Dr Jean-Jacques Kodjané à propos de Hamed Bakayoko : « Sa vie est une leçon à l’humanité … il a déjoué tous les pronostics »
L’universitaire Jean Jacques Kodjané vient de publier un livre intitulé ‘‘Hamed Bakayoko, une vie au service de la nation’’. Une œuvre biographique dans laquelle, il revient sur la vie atypique du défunt Premier ministre décédé le 10 mars 2021. Le docteur en Sciences politiques (options Géopolitique et relations Internationales) et proche collaborateur d’Hamed Bakayaoko, a été son chef de cabinet au ministère d’Etat, ministère de la Défense et son directeur de cabinet à la mairie d’Abobo, donne les raisons qui l’ont motivé à écrire ce livre et fait des révélations sur son ancien patron.
‘‘Hamed Bakayoko, une vie au service de la nation’’, c’est le titre de votre nouvelle œuvre. Qu’est-ce qui a milité en faveur de ce titre ?
C’est l’un des principes qui ont marqué sa vie : le don de soi. Toute sa vie, Hamed Bakayoko a été au service des autres, il a été au service de la communauté, au service de son entourage, au service de toutes les personnes qu’il a pu rencontrer de par son leadership. Et puis, mieux, c’est quelqu’un qui, de par ses fonctions ministérielles, a pu poser un certain nombre d’actions qui ont fait que je me suis dit que lorsque je regarde la vie d’Hamed Bakayoko, c’est une vie au service de… Mais pourquoi la nation ? La nation parce que c’est de l’ensemble de toutes ces composantes, tous ces groupes, toutes ces communautés, toutes ces personnes que Hamed Bakayoko a pu aider avec son leadership qu’il s’agit. D’où le titre ‘‘Hamed Bakayoko, une vie au service de la nation’’.
Vous mettez donc en lumière l’altruisme, la sociabilité et la générosité d’une personnalité au-delà de ses fonctions d’homme d’Etat…
Oui. La sociabilité et la générosité dont vous parlez font partie de son courant de pensée. C’est-à-dire, de par sa façon de faire, de par sa vision, de par les actes qu’il a posés, je me suis rendu compte qu’il existait une école ‘‘Hambak’’ qui repose sur trois piliers. Le premier c’est la grandeur de l’homme : Hamed Bakayoko est intemporel, il est intergénérationnel, il est rassembleur. Le deuxième pilier, c’est le pilier social de l’homme. Ce pragmatisme humaniste qui fait d’Hamed Bakayoko quelqu’un dont l’objectif était d’inscrire la dignité de l’être humain au cœur de sa vision politique. Pourquoi le pragmatisme humaniste ? Parce qu’il y a des gens qui sont humanistes mais qui sont des humanistes théoriques qui veulent changer le monde avec leurs plumes. Hamed Bakayoko a compris que par la politique on pouvait changer les choses. Et pour changer les choses, il fallait être pragmatique et poser des actions concrètes. Et le troisième pilier, c’est l’esprit Hambak qui regroupe des valeurs morales telles que l’altruisme, la générosité, la fidélité, la loyauté, la sincérité et la rigueur dans le travail.
Quels sont, de façon concrète, les aspects de sa vie que vous développez dans ce livre ?
Je développe tous les aspects de sa vie parce que le livre passe en revue toute sa vie. De ses origines pour expliquer comment le premier Bakayoko, son ancêtre est arrivé à Séguéla ? Et au-delà de cela, où et quand est-ce qu’il est né? Comment ses parents se sont connus ? Comment il a grandi ? Comment il arrive au Burkina pour ses études ? Et comment s’opère sa rencontre avec les grands commis de l’Etat, les acteurs du monde politique et de la scène culturelle. Je parle aussi de l’homme d’affaire, du journaliste et de l’homme d’Etat ? Comment il crée la Radio Nostalgie et le journal Le Patriote ? Comment il devient ministre des NTIC ? Qu’est-ce qu’il apporte à ce ministère ? Comment il devient ministre de l’Intérieur depuis l’hôtel du Golf en pleine crise postélectorale, puis ministre d’Etat en charge de l’Intérieur et de la Sécurité. Tous ses aspects de sa vie sont passés en revue.
On note dans ces aspects de sa vie que vous développez beaucoup de succès. Mais la vie d’Hamed Bakayoko a aussi été émaillée de beaucoup d’adversités ? Est-ce que cet aspect de sa vie est développé dans votre livre ?
Justement quand on dit que le parcours d’Hamed Bakayoko est une école de la vie, c’est de tout ça qu’on parle. Une école dans laquelle on apprend dans la difficulté, dans l’adversité. Et ce n’est pas seulement l’adversité politique parce que la vie même de l’être humain est une vie qui est marquée par le combat. Et qui parle de combat parle d’adversité. Je développe cela mais tout en ne mettant pas forcement l’accent sur quoique ce soit. Je parle d’une vie qui a eu des hauts et des bas. Je parle de sa vie en prison par exemple. Comment il est arrivé en 94 sur la scène politique et comment il part en prison ? Et comment il sort de prison et comment il continue son combat politique ?
Il y a eu beaucoup de témoignages et surtout de spéculations sur ses derniers jours. Qu’en est-il de cet aspect de sa vie dans votre livre ?
Je ne parle pas de ces derniers jours. Moi, je célèbre la vie d’Hamed Bakayoko. J’ai fait une biographie scientifique. Et l’objectif recherché dans une biographie scientifique, c’est de voir qu’est-ce qu’on peut tirer de la vie d’un homme pour en faire un enseignement. C’est très important. Hamed Bakayoko a eu une façon de faire la politique. Et je veux faire de cette manière de faire la politique un enseignement. Donc je parle de ce qui peut contribuer à faire de sa vie un enseignement. Je ne suis pas dans l’émotionnelle, je suis dans le scientifique. Je ne vois pas en quoi est-ce que les derniers jours d’Hamed Bakayoko peuvent me permettre de tirer un enseignement pour la société. Ce ne sont pas des jours professionnels, c’est intime. Je pense que ceux qui sont habilités à en parler s’ils veulent, ce sont les membres de sa famille. C’est sa vie privée. Je n’ai été qu’un collaborateur, je m’en limite à cela.
Parlant d’enseignements, comment voulez-vous que ces aspects de la vie de l’ancien Premier ministre que vous développez aient véritablement un impact sur la société ivoirienne et ne restent pas enfermés dans votre livre comme bien d’autres enseignements déjà développés par des écrivains.
Ce qu’il y a de pratique, c’est de développer déjà toutes ses philosophies à la Hambak, une vie marquée comme je l’ai expliqué par trois piliers essentiels. Ensuite, aller à la rencontre de la population, les jeunes, les étudiants et les élèves pour faire des conférences dans les Universités, dans les grandes écoles, afin de démontrer que la vie est faite de combat et qu’il ne faudrait pas être fataliste. La vie d’Hamed Bakayoko c’est une leçon à l’humanité puisqu’il a déjoué tous les pronostics. C’est quelqu’un qui a vaincu le fatalisme. Il a toujours été là où on s’y attendait le moins. Chaque fois qu’on lui confiait un poste, les premières rumeurs annoncent déjà qu’il ne réussira pas. Et vers la fin, il réussit avec brio la mission qu’on lui a confiée. Donc c’est cet enseignement que nous devons vulgariser pour dire que quand on veut, on peut. Il faut s’armer de courage, d’abnégation, de travail et de rigueur ; il faut être loyal dans tout ce qu’on fait.
Au-delà de tout ce que vous avez dit, que doit-on retenir en une phrase du Premier ministre Hamed Bakayoko ?
On retient d’Hamed Bakayoko qu’il a profondément aimé son pays, il a donné sa vie pour la nation.
Est-ce qu’après ‘‘Hamed Bakayoko, une vie au service de la nation’’, d’autres œuvres biographiques vont suivre?
Oui. J’envisage d’écrire sur la pensée politique d’Hamed Bakayoko. Je veux rendre scientifique sa pensée politique. A côté des grands hommes du 18ème siècle comme Karl Max qui ont théorisé sur le capitalisme, je veux développer une théorie sur le pragmatisme humaniste d’Hamed Bakayoko.
Abou Adams





