Chaque année, au mois de septembre, New York devient pendant quelques jours la capitale mondiale de la diplomatie. Chefs d’État, chefs de gouvernement, ministres et représentants des États membres se succèdent à la tribune de l’Assemblée Générale des Nations unies. Discours solennels, poignées de main, rencontres bilatérales et déclarations se multiplient sous les projecteurs.
Le rituel est désormais bien installé. Chaque délégation arrive avec son agenda, ses préoccupations et ses messages à faire entendre à la communauté internationale. Le Secrétaire Général des Nations unies fixe, pour sa part, les grandes orientations et thématiques qui doivent nourrir les échanges entre les États.
Mais derrière ce grand rendez-vous diplomatique, une question essentielle demeure, qu'est-ce que les populations gagnent réellement à ces grandes retrouvailles annuelles ?
Car, pour le citoyen ordinaire, les discours prononcés à la tribune de l’ONU peuvent sembler bien éloignés des difficultés du quotidien. Pendant que les dirigeants évoquent la paix, la sécurité, le développement, le changement climatique ou la coopération internationale, les populations continuent de faire face au chômage, à la pauvreté, à la hausse du coût de la vie, aux difficultés d’accès aux soins et à l’éducation.
À New York, le spectacle diplomatique ne se limite d’ailleurs pas à l’intérieur du siège des Nations unies. À l’extérieur, des ressortissants de différents pays organisent régulièrement des manifestations pour dénoncer les politiques de leurs gouvernements.
Certains viennent interpeller leurs dirigeants, parfois à quelques mètres seulement du lieu où sont prononcés les grands discours.
À l’intérieur, en revanche, certaines interventions officielles donnent parfois l’impression de manquer de public et d’écho.
Une situation qui pose la question de la portée réelle de certains discours, sont-ils véritablement destinés à convaincre la communauté internationale, à informer les populations nationales ou simplement à satisfaire une exigence diplomatique annuelle ?
L’Assemblée Générale est également devenue une tribune où les tensions géopolitiques trouvent une résonance particulière. Certains dirigeants y dénoncent ouvertement les politiques des grandes puissances, notamment celles de la France ou des États-Unis. D’autres utilisent cette enceinte pour exposer leurs différends avec leurs partenaires ou adversaires internationaux.
À cela s’ajoutent les nombreuses tractations diplomatiques qui entourent ces rencontres. Les questions de visas, de coopération, d’aide internationale, de sécurité et de relations bilatérales peuvent parfois occuper une place importante dans les discussions en marge des grandes déclarations officielles.
Alors, faut-il continuer à considérer le rendez-vous de septembre comme une simple tradition diplomatique ?
La question mérite d’être posée sans détour.
À quoi sert un grand discours à l’ONU si, quelques mois plus tard, les mêmes problèmes demeurent sans solution ?
À quoi servent les engagements pris devant la communauté internationale s’ils ne sont pas suivis d’effets mesurables ?
Certes, la présence de milliers de délégations à New York représente une activité économique considérable pour les secteurs de l’hôtellerie, de la restauration, des transports et du tourisme. Mais l’Assemblée Générale des Nations unies ne saurait être réduite à ses retombées économiques pour la ville qui l’accueille.
Son véritable bilan devrait se mesurer à l’aune de sa capacité à favoriser la paix, à prévenir les conflits, à faire progresser la coopération internationale et surtout à produire des résultats perceptibles par les populations.
Après des décennies d’existence, l’heure est peut-être venue de réfléchir à une nouvelle manière de concevoir ce grand rendez-vous international. Moins de déclarations spectaculaires, davantage de mécanismes de suivi.
Moins de promesses solennelles, davantage d’évaluation des engagements pris.
Moins de mise en scène diplomatique, davantage de résultats concrets.
L’ONU reste un espace indispensable de dialogue entre les nations.
Mais son Assemblée Générale gagnerait à démontrer davantage que ses résolutions, ses débats et ses engagements peuvent se traduire par des avancées concrètes dans la vie des peuples.
Le rendez-vous de septembre ne devrait donc pas seulement être celui des grands discours.
Il devrait surtout être celui du bilan, des engagements vérifiables et des résultats.
Car, au bout du compte, la véritable question n’est pas de savoir combien de chefs d’État ont pris la parole à New York, combien de rencontres bilatérales ont été organisées ou combien de déclarations ont été publiées.
La véritable question est beaucoup plus simple, qu’est-ce qui change réellement dans la vie des populations après leur départ ?
Adou Evariste
Analyste Politique