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Le 23 septembre dernier, l’ancien ministre des Affaires étrangères de Côte d’Ivoire entre 1990 et 2000 Essy Amara s’est prononcé sur le putsch qui a emporté, le 5 septembre 2021, l’ex-président guinéen, Alpha Condé, avec qui il entretenait de très bons rapports depuis sa jeunesse en tant qu’étudiants à Paris.

Essy Amara a été président de la 49è session de l'Assemblée générale des Nations unies entre septembre 1994 et septembre 1995 et dernier secrétaire général de l'Organisation de l'unité africaine (OUA) en 2001. Par la suite, il a occupé le poste de président intérimaire de la commission de l'Union africaine, lors de sa création en juillet 2002.

Le chevronné  diplomate ivoirien fait des révélations sur la chute de son ami Alpha Condé que beaucoup de spécialistes considéraient comme un dinosaure au plan politique.

Alpha Condé a mal apprécié la situation 

Il y a eu une mauvaise appréciation de la situation de la part de mon ami Alpha Condé

A ce niveau également, je vais citer feu le président Félix Houphouët-Boigny qui aimait à répéter cette formule selon laquelle « la politique, c’est la saine appréciation des réalités bonnes ou mauvaises ».

Malheureusement Alpha Condé n’a pas su apprécier la situation si bien qu’il a été renversé par Mamadi Doumbouya.

Je le connais depuis plus de cinquante ans. Tout jeune, j’ai passé mon brevet en France où je l’ai rencontré. Nous nous sommes fréquentés dès notre rencontre. Ensuite, en tant que ministre des Affaires Etrangères de Côte d’Ivoire, je suis allé le libérer à deux reprises de la prison quand feu le Président guinéen Lansana Conté l’avait arrêté.

Nous étions très amis

On a cheminé ensemble. Nous étions très amis, lui l’ambassadeur Souleymane Sacko aujourd’hui décédé, le ministre Lambert Kouassi Konan (Ndlr, ancien ministre de l’Agriculture sous les Présidents Houphouët-Boigny et Henry Konan Bédié) et moi. Lui et Lambert Kouassi Konan ont tous deux travaillé à Sucre et Denrée, une société de Négoces.

Depuis quelque temps, chaque année, nous passions les fêtes de fin d’année ensemble à Conakry en sa compagnie avec Albert Bougi (homme politique français) et Francis Kpatindé (ex-journaliste à Jeune Afrique) jusqu’à ce que vienne son désir de briguer un troisième mandat. Nous n’étions pas d’accord avec cette décision et ensemble, nous le lui avons signifié en tant qu’amis.

Il ne nous a pas écoutés

Malheureusement, il ne nous a pas écoutés. D’ailleurs, notre refus de cautionner sa décision de briguer un troisième mandat a refroidi nos relations.

Ce n’est pas parce que des femmes qui ont un intérêt immédiat viennent te dire que tu es le plus beau ou le plus fort que tu dois continuer à t’agripper au pouvoir alors que tu sais que tu n’en a plus le droit.

Je dis qu’en politique, il faut avoir des principes. Il me semble, même si je n’ai pas vu la constitution guinéenne depuis longtemps, qu’on peut changer toutes les dispositions au niveau de cette loi fondamentale sauf celle relative au nombre de mandats qui est immuable. Il y est question de deux mandats inchangeables. Malgré cela, il a trouvé une astuce pour tout changer.

Il faut savoir partir

En fin de compte quelles que soient les flatteries du peuple, il faut savoir partir.

Il faut contrôler son rapport avec le pouvoir et ne pas tomber dans « l’orgasme du pouvoir », comme je l’ai dit concernant feu mon ami et frère Abdel Aziz Bouteflika.

Propos recueillis par plume libre