Karamoko Yayoro, Sga du RDR, à propos du parti unifié : « Il est temps qu’on fasse ce débat avec nos amis du PDCI »
Après avoir passé près de dix ans à la tête du Rassemblement des jeunes républicains (Rjr), Karamoko Yayoro s’est vu confier le poste de secrétaire général adjoint chargé du maintien de l’ordre, de la logistique et des “grins“ dans la nouvelle équipe dirigeante du Rdr. Dans cet entretien, l’ancien député d’Abobo appelle à un vrai débat au sein de l’alliance des Houphouëtistes dans la mise en place du parti unifié et dit ses vérités à la Fesci.
Cela fait près de deux ans qu’on ne vous entend plus. Qu’est-ce qui explique ce silence ?
Je pense que c’est un peu exagéré. Mais avant de répondre à votre question, je voudrais présenter à vos lecteurs, mes vœux les meilleurs, des vœux de santé, de paix dans leurs foyers et dans le pays. En fait, il n’y avait pas de problème. Il fallait faire un break, il fallait observer les choses. Sinon, je reste toujours un acteur politique. En son temps, j’étais député, secrétaire national à la mobilisation au niveau du Rdr, et j’avais souhaité, après avoir géré une structure comme le Rjr (ndlr : Rassemblement des jeunes républicains) pendant près de dix ans, prendre un peu de recul pour faire le bilan de mon parcours puis me projeter beaucoup plus sereinement. Avec les nouvelles charges qui me sont confiées grâce au président d’honneur, à la présidente du Rdr, au vice-président et à la secrétaire générale, il est temps pour moi de revenir sur la scène. Parce que je suis chargé du maintien d’ordre, de la logistique et surtout des “grins“.
Vous avez géré le Rjr pendant une dizaine d’année d’années, surtout pendant la crise. Quelles sont vos plus grandes satisfactions ?
D’abord le fait que nous ayons pu organiser cette jeunesse parce qu’il faut le dire, le Rjr est aujourd’hui présent sur toute l’étendue du territoire national à travers ses délégués régionaux, départementaux, ses présidents communaux. Nous avons pu donner une âme à cette jeunesse. C’est une force de proposition. On a mis les jeunes en confiance. Ils doivent assumer des responsabilités tant administratives que politiques. Grâce à notre politique, aux élections législatives de 2011, il y a eu beaucoup de jeunes qui s’étaient portés candidats ? C’est la même chose aux municipales. Sauf qu’au niveau des régions, nous n’avons pas pu avoir de jeunes. Avec la nouvelle politique, les jeunes devraient oser plus. Mais nous ne souhaitons pas que ce soit seulement au niveau politique. Que les jeunes de Côte d’Ivoire prennent conscience qu’ils ont un rôle à jouer, que le devenir de ce pays leur appartient. Avant nous, les jeunes ont joué un rôle important. Quand Houphouët-Boigny a dit en 1932 : « On nous a trop volés », il n’était pas encore Président de la Côte d’Ivoire. Il était en formation à l’école de médecine. Avant 1990, d’autres jeunes se sont battus pour qu’il y ait le multipartisme. Aujourd’hui, les jeunes doivent se battre pour le développement économique et culturel de notre pays.
Avec la nouvelle composition de l’équipe dirigeante du Rdr, pensez-vous que les jeunes soient beaucoup plus responsabilisés ?
Quand on regarde dans une certaine frange au niveau des partis, on peut dire qu’il y a des jeunes. Mais des jeunes qui correspondent à la frange demandée par les jeunes, il faut avoir le courage de le dire, on n’a pas encore la satisfaction qu’il faut. Mais comme ce n’est pas fini, il y a les secrétaires nationaux qui arrivent, il y a d’autres structures qui vont être mises en place par la nouvelle direction, je suis convaincu que les 30% réservés aux jeunes selon nos statuts, seront respectés.
Vous êtes secrétaire général adjoint chargé du maintien d’ordre, de la logistique et des “grins“. Qu’est-ce que cela renferme concrètement ?
Le maintien de l’ordre, c’est au niveau du parti. C’est juste assurer la sécurité. Nous avons une sécurité interne au parti que nous allons juste organiser pour que nos militants ne débordent pas. Pour la logistique, c’est trouver les moyens nécessaires et matériels pour que nos manifestations se passent bien. Les “grins“ sont des espaces d’échanges. Ce n’est pas le Rdr qui les organise. Nous faisons de l’encadrement. Nous n’allons pas créer des “grins“ mais essayer d’en avoir une meilleure cartographie. Je voudrais rassurer tout le monde que nous n’allons pas faire des “grins“, un parti politique, ce n’est pas un Rdr bis. Comme là, se mène toute sorte de discussions, nous allons faire en sorte que ces discussions se mènent sereinement. Il faut aussi que les membres des “grins“ comprennent qu’ils ont un rôle autre que mener des discussions. Nous allons les rencontrer très souvent, travailler en symbiose. Au bout de trois ou quatre mois, nous allons faire une proposition d’organigramme ou d’encadrement aux responsables du parti et partir sur le terrain. Il faut qu’ils comprennent que ce ne sont pas des personnes laissées pour compte. Le Rdr les regarde au quotidien et non pas seulement au moment des élections mais même dans la gestion de la cité.
Quand vous étiez à la Fesci, vous vous êtes occupé un peu de l’organisation. Y a-t-il un lien avec vos nouvelles responsabilités ?
Peut-être que j’ai une tendance naturelle à l’organisation. Du temps de Blé Guirao avec la direction intérimaire de 1994-1995, j’ai été secrétaire adjoint à l’organisation. Après de 1995 à 1998, j’ai été N°2 de la Fesci (ndlr : Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire). J’aime bien organiser. Par expérience, j’ai compris que dans toute évolution, c’est la discipline, c’est l’organisation. Les grandes sociétés se sont développées parce qu’elles sont organisées, elles sont disciplinées et tout se fait par système. Une fois qu’un élément de ce système sort, le système n’existe plus. Au Rjr, je disais toujours aux jeunes : « Organisons-nous ». C’est dans un rythme bien cadencé que nous allons obtenir tout ce que nous voulons. Nous avons fait ce travail et les résultats sont là aujourd’hui.
Vous avez été député d’Abobo pour une législature et après, le Rdr ne vous a pas retenu pour un second mandat. Qu’est-ce qui s’est passé ?
Je n’ai pas porté de jugement. Il y a peut-être des explications mais quand je suis parti, je me suis dit que je partais avec le sentiment du devoir accompli. J’ai fait ce que j’avais à faire en tant que représentant de la population d’Abobo. J’ai été secrétaire du bureau de l’Assemblée nationale, premier vice-président du groupe parlementaire Rdr. C’est au parti de juger et de noter. C’est le parti qui me donne une appréciation par rapport au travail que j’ai fait. Mais j’ai pensé que je devais rempiler. Si le parti a décidé autrement, j’attends le parti. D’abord, il y a une mission politique qui m’a été confiée qui est le secrétariat général adjoint, je vais m’atteler à cela. Je ferai tout pour donner le meilleur de moi-même.
N’est-ce pas parce que, vous n’avez pas donné satisfaction…
C’est pourquoi, je dis que je ne fais pas d’appréciation. Ce n’est pas moi qui délivre la note.
Le Rdr, votre parti et son allié, le Pdci semblent ne pas être sur la même longueur d’onde sur le projet du parti unifié. Quels commentaires faites-vous sur le comportement des jeunes qui ont empêché récemment une réunion du Comité de haut niveau ?
Au niveau du Rdr, nous avons toujours été pour le parti unifié. Tant au niveau des femmes que des jeunes. Mais j’avoue qu’au niveau du Pdci (ndlr : Parti démocratique de Côte d’Ivoire), la marche n’a pas toujours été la même. Depuis 2005, il y a toujours un courant qui s’oppose au parti unifié. Je crois qu’il faut mener le débat avec nos amis pour comprendre le problème. Qu’on nous dise le problème et qu’on essaie de trouver une solution. Est-ce peut-être la question de l’alternance ? Mais si nous sommes dans le parti unifié, il y aura une alternance au niveau des cadres. Le Président Alassane Ouattara a dit : « Je souhaite que ce soit le meilleur comme successeur ». C’est le mécanisme qu’il faut trouver et ce mécanisme peut être trouvé au niveau du Comité de haut niveau pour aller au parti unifié. Ce n’est pas la première fois que la jeunesse du Pdci empêche le comité de haut niveau de se réunir. Et les jeunes du Pdci n’ont jamais vraiment été pour le parti unifié. Ils ne nous disent pas pourquoi. Il est temps qu’on fasse ce débat. Au niveau du Rdr, nous faisons preuve de beaucoup de discipline. Sinon, je ne suis pas convaincu que si vous fouillez, tout le monde soit pour un parti qu’on appelle le Rhdp ou parti unifié. Mais nous faisons tout pour tenir nos militants. Parce que nous disons qu’un engagement pris, il faut faire en sorte qu’il soit respecté.
Que pensez-vous de la déclaration de Konaté Navigué qui a appelé le Pdci à « sauver la Côte d’Ivoire malade », après une visite à la Jpdci ?
Que la Jfpi rende visite à la Jpdci, je pense que cela rentre dans le cadre des activités des deux formations politiques. Si le président de la JFPI demande au Pdci de sauver la Côte d’Ivoire, il faut se demander ce à quoi lui-même il sert et à quoi sert son parti politique. Ils ont exercé le pouvoir d’Etat pendant des années, c’est encore une déclaration politicienne. Nous croyons à la solidité du Rhdp. La gestion du pays par le Rhdp est à saluer. Il faut avoir le courage de le dire, qu’on soit politicien ou pas. La Côte d’Ivoire est en train de renaître. C’est vrai que tout n’est pas parfait mais c’est mieux que quand le FPI était au pouvoir.
Ne craignez-vous pas que cela puisse diviser les jeunes au niveau de l’alliance des Houphouëtistes ?
Je n’ai pas de crainte. La jeunesse d’un parti politique est le reflet de sa direction. C’est vrai que cette jeunesse peut prendre des initiatives mais c’est une autonomie contrôlée. La Côte d’Ivoire doit être sauvée mais sauvée des pratiques du Fpi. Navigué a donc raison d’appeler le Pdci mais au-delà, c’est tout le Rhdp qui doit être appelé à la rescousse pour maintenir la Côte d’Ivoire dans son élan actuel.
Pendant la crise, il y avait le Rassemblement des jeunes pour la démocratie et la paix (Rjdp). Est-ce vous vous retrouvez souvent pour débattre de ces questions ?
On se retrouve, on se parle. Mais maintenant, nous avons des responsabilités. C’est aux jeunes de se retrouver dans le Rjdp, de faire en sorte qu’il vive, travaille, se fixe des objectifs et qu’il les atteigne. Mais si, eux-mêmes, ne sont pas d’accord sur les objectifs, ça ne marchera pas.
Mais c’est en ce moment qu’ils ont besoin de vos conseils…
Oui, nous avons essayé, à un moment donné, d’encadrer le Rjdp mais ça n’a pas été chose aisée. A l’impossible, nul n’est tenu. De toute façon, ce sont eux qui doivent écrire leur histoire, tracer leur chemin. C’est eux qui doivent faire leur parcours. Nous avons fait ce que nous avons pu au niveau de la jeunesse. Maintenant, nous sommes à un autre niveau et c’est là qu’on nous attend maintenant. Il ne faut pas être nostalgique.
On parle de plus en plus d’élections locales. Que fait le Rdr sur le terrain ?
Vous verrez notre stratégie dans les jours à venir. On n’expose pas ses armes avant la guerre.
Et les chances du Rdr ?
Oui, on a des chances réelles. Vous savez, malgré tout, on a des liens d’amour forts entre les bases et nous. C’est qu’il y a eu beaucoup d’incompréhensions dues à l’histoire même de notre pays. Le Pdci a été pendant longtemps le parti unique, un parti Etat. Après, il y a eu le passage du Fpi (ndlr : front populaire ivoirien). Les gens ont le souvenir de ces années. Maintenant, il y a la gestion du président de la République à qui nous avons demandé de faire entrer la Côte d’Ivoire dans la modernité. Qui a aussi ses exigences. Comme on le dit souvent, même les changements les plus souhaités, ont leur résistance. Je sais que c’est difficile. Mais quand nous allons échanger avec les militants, quand nous allons leur dire ceci ou cela, je suis convaincu que la majorité va comprendre que du chemin est fait, contrairement à ce que les gens disent. Il faut continuer de travailler dans ce sens pour que le Rdr continue d’incarner l’espoir. Parce qu’un parti politique doit toujours porter l’espoir. Quand vous n’incarnez plus l’espoir des gens, c’en est fini pour vous.
Vous faites partie de la génération qui a écrit les plus belles pages de la Fesci. Aujourd’hui avec le recul et surtout quand vous entendez tous les maux dont on l’accable, quels sentiments vous animent-ils ?
Il faut voir le contexte pour bien apprécier les choses. La Fesci que nous avons dirigée a évolué dans un contexte difficile. Nous nous sommes battus pour conquérir des espaces de liberté d’expression, d’association et aussi pour la formation. Parce qu’en son temps, il n’y avait qu’une seule université qui était l’université de Côte d’Ivoire. Lorsque la Fesci s’est battue, il y a eu les universités de Bouaké et d’Abobo-Adjamé. Aujourd’hui, nous assistons à la naissance de plusieurs universités. C’étaient des choses improbables. La Fesci doit continuer dans cet élan. Il y a eu la violence mais la Fesci doit renoncer à la violence d’abord en interne et ensuite avec les autres. La Fesci doit se poser en leader intellectuel de la Côte d’Ivoire. Cela veut dire que maintenant pour être responsable de la Fesci, il faut avoir une certaine moyenne. Le militantisme doit se marier avec la bonne éducation. Je suis contre le fait que des élèves se lèvent pour demander des congés anticipés, ce n’est pas normal. Demain quand ils seront dans une entreprise, dans une administration, ils n’auront qu’un congé d’un mois. Eux-mêmes peuvent monter des affaires. On forme des jeunes pour qu’ils soient des leaders politiques, économiques, culturels. Des élèves qui portent main à leurs maîtres, cela n’est pas normal. Ce sont autant de choses qui doivent être corrigées.
Entre vous et les jeunes leaders de la Fesci, le contact est-il maintenu ?
Ce n’est pas toujours facile. Quand nous sommes sortis de la Fesci, nous sommes dispersés dans les partis. Il y a un gros contingent au Fpi, il y en a au Rdr, certains à l’Udpci, d’autres sont allés au Mfa et dans les autres partis de sorte que nous ne nous sommes pas souvent retrouvés pour parler de la Fesci. Mais, je pense que la direction actuelle de la Fesci peut chercher à prendre contact avec certains aînés pour réfléchir sur le devenir de la Fesci parce que nous avons le devoir de le faire. Quand quelque chose se passe, on dit que c’est la Fesci. La violence de la Fesci n’est pas née comme ça. C’est d’abord une violence de réaction et puis les gens ont cru à la fin que c’est cela la Fesci. Je dis non. Ce sont des jeunes qui sont allés à l’école, ils ont eu des diplômes. Certains ne veulent pas voir les jeunes de la Fesci à la tête des structures. Non, ils ont le droit d’assumer des responsabilités. C’est pour cela que la Fesci actuelle doit travailler sur son image. Il en va ainsi pour toutes les organisations de jeunesse. Les jeunes doivent laisser de côté la force pour faire valoir l’intellect. La Fesci doit anticiper sur les événements, faire des propositions. L’université doit faire des propositions. Par exemple, pour le phénomène des « enfants en difficulté avec la lois », les étudiants du département de sociologie doivent se réunir pour donner des explications et proposer des solutions. Le changement dans les grands pays part toujours des chercheurs qui créent pour réduire la pénibilité de la vie.
Interview réalisée par A.K.





