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De plus en plus de jeunes africains pensent encore que leur avenir se trouve au-delà des mers. Ils empruntent, pour ce faire, des voies pas toujours régulières pour le réaliser. Au bout du compte, ce sont des désillusions qu’ils récoltent. Retour sur les chemins qui mènent bien de migrants à la mort.

 

Alors qu’ils tentaient de regagner la Libye pour ensuite aller clandestinement en Europe, trois migrants sont morts de soif quand leur véhicule est tombé en panne de carburant en plein désert nigérien, a déclaré un responsable local.

Le bilan du drame aurait pu être plus lourd si l’armée nigérienne n’était pas venue au secours de dix autres passagers restants après avoir repéré leur véhicule en panne, a déclaré un responsable à Agadez, une ville du nord du Niger. Le groupe s’était perdu en recherchant l’un des deux puits de son itinéraire et leur véhicule est tombé en panne, a précisé la source. « Les trois victimes étaient nigériennes », a déclaré le responsable. La mort par soif ou par chaleur constitue un danger majeur pour les migrants qui cherchent à traverser le Sahara pour atteindre la Libye, située au nord-est du Niger. Une fois en Libye, beaucoup tentent de traverser la Méditerranée pour se rendre dans le sud de l’Europe, un voyage en soi notoirement risqué.

L’armée et l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) ont déclaré que leurs patrouilles dans le désert au Niger avaient permis de sauver des milliers de vies au cours des deux dernières années. Dans certains cas, le bus ou le camion des voyageurs tombe en panne et dans d’autres, ils sont abandonnés par leurs passeurs.

Le cas des trois migrants nigériens morts par soif dans le désert du Sahara, est symptomatique des dangers qui menacent les candidats à l’aventure sur les routes migratoires.

 

Routes empruntées par les migrants

 

Selon les estimations de l’OIM, la migration connait une augmentation des départs irréguliers depuis 2015. Exemple pris de ce qu’en 2017, 10.000 migrants se disant ivoiriens, sont arrivés en Italie, plaçant du coup le pays d’Alassane Ouattara en troisième position d’arrivée sur la Route méditerranéenne centrale (RMC) après le Nigéria et la Guinée, deux grands pays de départ. Ainsi, 67% des départs irréguliers se font par la voie terrestre. La voie la plus utilisée passe par le Mali ou le Burkina Faso pour déboucher sur le Niger pour atteindre la Libye. La deuxième variante part du Ghana puis le Togo, le Bénin, le Niger puis la Libye en passant soit par l’Algérie soit par le Mali ou encore le Burkina Faso. Pour 33% des cas environ, c’est la voie aérienne. Ils partent de la Côte d’Ivoire au Maroc ou encore de la Côte d’Ivoire en Tunisie. Une fois au pays d’Habib Bourguiba, les migrants tentent de rallier la Libye par la voie terrestre avec de fortes sommes payées aux passeurs qui ne sont autres que des trafiquants de personnes.

 

Ainsi, au plus fort de l’année 2017, 150 000 personnes ont traversé le Niger, un chiffre qui est tombé entre 5 000 et 10 000, selon la chancelière allemande, Angela Merkel, lors d’une visite à Niamey début mai 2019.

L’application d’une loi de 2015 qui prévoit des peines de prison pouvant aller jusqu’à 30 ans de prison pour les trafiquants a été un des facteurs à l’origine de cette chute. Une des conséquences, toutefois, est que les passeurs sont plus susceptibles de se déplacer de nuit et sur des routes nouvelles ou peu utilisées. Ce qui augmente le risque d’accident, selon des experts. Cependant le calvaire des migrants ne se limite guère à la traversée du désert du Sahara. C’est bien en Libye que les candidats à l’Eldorado vont vivre l’enfer.

 

L’enfer libyen

 

Depuis la diffusion du reportage émouvant de CNN sur le commerce des êtres humains en Libye, avec une vague d’indignations internationales, le monde entier semble avoir ouvert les yeux sur les pires formes de maltraitance des migrants. Et pourtant, le pays de Kadhafi est loin d’être la dernière étape pour toucher les côtes européennes, la destination des migrants. Il leur fallait passer par l’épreuve fatidique de la traversée de la méditerranée. Ceux qui y sont parvenus, l’ont été simplement par charité divine. Car pour beaucoup, le voyage s’est arrêté avant, souvent en Libye. Le retour au pays pour ces hommes et ces femmes, quoique synonyme de honte et de gêne, a été une solution de salut. En effet, la première difficulté reste l’ignorance des conditions du voyage. Les migrants sont pour la plupart, mal renseignés, ce qui ne leur permet pas de prendre toutes les dispositions nécessaires pour affronter avec sérénité les périls qui se présentent à eux. Quand Charles Sako, titulaire d’un brevet de technicien supérieur (Bts) abandonnait son petit commerce de téléphones mobile au marché noir d’Adjamé (Black market), il ne savait pas ce qui l’attendait en Tunisie. « Un jour, j’ai retrouvé un ami sur facebook. Il m’a dit qu’il était en Tunisie pour ses études. Je lui ai demandé si je pouvais venir continuer mon cycle ingénieur là-bas. Une fois à Tunis, j’ai vu que ce n’est pas ce qu’il m’avait dit. Les cours étaient tellement chers que je n’avais pas les moyens de les payer. J’ai travaillé dans un restaurant mais ce que je gagnais ne me permettais de payer les cours. En plus, on ne pouvait pas sortir faute de papier. Un jour, un autre ami m’a dit qu’on pouvait venir en Italie. Avec nos petites économies, on nous en contact avec un passeur à qui on paie près de 1000 euros. Après plusieurs reports, il nous emmène à la dernière ville frontalière avec la Libye pour attendre d’autres passeurs. On devait se cacher pour éviter d’être repérés. Ils sont arrivés avec une fourgonnette et après nous arrachés tout ce qu’on avait (argent et autres objets de valeur), ils nous font monter dans ce petit véhicule, les filles d’abord et les autres étaient obligés de monter dans le coffre. Notre premier passeur avait déjà disparu. Après la traversée, on nous vend à un autre groupe et on pouvait marcher sur une distance de 30 km dans le désert la nuit pour ne pas se faire attraper par les rebelles. On était privés de nourriture et de l’eau. On nous entassait dans une petite pièce où on dormait les uns sur les autres. On changeait chaque fois de lieu qui était en réalité des prisons sans qu’il n’y ait de lancement (Ndlr : départ de bateau pour l’Europe). Pendant ce temps, les migrants mouraient chaque jour », a relaté le jeune migrant retourné au pays grâce à la collaboration entre les autorités ivoiriennes et l’OIM.

« J'ai été vendue pour 1 000 euros », raconte Sonia Koré, 34 ans, mère de trois enfants. Sonia Koré est l'une des 155 personnes rentrées de Libye ce lundi 24 novembre 2017 au soir par vol spécial à l'aéroport international Felix Houphouët Boigny d'Abidjan. Ces migrants ivoiriens sont sans bagages et sans documents administratifs. Fatou, un autre migrant, et Sonia ne s'étaient jamais rencontrées auparavant ni en Libye ni en Côte d'Ivoire. Elles se sont seulement retrouvées lors de leur rapatriement. Pourtant, elles ont toutes deux, vécues presque la même histoire. « Quand tu es en Libye, on te vend de prison en prison », raconte Sonia. « Quand on te paie aujourd'hui, l'Arabe vient te chercher et te mettre dans le coffre de sa voiture. Il peut faire un autre business avec un autre arabe, tu n'arrives à destination, l'autre te vend à des prix que tu ignores », explique-t-elle. Toutes les deux évoquent leur difficulté à raconter ce calvaire. « On nous frappe. On ne trouve pas souvent à manger. Et puis on est là. On viole les femmes. C'est Dieu qui fait qu'on est de retour », confie Sonia.

 

Mettre fin à ce calvaire

 

Des conséquences regrettables découlent de ces migrations internationales surtout vers les côtes de l`Espagne et de l`Italie en Europe, avec des milliers de perte en vie humaine, en passant par le Maroc et la côte Libyenne avec de nouvelles formes d`esclavage.

Des réfugiés se multiplient dans le monde avec une assistance humanitaire qui devient plus complexe pour les pays d`accueil, de transit ou d`origine et pour la communauté internationale. Face à ce sombre tableau, il apparaît impérieux pour les Etats d’origine de ces migrants de mettre fin à ce calvaire qui n’honore pas leurs nationaux avant de compter sur l’aide extérieure. Il faut alors que les gouvernements africains prennent leur responsabilité pour accélérer le retour de leurs migrants irréguliers qui vivent un drame sans précédent sur les côtes libyennes. Depuis quelques années, la Côte d’Ivoire a entrepris de rapatrier les Ivoiriens en situation de détresse. Selon le directeur général des Ivoiriens de l’extérieur, Issiaka Konaté, qui les accueille à Abidjan, en compagnie de Marina Schramm, responsable de mission de l’Organisation Internationale pour les Migrants (OIM), « la Côte d’Ivoire reste attachée à son engagement, celui de rapatrier les migrants qui sont en situation de détresse en Libye. Le gouvernement fait montre de toute sa solidarité depuis le début de cette crise ».

Issiaka Konaté a, par ailleurs, indiqué qu’il reste, en Libye, près de 5 000 Ivoiriens sur les 7 052 recensés par l’OIM. Tout le long de l’année 2018, il a été procédé à des rapatriements par vague en Côte d’Ivoire.

Les migrants arrivés à Abidjan ont droit à un hébergement de trois à quatre jours après leur reprofilage, à des kits alimentaires et à un appui financier symbolique. D’autre part, avec l’appui de l’OIM, les migrants ivoiriens de retour, bénéficient de plusieurs activités de réintégration. Cela passe par la formation professionnelle et les activités génératrices de revenu individuelles, collectives ou communautaires. Depuis avril 2019, 4900 personnes sont rentrées en Côte d’Ivoire sur lesquelles 4300 ont bénéficié d’une assistance en réintégration pour tous avec informations, évaluations des vulnérabilités, assistance médicale, pécule d’appui etc. Quand 2000 autres sont soutenus dans la réalisation effective de leurs activités génératrices de revenu. Les migrants participent également aux activités de sensibilisation de la masse afin de leur éviter les pièges de l’immigration clandestine.

Alexis Tanoh