains, nous avons des droits, nous sommes des Ivoiriens, nous sommes nés ici, personne ne décide de naître pauvre. On n'a pas d'endroit où aller, on va où ? C’est la question qui est là. Nous allons rester ici. S’ils veulent nous enterrer ici, ils nous enterreront ici. Ce qui est sûr, c’est que nous allons rester ici », s’indigne Ignécin Adama, père de famille de 51 ans, toujours selon le confrère. « Nous avons essayé d'expliquer cela à la police. Nous avons essayé de rentrer en contact avec les autorités du district d'Abidjan. Personne ne nous a écoutés et on n'a pu joindre personne », alerte de son côté Keïta Moriba, représentant du quartier.
« C’est la CAN ! »
Six hectares sur les vingt-et-un qui forment le quartier Boribana ont déjà été détruits en raison du chantier du 4e pont. Les habitants avaient certes conscience que le quartier allait devoir encore changer de visage dans le cadre du Projet de valorisation des quartiers précaires, lancé par le gouvernement, mais, selon eux, l’expertise des bâtiments et le recensement de la population étaient toujours en cours pour permettre une juste indemnisation des 507 propriétaires de cours. Ils accusent les autorités de vouloir détruire les quartiers précaires, avant la Coupe d’Afrique des nations de football (Can). « C’est à cause de la Can. La Can, elle est faite pour les populations, pour les Ivoiriens. On organise la Can pour égayer les populations et non pour endeuiller les populations, attrister les populations. Nous demandons au gouvernement de revoir la position ». Les habitants répètent qu’ils ne sont pas contre le développement du pays mais réclament des solutions de relogement. Ils affirment qu’ils ne quitteront pas le quartier, quitte à dormir sur le boulevard de la paix ou sur le 4e pont.
Les populations dédommagées depuis belle lurette
Selon des sources proches des autorités dirigeantes, plusieurs familles du quartier Boribana ont été dédommagées. « Les gens ont reçu leur argent pour quitter ce quartier. Certains sont partis et ont vendu l’endroit à de nouveaux propriétaires. Certains ont pris et ont refusé de partir (…). Le dédommagement n’est pas une opération à perpétuité. Beaucoup veulent jouer au jeu du chat et de la souris avec l’Etat », a confié une source proche du dossier. La date butoir pour déguerpir est ce lundi 8 janvier 2024. Que va faire le district autonome ? Les heures nous situeront.
Y.C.





